13
août 2008
Je suis Chveik le soldat
Salut
ô Marco
Valdo M.I., les ânes qui vont rire te saluent !
Quoi,
que dis-tu ?,
mon pauvre Lucien, j’espère qu’on ne t’a pas entendu…
Tu viens d’insulter l’Empereur, tu viens de te moquer de César,
c’est une cause de châtiment :
au moins, une pendaison sévère.
Allons,
allons, Marco Valdo M.I., n’exagère pas !
Ce n’est pas concevable une pareille réaction à une plaisanterie
et en privé encore…
Je
ne crois pas que ce soit ainsi, mon pauvre Lucien. Du temps de César,
hop, tu y passais, aux lions, aux ours …
Les
ours se suivent et ne se ressemblent pas ;il y a de bons
ours, de mauvais ours ; d’ailleurs, dit Lucien en
rentrant le menton entre les pattes avant tellement il est pris de
fou rire, j’y pense subitement, tu as le bonzour
d’Alfred.
Tu
ris, tu ris, mais tu ne riras pas toujours, dit Marco Valdo M.I..
Donc, tu aurais fini aux lions, aux ours ou pire encore, aux
chrétiens ou dans l’eau, aux crocodiles ou aux murènes…
Je
lui aurais dit : Tu es la murène de mon cœur…
Elle aurait craqué, dit Lucien en sautillant de joie...
Je
me demande, mon bon ami Lucien, dit Marco Valdo M.I. d’un ton
faussement sévère, je me demande si par hasard, tu n’aurais pas
mangé de l’herbe qui rend sot. Tu devrais te méfier de ce qui
pousse le long des fossés... Les marguerites et le chiendent, ça
c’est bon pour l’âne ;
les
orties vont bien aussi, mais, je t’en prie, plus de coquelicots,
plus de cannabis ;
ça finira mal.
Décidément,
tu y vas fort aujourd’hui..., dit l’âne en tressautant encore.
Bon,
Lucien, mon ami l’âne aux yeux de la couleur du diamant de
l’Afrique australe, laisse-moi te donner un exemple. Imagine un
instant, et arrête de te gondoler, on n’est pas à Venise, que tu
sois convié à une cérémonie où va prendre la parole un grand
chef d’État.
Oui,
dit Lucien, juste pour te faire plaisir, j’imagine et alors ?
Un
grand chef d’État comme, je vais en choisir un dans le passé pour
ne pas avoir d’ennuis, mais tu actualiseras bien. Un grand chef de
gouvernement en Italie (oui, à Rome ;non, pas au
Vatican), mettons le plus grand de tous (je parle dans le passé...),
celui qui élevait le menton au pinacle de la pensée – tout dans
la mâchoire, rien sur le crâne – donc, celui-là va prononcer un
discours disons à la gloire de sa politique, de l’Impero ou à sa
propre gloire et tu cries « Ave Caesar !
Ceux qui vont rire te saluent ! ».
C’est le Tribunal Spécial dans les vingt-quatre heures et la
pendaison sévère s’ensuivra !
Tu actualises ?
Bon,
bon, mais je n’allusais pas à un grand chef de gouvernement, même
pas à celui de l’Italie actuelle. Je voulais simplement signifier
que j’avais appris – par une indiscrétion, que tu allais me
raconter l’histoire d’un personnage comique, enfin, je veux dire,
célèbre par sa drôlerie…
D’où, mon « les ânes qui vont rire te saluent »,
voilà tout.
D’accord,
aux ânes bien nés la valeur n’attend pas le nombre des ânées…
Je te laisse le bénéfice du doute…,
dit Marco Valdo M.I.. D’autant plus que tu as raison, je vais te
parler d’un tel personnage et pour plusieurs raisons : la première,
c’est qu’il en vaut la peine
;
la deuxième, est que j’en avais l’intention depuis
longtemps ;la troisième, c’est qu’il convient aussi
de varier les récits.
Tu
vois, dit l’âne en se rengorgeant et en frottant le sol de
contentement avec son pied droit, il ne fallait pas t’emballer
comme çà et évoquer les mânes de Caesar pour finir par dire que
tous comptes faits, j’avais raison...
Non,
non, je voulais seulement te mettre en garde contre les évolutions
curieuses de notre temps, contre certaine manie qu’il y a dans
l’air de voir des terroristes partout et comme tu sais que
quiconque critique Caesar (ou sa femme, fût-elle un homme) est ipso
facto versé dans la catégorie des opposants et de ce fait
(traduction d’ipso facto, mais on évite ainsi la répétition), on
le glisse subrepticement dans celle des terroristes ou à tout le
moins, des suspects et de toute façon, l’étape suivante fait du
suspect un terroriste en puissance…
de là, à l’enfermer, préventivement, le pas est vite franchi.
