7
août 2008
Veni Creator
Pour
chanter Veni Creator, il faut une chasuble d’or…
Pour chanter Veni Creator, il faut une chasuble d’or…
Quoi,
quoi, qu’est-ce que tu chantes là ?,
demande Lucien l’âne si curieux qu’il mélange sa langue dans
ses dents. On dirait un très ancien chant d’église, un chant du
Moyen-Âge…
C’est beau, c’est beau… Où as-tu été apprendre ça et
peux-tu me chanter la suite ?
Oh,
Lucien, je ne t’avais pas entendu arriver…,
dit Marco Valdo M.I.. Excuse-moi, je chantonnais ainsi, mais avec ce
chant-là, j’ai toujours tendance à élever la voix et à chanter
plein cœur. Oui moi aussi, je le trouve très beau ce chant. Il me
donne des frissons. Ne t’inquiète pas, je vais te le chanter là
tout de suite, mais avant, j’ai une deux choses à te dire à son
propos.
Oui,
oui, bien sûr, dit l’âne en tendant les oreilles et en ouvrant
les pavillons comme ouvre ses ailes un papillon. Je suis toujours
intrigué par ce que tu as à me dire… Je suppose déjà le titre
de ce chant et d’où
il vient et tout ça.
Exactement,
dit Marco Valdo M.I., et d’abord, ma surprise; je veux dire celle
que j’ai ressentie quand j’ai appris que ce chant si ancien ne
l’était pas autant que je le croyais et que tu viens de le croire
et en plus, que c’est un chant repris et attribué à un chanteur
de cabaret. J’ai pas encore creusé l’affaire, mais il y a là un
mystère.
Un
mystère ?
J’adore quand il y a un mystère et que tu commences à t’en
préoccuper. Tu racontes plein de choses étonnantes alors, dit l’âne
tout impatient.
Tu
as bien vu ou entendu aussi, que ce chant ressemble à s’y
méprendre à un chant d’église, on dirait qu’il est accompagné
par le grand orgue dans une salle emplie de résonances. On voit une
sorte de cathédrale avec une voix immense d’un groupe, d’un
chœur… Et c’est bien l’impression recherchée. Qui chante ?
La bonne question, vois-tu, Lucien, mon bon âne, est bien celle-là.
Qui, in fine, chante ?
C’est le chant de qui ?
Oui,
c’est bien ce que je me demande, dit l’âne qui fait l’âne
pour avoir du son et qui en même temps se retourne et se mord un bon
coup dans le ventre. C’est encore les taons, y de l’orage en vue.
Les taons sont difficiles.
Eh
bien, il est connu sous le titre : Le chant des Canuts. Et les
canuts, mon bon ami Lucien, c’étaient les ouvriers des soieries de
Lyon et tu vas voir que ce chant est proprement un chant de
rébellion. Un chant de la guerre de dix mille ans, de la guerre de
cent mille ans, de la guerre des riches contre les pauvres.
Et
le mystère là-dedans, dit l’âne qu
Le
mystère, c’est que selon les documents que j’ai pu consulter ce
chant est attribué à Aristide Bruant, chanteur de la fin du
dix-neuvième siècle, lequel Aristide chantait au cabaret du Chat
Noir à Montmartre.
En tous cas, une chose est sûre, il a dû le chanter et restons-en
là. J’en viens au chant lui-même :
Pour
chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or
Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or
Nous en tissons pour vous, grands de l’église
Et nous, pauvres canuts, n’avons pas de chemise
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus
Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir
Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir
Nous en tissons pour vous grands de la terre
Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus
Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira :
Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira :
Nous tisserons le linceul du vieux monde,
Car on entend déjà la révolte qui gronde
C’est nous les canuts
Nous n’irons plus nus.
Il faut une chasuble d’or
Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or
Nous en tissons pour vous, grands de l’église
Et nous, pauvres canuts, n’avons pas de chemise
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus
Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir
Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir
Nous en tissons pour vous grands de la terre
Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus
Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira :
Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira :
Nous tisserons le linceul du vieux monde,
Car on entend déjà la révolte qui gronde
C’est nous les canuts
Nous n’irons plus nus.
Je
répète, dit Marco Valdo M.I., pour qu’on comprenne bien :
NOUS
TISSERONS LE LINCEUL DU VIEUX MONDE
CAR
ON ENTEND DÉJÀ LA RÉVOLTE QUI GRONDE
C’EST
NOUS LES CANUTS
NOUS
N’IRONS PLUS NUS…
Alors,
tu vois, tu comprends que ce chant plaise bien. C’est un chant
d’espoir, c’est un chant d’avenir,
dit Marco Valdo M.I.
Oui,
évidemment !
C’est fabuleux…
Et
bien, je vais te dire que je l’avais choisi, je le chantonnais
avant que tu n’arrives, car je pensais au poème, que j’ai
composé et que je vais te montrer maintenant. La seule chose que je
veux en dire, c’est qu’en fait, il est né comme ça, de bribes
disposées en désordre sur une feuille de papier et qu’il est
sorti d’une traite. Il y a déjà un certain temps, mais je me suis
rendu compte après l’avoir laissé de côté, qu’en fait, il est
une pierre centrale de ce blog. Pour l’instant, il est brut,
peut-être changera-t-il, mais aujourd’hui, il est comme ça. Il
condense de façon poétique la thèse centrale de toute ma
réflexion… Alors, je le montre tel quel, comme les canuts, tout
nu.
