4 mai 2013
LA LAÏCITÉ, UN BIEN À EXPORTER
?
Version française des Dernières
Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. ( 3 mai 2013) :
Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/05/03/laicita-bene-esportare/
Nos
amis de l'UAAR mettent souvent
le doigt où ça fait mal. Ainsi en va-t-il du destin des athées et
autres incroyants dans le monde, y compris dans certains pays qui
veulent donner des leçons aux autres. Résumons la
question : le vieux combat civilisateur n'est pas encore terminé...
Loin de là. Les tenants des révélations diverses continuent à vouloir
imposer leurs lubies au reste des hommes – et bien
entendu, plus encore aux femmes et aux enfants, même – s'agissant
des catholiques, aux nouveaux-nés. Fixons la règle de civilité minimale à
ceci : le droit de penser librement ou de croire
librement, à titre strictement personnel ; le droit de n'être pas
enrégimenté de force et à son insu dans une croyance quelconque. Bref,la
règle civilisée de base est ce qu'on a coutume
d'appeler la liberté de conscience, une denrée d'intimité supérieure
dont il va de soi qu'on n'en impose pas les divagations aux autres.
Ce qui ressort de l'article pourrait
se résumer en une paraphrase du divin marquis : « Européens, encore un effort pour devenir civilisés ! »
Sinon
dans la pratique, du moins en théorie les
constitutions de presque de tous les États de l'Union Européenne
affirment la laïcité comme un principe fondamental. Valeur d'exportation
? Il y en a qui le pensent. Mais il y en a même qui
pensent que la laïcité à l'européenne est trop agressive.
Ironiquement, ceux qui le pensent sont à leur tour partisans de
principes fondamentaux à exporter…
La première nouvelle arrive de Presseurop:
les diplomates de l'Union Européenne recevront bientôt des directives
par lesquelles on leur demandera « de promouvoir à l'étranger la
neutralité des pouvoirs publics et de protéger la liberté de culte ». Il
n'est pas bien clair en quoi consiste
concrètement la mesure, qui semble fort générale. Comme il a été
déjà souligné par certains, bien peu d'États européens peuvent se
définir « neutres » : la reine d'Angleterre est à la
tête de l'Église anglicane, dans les écoles italiennes, on enseigne
la religion catholique, et la Hongrie s'est récemment dotée d'une
constitution excessivement chrétienne. Selon le Polonais
Robert-Jan Uhl, conseiller aux droits de l'Homme de l'Osce,
« l'important est le respect des droits élémentaires, faire en sorte que
les gens puissent importer et répandre la littérature
religieuse et qu'aux détenus soient donnés des repas conformes à
leur religion ». De cette manière, on s'éloigne très fort du concept de
laïcité, sans se rapprocher de celui de liberté de
religion : on dirait plutôt la vieille « tolérance » du XVIIIe
siècle .
Deux
parlementaires européens hollandais, Peter van Dalen (Parti de l'Union
chrétienne) et Dennis de Jong (Parti socialiste), la considèrent de
manière plus
décidée : il s'agit de promouvoir même « le droit de changer
religion ou de ne pas être croyant. Dans quelques pays, ce choix conduit
à la marginalisation, mais la liberté de culte et les
convictions religieuses comportent même le droit de ne pas être
croyants ». Et les multiples cas, révélés maintenant chaque jour ,
d'athées en difficulté dans différents pays pour avoir
exprimé leurs idées démontre qu'un engagement de ce genre est
nécessaire.
Au
même moment, des Usa arrive toutefois un pesant distinguo. Le rapport
annuel de la commission sur la liberté religieuse internationale,
qui dépend du département d'État étazunien, s'en prend à la « libre
pensée agressive ». Parce que quelques
mesures (l'interdiction de la burqa en public en Belgique et en
France, par exemple) seraient limitatives de la liberté de religion. Ces
exemples de « discrimination vis-à-vis de la
religion » sont relevés même dans des cas encore beaucoup plus
discutables, comme certaines limites imposées à l'abattage rituel (très
violent) et à la circoncision (imposée même aux
nouveau-nés).
Par
contre, le rapport met en évidence bien peu de cas de
persécutions à l'encontre des athées, réservant par contre d'énormes
espaces aux discriminations envers les religions minoritaires. Le
document ne peut pas cependant éviter de noter qu'il
n'existe pas de meilleur lieu pour la protection de la liberté de
religion que l'Europe Occidentale, jusqu’à ne pas arriver à découvrir
d'« agression » des incroyants vis-à-vis de
croyants. La définition de « liberté religieuse » qui en ressort
n'est en rien nouvelle : c'est la liberté pour les religions de pouvoir
faire ce qu'elles veulent, sans contrôle de
l'État. Il est curieux de constater que c'est écrit par des
représentants d'un pays qui, en des temps pas lointains, a voulu
exporter la démocratie — ou, pour être plus précis, son concept de
démocratie. Un pays dans lequel, en différents États, il n'est pas
encore aujourd'hui possible aux athées accéder à des tâches publiques.
Pas surprenant, que le rapport du département d'État
étazunien, cherche des puces à beaucoup à de nations, mais
autocratiquement décide de ne pas traiter un pays : le sien.
Il
ne s'agit pas de demander la « réciprocité », à plus forte
raison, à le faire si ce sont des pays qui, chez eux, ne se
comportent pas de manière irréprochable. Il ne s'agit jamais de limiter
les relations avec ces pays qui violent les droits de l'Homme,
et pas seulement ceux religieux. Il ne semble pas toutefois que les
Usa soient en mesure de prendre des distances vis-à-vis de nations
liberticides à 360 degrés comme l'Arabie saoudite ; ils
ne semblent pas plus en mesure de présenter d'un modèle idéal pour
les pays qui veulent adapter leur législation aux plus hauts standards
de civilisation. Au fond, le bon exemple offert chez soi
peut pousser les autres à le faire aussi chez eux. Une Europe laïque
est la meilleure garantie pour tout le monde, et la meilleure carte de
visite pour les pays qui en font
partie.
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