Dans ces cas-là, on ne s’embarrasse pas de subtilités.
D’ailleurs, les aventures de notre héros du jour démontrent tout
à fait la pertinence de ce point de vue.
Je
veux bien te croire, dit l’âne aux pieds de braise sud-africaine,
mais tu ne m’as toujours pas dit de qui il s’agissait. Je ne
pourrais donc rien en dire...
Ah,
ah, fait Marco Valdo M.I. en singeant l’âne qui singeait
Bosse-de-Nage qui ne savait dire en français que ha, ha!, mais c’est
tout simplement de notre ami Chveik dont il s’agit. Tu sais bien
Chveik, celui qui faillit être condamné à mort sévèrement car il
y avait des mouches qui avaient chié sur le portrait de l’Empereur
dans la taverne où il buvait sa bière, ce soldat dont l’antienne
était « Oui, mon Lieutenant ! ». Le plus parfait des
crétins qu’une armée ait jamais engagé et pourtant, Chveik est
un des héros les plus subtils et des plus utiles de l’histoire de
l’humanité. En fait, si face aux pouvoirs, les hommes appliquaient
la méthode Chveik, aucune autorité n’y résisterait. En cela,
Chveik (en fait, son créateur Iaroslav Haçek) est un génie. Un
génie et un génie par le rire. Mais aussi bien, les sbires de
l’Empire n’avaient pas vraiment tort de le soupçonner d’être
un monumental danger terroriste ;Chveik est en quelque
sorte le terroriste malgré lui.
Oh,
oh, fit l’âne pour changer. Voilà qui est bougrement intéressant.
De ce que je comprends, de ce que je soupçonne (car nous sommes à
l’ère du soupçon), Chveik serait une sorte de bombe à comique...
Alors
pour faire connaître Chveik , déserteur malgré lui – à force de
foncer sur l’ennemi, il quitte le champ de bataille – et surtout
pour chanter ses louanges, j’ai écrit un poème qui est aussi bien
une chanson. Moi, je la chante sur un air d’un autre Cacanien
intitulé : « Ah, vous dirais-je , Maman... », le dénommé
Wolfgang Amadeus Mozart, qui aurait bien aimé Chveik. Et d’ailleurs,
je m’en vais te le fredonner...
La
chanson de Chveik le soldat
Chanson
française très respectueuse de l’honneur militaire. 13 août 2008
– À la gloire de Jaroslav Hasek et de l’immortel soldat Chveik
et son lieutenant Lucas.
A
priori sur l’air d’un autre Cacanien intitulé : « Ah, vous
dirais-je,
Maman… »,
le dénommé Wolfgang Amadeus Mozart, qui aurait bien aimé Chveik.
Ordonnance
de mon lieutenant,
Je
suis très obéissant,
Je
me lève en chantant
Bien
avant mon lieutenant.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
Je
fais la barbe au lieutenant
Chaque
jour au campement.
Je
lui tends sa brosse à dents
Chaque
matin à mon lieutenant.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
Je
prépare ses sous-vêtements
Pour
équiper mon lieutenant.
Je
repasse l’uniforme blanc
Pour
habiller mon lieutenant.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
J’ai
le sens de l’honneur,
Je
ne connais pas la peur,
Je
salue les couleurs,
J’embrasse
le portrait de l’empereur.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
Sur
les ordres du commandant,
À
la bataille, mon lieutenant
Me
dit Chveik en avant,
J’obtempère
au lieutenant.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
À
la bataille, sur le champ
On
doit foncer en avant,
Je
me dis : Chveik, c’est le moment.
Je
m’élance en hurlant.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
Pour
obéir à mon lieutenant,
Je
suis parti en avant.
En
mémoire de mon lieutenant,
J’ai
continué en avant.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
Le
lieutenant n’est pas parti,
Il
était déjà mort, pardi,
Le
lieutenant n’a pas suivi,
Il
était déjà tout raidi.
Si
vous ne me connaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
J’ai
poussé de grands cris,
J’ai
couru sus à l’ennemi,
Je
suis arrivé ainsi,
Surtout,
ne me reconnaissez pas,
Je
suis Chveik le soldat.
J’ai
jeté mon fusil,
J’ai
jeté mes habits,
J’ai
quitté la Cacanie,
Et
je recommence ma vie.
Mais
surtout, oubliez-moi,
J’étais
Chveik le soldat.


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