22
août 2008
Blues du chantauteur
Salut, dit Lucien l'âne gambadant et en quelque sorte, ce qui est curieux pour un âne, il chantonne... Ce soir, la lune a mis des voiles, de la clarté dans les étoiles, et dans le noir, les rues désertes sentent le cafard... La ville est morte...
Tu
tombes bien, dit Mârco Valdo M.I., tu arrives à pic avec ton blues,
avec ce blues-là et ce regard-là... C'est justement la liaison qui
me manquait entre hier et aujourd'hui entre la guerre biologique et
la chanson du jour. Je ne savais trop comment introduire la chose et
te voilà qui m'offre une introduction du tonnerre. Jamais, je
n'aurais pensé à ce blues pour démarrer l'histoire que je vais te
faire entendre.

Te
souviens-tu de la suite du texte, dit Mârco Valdo M.I.. Moi, il me
semble que ce serait bien le blues pour Jean Martin et que la suite
serait « il travaillait comme comptable dans une quincaillerie
en gros... »
C'est
tout-à-fait ça, dit l'âne
en
plongeant dans sa mémoire
de
son œil noir comme le diamant d'Afrique australe vide comme le fond
de l'univers . Et ensuite, il tente l'aventure avec la secrétaire ou
l'employée, je ne sais plus.
Oh,
oui, dit Mârco Valdo M.I.. En fait, c'est la caissière.... Je me
souviens quand elle lui dit en répondant à sa déclaration d'amour
:
"L'amour, c'est des fariboles, payez-moi, je coucherai avec vous..." Et le blues de conclure : "Jean Martin... la fin du mois est tellement loin." C'est un monde passionnant, que celui de Jean martin... Enfin, c'est le monde dans lequel on vit; la réalité enterre la fiction. Le réalisme libéral enterre l'amour humain. Payez-moi, je ferai n'importe quoi ! L'humanité, l'amitié, la solidarité, l'amour, la tendresse... c'est des fariboles, payez-moi... Un vrai blues qui te colle le bleu à tous les coups. Un blues qu'on noie juste avant l'aube... tellement on n'arrive plus à contenir la nausée que ce monde inspire...
"L'amour, c'est des fariboles, payez-moi, je coucherai avec vous..." Et le blues de conclure : "Jean Martin... la fin du mois est tellement loin." C'est un monde passionnant, que celui de Jean martin... Enfin, c'est le monde dans lequel on vit; la réalité enterre la fiction. Le réalisme libéral enterre l'amour humain. Payez-moi, je ferai n'importe quoi ! L'humanité, l'amitié, la solidarité, l'amour, la tendresse... c'est des fariboles, payez-moi... Un vrai blues qui te colle le bleu à tous les coups. Un blues qu'on noie juste avant l'aube... tellement on n'arrive plus à contenir la nausée que ce monde inspire...
Oui,
oui, dit l'âne en collant ses oreilles le long de sa crinière en
signe de deuil. On vit dans un monde assez épouvantable. Mais à ce
propos, quelle est cette mystérieuse histoire qui va si bien avec ce
blues ?
Et
bien, mon cher Lucien, dit Mârco Valdo M.I., c'est une chanson que
j'ai traduite pas plus tard que tout à l'heure. Elle est de Giorgio
Gaber, un fantastique auteur – chantauteur italien (il serait même
l'inventeur du chantauteur – cantautore en italien, un beau mot au
demeurant qu'il faudrait utiliser en français à la place de ce
composite auteur-compositeur-chanteur) que je découvre avec toi et
dont l'influence sur les chanteurs italiens de la fin du siècle
dernier et du début de celui-ci est considérable. Quant à la
chanson elle-même, elle s'intitule La peste... Tu vois tout de suite
le lien avec l'histoire de la guerre biologique que je te racontais
récemment.
Évidemment...,
dit l'âne aux pieds d'Hermès en soupirant. Je vois bien cette
histoire de peste et la signification mortifère qui s'y rattache. On
est tout dans une ambiance d'épidémie et de morts à la pelle au
point de menacer la survie d'un peuple...
Tu
ne pourrais pas mieux résumer l'affaire... C'est ça que j'aime chez
toi, mon ami Lucien, dit Mârco Valdo M.I.. Cette façon d'aller
droit et juste au but, cette perception si aiguë des choses, cette
compréhension toute d'intelligence vêtue... Bien sûr, tu as une
expérience fabuleuse, tu viens de si loin, tu as été si longuement
initié aux mystères...Tu emmènes sous ton bonnet d'âne bien des
secrets du monde, dont j'espère qu'ils ne t'écrasent pas trop la
cervelle comme ils l'ont fait déjà à tant d'autres. En fait, tu es
mon âne préféré.
Et,
dit l'âne en rougissant, si on écoutait ta chanson...
Oui,
tout de suite, dit Mârco Valdo M.I.. Mais avant cela, je voudrais
quand même te faire remarquer qu'on n'est plus en l'an 1400 et que
cette peste-ci se passe de nos jours, à Milan. Elle me fait
furieusement penser – tu le verras et tu la reconnaîtras – à
une certaine peste brune chez nous (sans doute à cause de la couleur
de la merde), et qui est noire dans certains pays, dont l'Allemagne
et l'Italie, au premier rang. Parfois, même, elle est verte... Cette
peste quotidienne est ici le lot des habitants de Milan et de la
région qui l'entoure, mais ne t'y trompe pas, toi mon ami, c'est
notre sort commun. Regarde autour de toi et tu en verras les
ravages... Gaber avait raison.
La
Peste
Chanson
italienne – La Peste – Giorgio Gaber – 1974
Version
française – La Peste – Marco Valdo M.I. – 2008
Un
bacille qui sautille,
qui
se déplace un peu curieux,
une
bactérie négative,
un
bacille contagieux.
Il
serpente dans l'air
avec
un certain mystère,
les
rumeurs vont nombreuses
ce
n'est pas vraiment un secret,
les
gens en parlent à voix basse,
la
nouvelle se diffuse doucement
dans
Milan.
Les
gens ont peur,
ils
commencent à se méfier,
ils
s'enferment chez eux,
une
explosion de terreur,
un
hurlement inhumain,
la
peste à Milan.
A
Milan, il y a des gens qui meurent,
la
nouvelle fait un certain tapage,
dans
la province aussi on meurt.
La
peste se diffuse lentement,
puis
grandit et on parle de contagion,
on
soupçonne qu'il y a un foyer
qui
part du centre et rayonne,
qui
étend partout
la
peste noire.
C'est
une épidémie des plus malignes
avec
des bubons qui empestent hommes, femmes et enfants,
l'infection
est transmise par les rats des égouts,
mais
on a vu de très habiles mains les lancer des avaloirs,
ce
sont les habituelles mains cachées et puissantes
qui
travaillent en dessous, qui sont toujours présentes.
Les
gens se défendent désespérés,
la
peste harcèle et avance,
elle
s'épand ; aguerrie, elle se déchaîne,
c'est
encore pire que celle des vents,
la
peste nous arrive dessus,
la
peste ne s'arrête plus
des
morts partout
qu'on
entasse comme des animaux,
cela
ne fait même plus d'effet,
ce
sont des choses normales.
On
photographie les cadavres,
on
ne s'en offusque même plus
on
se lave, on se peigne,
on
sort, on va au bar,
on
évite les cadavres.
On
n'en fait plus de cas,
on
s'habitue si vite,
au
fond, il en meurt tant
même
le weekend du quinze août.
Un
bacille à bâtonnet
qui
t'entre sans le cerveau,
une
bactérie négative,
un
bacille à matraque.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire