jeudi 3 décembre 2015

Canzones de guerre du dimanche

11 novembre 2008

Moi, je te le dis, c'est du beau temps pour la saison. Particulièrement, le vent. J'aime le vent quand il souffle comme çà et qu'il fait une sorte de grand concert nocturne. Mieux encore quand il est accompagné par la pluie et ses millions de petits bruits rythmés, saccadés...

Et bien, dit l'âne Lucien en ouvrant des yeux si grands qu'ils semblaient vouloir avaler le ciel tout entier, en voilà une étrange manière de voir les choses. Mais au fond, pourquoi pas... Vois-tu, Mârco Valdo M.I., ce que je ne saisis pas bien, c'est comment tu arrives à trouver tant d'intérêt à ces phénomènes atmosphériques...




Mais enfin, Monsieur l'âne, n'avez-vous pas perçu que c'est là un des grands plaisirs de l'automne, par exemple. À ce moment de l'année où il y a encore des feuilles et où le froid est somme toute encore assez relatif. Le son est différent en hivers et pour en revenir aux grands mouvements symphoniques du vent, je prends la peine non de fermer la fenêtre de ma chambre, mais bien de l'ouvrir. Oh, rassure-toi, il ne faut pas l'ouvrir beaucoup; il suffit de laisser passer le son. Je t'explique comment faire. Tu te prépares – pour la nuit, et puis tranquillement, tu t'étends confortablement, tu te couvres bien de sorte à ne pas avoir froid et à te trouver comme dans un cocon ou un nid... Évidemment pour un âne, c'est différent, mais enfin, tu vois ce que je veux dire.


Je vois, je vois, Monsieur Mârco Valdo M.I., puisque tu me donnes du Monsieur, je t'en donnes aussi. Quoique je ne t'ai jamais vu dans ton lit, ni dans ta chambre, mais enfin, je me figure assez bien la chose. Disons que tu es dans ton étable ou ton écurie ou ta stalle et que tu t'étends dans une litière bien remplie et toute confortable. Je suppose qu'après, tu fermes les yeux et tu te concentres sur l'univers sonore de la nuit.



C'est précisément, ce que je fais, mon bon Lucien, Mârco Valdo M.I.. Donc, je m'installe le plus tranquillement du monde et je me laisse aller dans ce monde sonore de la nuit. C'est fou ce qu'il y a de bruits différents que l'on peut entendre la nuit et ils varient selon l'heure. Il y a le raffut des oiseaux juste avant la tombée de la nuit. Il y a après une sorte de calme qui s'installe. Puis, les aboiements, les chats en balade, les nocturnes, les dernières roucoulades des pigeons ou des tourterelles, les bruits de la ville autour, le glissement des voitures, les bruits des moteurs des automobiles et ceux plus rauques et plus graves des bus, le bruit lointain des trains et parfois, leurs sifflements, les hurlements des motos qui se précipitent on ne sait où, les sirènes de police, d'ambulance, des pompiers, les alarmes, les bruits des usines plus sourds ou de grands entrechoquements métalliques... et couvrant le tout, par instants, le vent, les feuilles qui jouent à le moduler, et d'un coup, les premiers tout petits choquements des gouttes de pluie et ensuite, c'est selon, les sortes de lourdes gouttes qui passent progressivement aux ras de tambours, puis parfois même, au bruit de rafales de mitraille. En somme, j'ai ainsi un concert gratuit et fabuleux, toujours différent aussi. Moi, j'adore çà.



Je vois, je vois. C'est presque une passion, comme qui dirait, dit l'âne, un peu éberlué.



Une passion, oui, si on peut dire ainsi, c'est passionnant. Surtout quand les eaux commencent à ruisseler en des centaines de ruisselets différents qui racontent toute une histoire de vie... dit Mârco Valdo M.I..



Mais, dit Lucien l'âne un peu désappointé, mon cher Mârco Valdo M.I., n'étais-tu pas venu pour me présenter des canzones... Tu es déjà en retard de deux jours.



Si, si, ne t'en fais pas, j'y viens à l'instant, dit Mârco Valdo M.I.. Ce sont des chansons sur la guerre. J'avais, mon cher Lucien, traduit quelques chansons nouvelles (pour moi), de chanteurs que je ne connaissais pas et plusieurs portaient spécifiquement sur la guerre. Les deux premières de Fabio Bello s'adressent directement à la Guerre, comme à une personne. La troisième est plus historique, elle est de Davide Buzzi et raconte la bataille de la Bérézina que dut livrer l'armée napoléonienne lors de sa retraite de Russie. Une histoire tragique... Et j'ai ajouté une chanson française que j'ai toujours bien aimée, qui parle évidemment de la guerre et pourrait être la suite de celle sur la Bérézina. C'est l'histoire d'un soldat qui revient de guerre après un long moment et qui apprend que sa fiancée entretemps est morte. Une étonnante chanson de guerre, car il s'agit d'une chanson comique et pour tout dire, une des plus hilarantes chansons contre la guerre; la célèbre Adèle des Quatre Barbus. Adèle, celle qui a eu le bon goût de mourir en se transformant ainsi en charcuterie fine : Car elle est morte Adèle...

