1
août 2008
Le Nouveau Monde
Francesco
Guccini a raison de méditer. L'homme nouveau fut le leitmotiv de
bien des utopies, il fut chanté, encensé, annoncé, pressenti,
appelé, réclamé, cherché, adulé par les religions, par certains
philosophes, par quelques écrivains, par d'inspirés poètes, mais
aussi par les hurleurs délirants, par les éructeurs en rut qui se
groupèrent en axe peu avant le milieu du siècle dernier.
Généralement,
l'homme nouveau annonce le retour victorieux du bipède au cerveau de
lémure, le retour de la bête immonde. Tel était un des hommes
nouveaux qu'on nous a présenté à grand renfort de trompes.
Blecktrommel, tambour de fer blanc menait la danse.
Il
eut plein de cousins, tous aussi inquiétants.
Il
faut se méfier des hommes nouveaux et des ordres nouveaux et on peut
espérer que nous ne les connaîtrons jamais, nous autres de ce monde
ancien perclus de rhumatismes.
Va
be' pour changer le monde, d'accord, pour changer la vie, partant
pour une autre façon de vivre...
Les
nouveaux mondes – j'entends Dvorak qui dirige son orchestre – ont
la fâcheuse habitude de nous retomber lourdement dessus et d'écraser
l'homme présent sous l'ambition nouvelle.
On
est toujours entre deux; c'est le sort du présent de se trouver
entre le passé qu'il vient de quitter et le futur qu'il s'apprête à
dissoudre, le transformant à l'instant où il le touche en passé,
que déjà, il a quitté.
L'avenir
a toujours été ce vide hallucinant à remplir de gré ou de force,
le plus souvent - et c'est tant mieux – par ces gestes quotidiens
dont on croit qu'ils comptent pour rien.
Nous,
les hommes, les frères humains qu'on balance, pendules dérisoires,
aux rythmes de l'histoire, n'avons en finale qu'une vie courte,
courte, courte...
Mais
qu'est-ce que tu me racontes-là ? Tu te crois où ? On dirait que tu
soliloques, que tu causes tout seul... Tu n'as pas vu que j'étais là
?, dit Lucien l'âne en poussant de son museau dans la poitrine de
Mârco Valdo M.I.
Tu
as raison, mon bon Lucien, tu as beau avoir l'apparence d'un âne, tu
vois bien ce qui se passe et tu me comprends mieux que bien des gens.
Je soliloquais, en effet. Maintenant, je te salue et je t'annonce un
peu de chanson italienne. Il y en a tellement à te montrer qu'il
faut bien que je t'en montre plusieurs à la fois.
Je
ne m'en plains pas, car je suis très curieux et aussi, j'aime les
chansons.
Alors,
tant mieux, nous allons en parler. Celles d'aujourd'hui sont des
chansons qui parlent du temps qui passe, de la vie. Mais elles ne
disent pas vraiment la même chose. L'une s'inquiète de l'avenir,
c'est de celle-là que je parlais quand tu es arrivé. Que va-t-il se
passer, qui peut prévoir, avec ces machines mon bon monsieur, de
quoi demain sera fait, comme je disais Francesco Guccini médite.
L'autre, elle est plus incisive, elle mord dans le temps présent,
elle est dynamique, bougeons, bougeons... Comme disait Ernst Toller :
Hop là, nous vivons !
Dis-moi,
fait l'âne perplexe et faisant deux grands points d'interrogation de
ses oreilles, qui est cet Ernst Toller et que vient-il faire dans nos
chansons ?
Bon,
écoute, dit Mârco Valdo M.I., je le citais comme ça en passant. Je
citais sa pièce qui racontait en effet une histoire de temps qui
passe et de ce que deviennent les gens,... Avec le temps, avec le
temps... La trame de sa pièce est simple : un homme, un de ceux qui
veulent changer le monde sans tricher, sans s'abandonner eux-mêmes –
on est en Allemagne après une guerre – tu sais, il y en a eu
tellement des guerres – bref, un homme veut tout simplement
rester en accord avec lui-même, avec ce lui-même dans le temps, est
bien évidemment mis en hôpital psychiatrique. C'est bien normal
qu'un monde délirant enferme les gens sains.
Ah,
ah, fait l'âne songeant tout à la fois à cet homme et à
Bosse-de-Nage le singe qu'il singe quand il est dans l'embarras. Là,
tu exagères !
Je
ne le pense pas mon bon Lucien, mais enfin, c'est bien le sens de ce
que dit Toller qui en connaissait un bout sur l'enfermement, lui qui
fit tant de prison d'avoir voulu changer le monde. En somme, un autre
Marco Camenisch. Et donc, laisse-moi finir, l'homme en question –
on l'appellera Karl – ressort des années plus tard et découvre
que ses amis sont passés dans l'autre camp. Logique, il préfère
retourner à l'asile.
Quelle
histoire, dit l'âne en se tournant brusquement pour donner un coup
de dent aux taons qui le harcèlent. Il ne faut pas donner du temps
au taon, sinon il s'envole, dit-il en conclusion. Quelle histoire !