La
guerre de cent mille ans
On
a connu, on raconte
La
guerre de Troie
La
guerre de la vache
La
guerre du cochon
La
guerre de trente ans
La
guerre de cent ans
La
guerre de quatorze
La
même de quatorze – dix-huit
La
préférée de Tonton Georges
La
guerre de l’an quarante
Quatre
ans de guerre
Puis,
l’espoir
soixante
ans sans guerre
sans
guerre militaire
sur
notre territoire.
Mais
elle ne s’était jamais interrompue
La
Guerre
La
Guerre ne finit jamais.
Cette
guerre sournoise et vile
la
guerre en ville,
La
guerre en civil,
la
guerre civile
continue,
elle a continué.
Continuelle,
elle continue.
En
Italie, « il ventennio » dura vingt ans
Il
est revenu.
Épisode
de la guerre des parvenus
contre
les simples gens.
Guerre
larvée, guerre cachée
Guerre
camouflée, guerre déguisée
Guerre
bourgeoise
Celle-là,
ne l’oublie pas
jamais
!
Non
dimenticarla,
mai
!
Elle
n’est jamais partie
Elle
est toujours là
Hiver
comme été,
Guerre
étale
Sans
pitié
guerre
sociale
Sans
répit
guerre
libérale
contre
les pauvres, contre les petits.
Soixante
ans sans guerre :
Quelle
blague !
On
n’arrête pas le progrès
Demande
aux Vietnamiens, aux Rwandais,
Aux
Algériens, aux Irakiens,
Aux
Étasuniens.
Là,
ce sont les guerres visibles
Celles
qui passent sur les écrans, les guerres officielles
Mais
il y a, cette guerre-là
qu’on
ne voit pas,
La
guerre qu’on cache,
La
vraie, la mère de toutes les guerres
La
guerre invisible
La
guerre aux chômeurs,
la
guerre indicible
la
guerre aux travailleurs
La
guerre aux familles
La
guerre permanente
La
guerre jusqu’à la lie.
Jour
après jour
Depuis
toujours
Soldats
d’un côté, civils de l’autre : mercenaires contre volontaires.
D’un
côté, Solde, traitement, gratification, salaire,
émolument,
rémunération, tantième et jeton.
De
l’autre, civil, civilité, civilisé, civilisation
Guerre
sournoise, guerre banale
Guerre
qui tait son nom
Les
tranchées sont dans nos maisons
(quand
on a une maison)
Guerre,
guerre, guerre de tous les jours
Seigneur,
donne-nous notre paix quotidienne
et
pour cela…
Délivre-nous
de la paix étasunienne.
Partout
guerre clandestine,
Guerre
guère anodine
où
tous les gestes comptent imperceptiblement
où
chacun choisit son camp
si
tu n’y prends garde, inconsciemment
à
chaque instant, tu choisis ton camp.
L’ennemi
est en toi aussi,
il
est caché en toi ici
la
guerre traverse le civil
la
guerre traverse la ville
Guerre
urbaine
Guerre
de l’apparence
Où
il te faut te déguiser
Te
déguiser pour vivre caché
Pour
vivre heureux, vivons cachés
Sagesse
populaire
Sagesse
de guerre
Guerre
sans visage
Guerre
aux mille visages
Guerre
au village
On
impose à nouveau le servage
L’Europe
est un immense camp de travail
Arbeit
macht frei: devise de la Communauté:
Et
les machines tuent les pères
Dans
les usines, sur les chantiers
Orphelins
de guerre
Guerre
infinie,
guerre
sans patrie.
Déclaration
universelle :
Guerre
à la guerre,
Combat
mortel:
Guerre
au travail.
Nos
armes : le sommeil, la rêverie
La
sieste, l’inertie.
On
ne se bat pas avec les armes de l’ennemi
On
n’accepte pas les règles de l’ennemi
Le
piège de la démocratie
libérale,
émasculée
Guerre
secrète, guerre coquette
Pub,
mode, image, musique
enivrement,
séduction, collaboration.
Refus
têtu, obstiné,
À
chaque instant répété
Refus
de collaborer.
Refus
de sucer, refus d’avaler,
La
pilule et la carotte libérales.
Faire
le dos d’âne sous le bâton de la Liberté.
Ne
pas collaborer, ne jamais collaborer.
Trébucher, marcher juste un temps en retard.
Trébucher, marcher juste un temps en retard.
À
contre-pas.
Partout,
toujours.
Refuser
le stress, refuser la presse.
Être
un grain, rien qu’un grain de sable
Sur
la plage
Inertie
et grain de sable,
Milliards
de petits sabotages
à
chaque moment
rien,
presque rien, mais
partout,
tout le temps.
La
taupe sous le sol
Bête
quasi-aveugle, animal muet,
Creuse,
creuse sous le sol.
Renaître
canuts, tisser
Un
linceul pour ce vieux monde
En
silence, la révolte gronde
Car
Nous
vivons encore maintenant
À
chaque moment, à chaque instant
La
guerre de cent mille ans.



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