Je me réjouis d'avance, mon bon Mârco Valdo M.I., dit l'âne en faisant un sourire jusqu'à ses oreilles qu'il avait pourtant dressées en points d'exclamation ! Et soit dit en passant, comme quoi on peut rire de tout... et puis, le rire est une excellente façon de chasser le malheur et d'en dévier les effets. Allons-y et sans tarder encore.



APPELLE-LA PAR SON NOM.

Chanson italienne – Chiamala per nome – Fabio Bello
Version française – Appelle-la par son nom – Marco Valdo M.I. – 2008



Tu es revenue.
Qui sait comme je t'imaginais plus lointaine encore.
Ils t'ont appelée
Je ne savais pas que quelqu'un t'attendait
Peut-être que tu ne t'en étais jamais allée
Que tourné le coin de la rue, tu as grandi en silence,
enracinée fortement les longs des rives de la rue,
Une herbe forte et dure qu'on ne peut extirper...
Comment ne pas comprendre que tu nous as toujours accompagnés !

Je ne t'ai pas aimée
Tu étais étrangère même racontée
Tu m'as expliqué :
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Il n'y avait rien d'injustifié...
Mais te rencontrer, non, cela ne m'allait pas.
Je sentais venir les frissons le long de mon dos;
je sentais parmi les gens et pour les gens une grande peine;
je comprenais d'un coup ton horrible entrée en scène.
Je t'appellerai pas ton nom
pour pouvoir te démasquer
car il n'y a aucun sens
à vouloir te célébrer.
Et pour te crier en face
la douleur que tu as créée
en cachant des choses atroces
derrière la raison d'État.
Car c'est une saloperie
ton arrivée sur terre.
Car l'homme se fatigue
d'être le fils de la GUERRE.

GUERRE

Chanson italienne – Guerra – Fabio Bello
Version française – Guerre – Marco Valdo M.I. – 2008


Guerre,
On reparle de guerre.
Étrange, qu'y a-t-il d'étrange ?
Il y a que personne ne peut te dire où
Tu le demandes aux gens
Ils te répondent parce que
Parce que, parce que.

Guerre,
C'est peut-être une autre guerre
Tu la sens dans l'air, mais il n'y a pas d'air.
Elle est peut-être cachée dans un endroit lointain,
Peut-être l'as-tu enlevée à la main
À la main, à la main.

Guerre
Elle n'existe pas, la guerre
Ce qui rend folle ta tête, c'est seulement une lumière
Coupe les fils qui la mènent au cœur.
C'est peut-être seulement une rime,
Mais il faut de l'amour, de l'amour, de l'amour.

BEREZINA 1812

Chanson italienne - BEREZINA 1812 - Davide Buzzi – 1996
Version française - BEREZINA 1812 – Marco Valdo M.I. – 2008


Alors que sur le plan militaire, la bataille de la Bérézina des 26 -29 novembre 1812 fut une réelle victoire de l'armée napoléonienne contre des forces de très loin supérieures en nombre et en armement, la Bérézina est restée dans la mémoire collective de la culture française comme la déroute des déroutes, comme la fin d'un rêve trop grand, comme la fin d'un épisode de délire collectif, comme la fin de la Grande Armée. Le passage de la Bérézina, fleuve russe, a constitué pour l'orgueilleuse Armée napoléonienne la marque d'infamie suprême. Une immense douleur et le sentiment d'une perte irréparable. Ce fut aussi pour ceux qui s'y trouvèrent engagés – des rescapés de l'hiver russe – une épreuve terrifiante, un passage en enfer... Bien sûr, d'autres armées, d'autres temps, d'autres lieux ont connu pareille mésaventure. On songe aux forces nazies à Stalingrad et plus loin dans le temps, à certaines croisades et à l'effondrement de l'empire d'Alexandre...
Dans cette chanson, le point de vue macro-historique est un peu occulté par le regard du soldat qui se traîne sur la route du retour avec le seul et ténu espoir d'arriver à rentrer chez lui... Pour découvrir, qu'Adèle, la bien-aimée laissée au pays au moment de s'en aller à la conquête du monde, est morte, entretemps.