![]() |
L'homme qui marchait au plafond, quand il marchait au plafond |
Tu
sais, il y en a une autre bâtie sur schéma similaire... Un peu
comme il y a deux Achtung Banditen ! Et bien, il y a une autre
histoire du même genre. Mais elle est bien postérieure et se passe
en Tchécoslovaquie, du temps où elle existait encore, la
Tchécoslovaquie. De toute façon, ce sont des histoires d'un autre
temps. Mais elles montrent bien ce qui nous attend. Cette deuxième
histoire raconte la vie de l'homme qui marchait au plafond. Un
excentrique en quelque sorte... Un révolutionnaire, un poète, un
terroriste ! Après les tribunaux, l'asile. L'homme est guéri, il ne
marche plus au plafond. Miracle de la psychiatrie. Mais, mais...
![]() |
L'homme qui marchait au plafond, quand il ne marchait plus au plafond |
Mais
quoi, dit l'âne très tendu tellement il s'est concentré pour
comprendre l'histoire... Mais quoi , alors ?
Et
bien, quand il sort, ce sont tous les autres qui marchent au
plafond... tu devines la suite... Retour à l'asile.Tout le monde ne
peut pas finir à Marseille en passant par Aden et l' Abyssinie.
Oui,
mais les chansons dans tout ça,..., dit l'âne un peu perdu et
tournant sur lui-même comme s'il cherchait sa queue.
Les
chansons... Elles parlent du temps, dit Mârco Valdo M.I.. Quant à
l'histoire de l'Homme qui marchait au plafond, elle fut écrite par
Pavel Kohout et en cherchant bien on peut parfois encore la trouver.
Ah, il faut quand même que tu saches que la deuxième chanson, celle
qui crie vive la vie, meurt la mort ! est des Modena City Ramblers,
dont je t'ai déjà parlé...
Nouveau
Monde
Il
court rapide, mais dans quel sens ?
Notre
temps inconnu et étrange
et
nos yeux épouvantés
regardent
ce qui nous entoure
et
ne peuvent croire à un sortilège technique qui
indifférent
peu à peu nous enlève
et
nous entraîne vers une réalité
que
nous ne verrons jamais (au milieu d'entités inconnues et
d'ordinateurs)
que
nous verrons jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)
que
nous ne verrons jamais...
Et
l'homme court confus vers
ce
qu'il ne comprend pas lui-même,
qui
a programmé sa propre vie,
on
ne sait qui c'est ni où; mais ce qui
importe,
c'est seulement ce qui le fait
déjà
douter de son équilibre
et
sa route est déjà obscurément ouverte
vers
une nouvelle réalité
qu'il
ne comprendra jamais (au milieu d'entités inconnues et
d'ordinateurs)
qu'il
ne comprendra jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)
qu'il
ne comprendra jamais...
Et
nous ne saurons pas pourquoi ni comment
Nous
sommes dans une ère de transition
Entre
une civilisation quasi-finie
et
une nouvelle inconcevable
Si
désormais presque personne ne croit plus
quelle
pourra bien être notre nouvelle foi,
quels
pourront bien être nos nouveaux buts
qui
éteindront notre soif éternelle
de
pouvoir être soi...
Même
si ensuite l'un ou l'autre succombe
Je
ne sais dire qui de nous deux sera
Cet
homme nouveau
qui
me passionne moi aussi
dans
le monde nouveau que
nous
ne verrons jamais
que
nous ne verrons jamais (au milieu d'entités inconnues et
d'ordinateurs)
que
nous verrons jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)
que
nous ne verrons jamais...!
Chanson
italienne – Mondo Nuovo – Francesco Guccini
Version
française – Nouveau Monde – Marco Valdo M.I. – 2008
![]() |
au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs |
Viva la Vida, Muera la Muerte !
Version française - ! Viva la Vida, Muera la Muerte !- Marco Valdo M.I. – 2008
Chanson italienne - ! Viva la Vida, Muera la Muerte ! - Modena City Ramblers
C'est
ton temps, faut pas le laisser
Un
vent qui passe et qui ne reviendra jamais.
Cours
vite, sans hésiter.
Ne
regarde pas en arrière le temps qui s'en va
C'est
ton temps, il se tient au fond de ton cœur
Il
bat avec ton sang et cours fort dans tes veines
C'est
ta respiration, ne le méprise pas.
Il
brûle en un regret, si tu te perds à attendre
Des
politiciens, des gens qui se taisent.
Des
temps de guerre, mais en temps de paix.
Temps
modernes à consommer.
Suis le rythme maintenant, c'est le temps de sauter !
Viva la vida, muera la muerte
Viva la vida, muera la muerte
Que viva, la vida
Suis le rythme maintenant, c'est le temps de sauter !
Viva la vida, muera la muerte
Viva la vida, muera la muerte
Que viva, la vida
Il
n'est plus temps de se lamenter
Et
d'appeler publiques les affaires privées.
Ce
n'est plus le temps des modérés
Toujours
à l'arrêt au centre, sans volonté de changer
Des
politiciens, des gens qui se taisent
Des
temps de guerre, mais en temps de paix
Des
songes précaires à consommer
Suis
à présent le rythme, c'est le temps de sauter !
Viva
la vida, muera la muerte
Viva la vida, muera la muerte
Que viva, la vida
Viva la vida, muera la muerte
Que viva, la vida
Chanson
italienne - ! Viva la Vida, Muera la Muerte! - Modena City Ramblers
Version
française - ! Viva la Vida, Muera la Muerte! - Marco Valdo M.I.
– 2008