Ils marchaient lentement sur les routes
Pavées par le vent
De milliers de pensées
D'infinis sentiments
Ils regardaient au loin
Les champs qui passaient
Je voudrais m'arrêter un peu
Pour le souvenir”
Leur pensée qui volait
vers leurs enfants
Chez eux
ou vers la petite fraise que peut-être
Ils ne reverraient pas
Défendre aune autre terre
Pour pouvoir manger
Au pis aller
Il restera une médaille...”

Le soldat marchait
en chantant des chansons
que le temps n'emportera pas
Sous ses pieds, la glace
bat le temps car ...
.... Peut-être n'y a-t-il plus de temps.
Sur cette terre
Lointaine, le temps
ne passe pas
On parle une autre langue
Nous nous sentons trop isolés
Nous voyons de loin
la fumée des canons
Je voudrais m'éveiller tout de suite
Pour ne pas mourir.”
Le dernière pensée
qui volait vers
ses enfants chez lui
Monter l'arme blanche
Prêts pour l'attaque.
Penser à demain :
C'est peut-être seulement un jeu
Peut-être, moi, demain,
je n'y serai plus...”

Le soldat combat
en chantant des chansons
que le temps n'emportera pas
sous ses pieds, la glace
bat le temps,car ...
... Peut-être n'y a-t-il plus de temps...

Ils rentraient lentement
sur des routes
détruites par le temps
Voir leurs enfants adultes
Ou leur fille désormais mariée
Dix ans plus vieux
Mille ou plus de morts à se rappeler
J'ai été plus chanceux
que beaucoup...”

Le souvenir avance
Laissant des remords
Que le temps n'apaisera pas
Sous ses pieds la terre
Fleurit car...
... Je suis vivant...”



Sous ses pieds la terre
Fleurit car...
... Je suis vivant...”
... Voici pourquoi...




ADÈLE

La guerre et ses conséquences sont souvent traitées sur le mode tragique et on le comprend aisément. Cependant, il est d'autres façons d'aborder la question de la guerre en chansons. Une de ces façons peut être dite « tragicomique », autrement dit, on traite la guerre si ce n'est par le mépris, au moins par l'humour et par le rire. On connaissait ici – je veux dire dans la chanson de langue française – la chanson de Francis Blanche sur « Le Général à vendre » , qui fit grand bruit et soulève encore le rire des auditeurs.
Il en est une autre qui fut chantée par les Quatre Barbus (sans qu'on ne sache trop qui en était l'auteur...) et qui reste gravée dans la mémoire populaire et un demi-siècle plus tard, déchaîne elle aussi et encore des torrents de rire. C'est la chanson épouvantablement triste du jeune soldat – un marin, un cuirassier selon les versions – qui s'en revient de guerre et veut revoir sa fiancée. Mais la pauvrette est morte entretemps. Rien de drôle, a priori... Si ce n'est qu'elle se prénomme Adèle et que la nouvelle de sa mort fait hurler de rire : car elle est morte Adèle – en français : mortadelle et in italiano : mortadella. Comme disait Léo Ferré, « pour le rire des têtes de mort ... Thank you, Satan! ».

C'était un cuirassier
Qui revenait de guerre
C'était un cuirassier
Qui revenait de guerre
Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.
Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.

Il s'en alla trouver
Trouver son Capitaine
Il s'en alla trouver
Trouver son Capitaine
Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.
Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.

Son capitaine lui dit :
"Garde à vous, pan
Demi tour à droite
Et fout-moi le camp !
Et va-t-en voir Adèle,
Adèle ta bien-aimée.
Et va-t-en voir Adèle,
Adèle ta bien-aimée. "

Bonjour mes chers parents,
Bonjour cher père, chère mère,
Bonjour mes chers parents,
Bonjour cher père, chère mère,
Mais où est donc Adèle,
Adèle ma bien-aimée ?
Mais où est donc Adèle,
Adèle ma bien-aimée ?
Hélas mon cher enfant,
Il n'y a plus d'Adèle,
Hélas mon cher enfant,
Il n'y a plus d'Adèle,
Hélas mon cher enfant,
Il n'y a plus d'Adèle,
Car elle est morte Adèle,
Adèle ta bien-aimée.
Car elle est morte Adèle,
Adèle ta bien-aimée.

Il s'en alla pleurer
Sur la tombe d'Adèle
Il s'en alla pleurer
Sur la tombe d'Adèle
Adèle, “ mon Adèle,
Adèle ma bien-aimée.
Adèle, “ mon Adèle,
Adèle ma bien-aimée.


Adèle lui répondit
Du fin fond de sa tombe :
Adèle lui répondit
Du fin fond de sa tombe :
" J'ai la bouche pleine de terre
Mais le cœur plein d'amour."
" J'ai la bouche pleine de terre
Mais le cœur plein d'amour."

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