mardi 1 décembre 2015

LE BIZNESS AUTOUR DES BÂTIMENTS DU CULTE

1 mai 2013

 
LE BIZNESS AUTOUR DES
 
BÂTIMENTS DU CULTE
 
Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (30 avril 2013) :
Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/04/30/business-che-gira-intorno-edilizia-di-culto/
 
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D'un côté, dit Lucien l'âne, cette description de la situation italienne, telle que la font nos amis de l'UAAR, est – pour ainsi dire – rassurante. Elle ressemble comme une sœur à la situation en Belgique où le poids de l'Église catholique est des plus pesants qui soient. Mais quand même, ce n'est pas une raison pour qu'elle se prolonge indéfiniment. Les communes, les écoles... tout le pays souffrent de cette saignée religieuse.
 
 
 
 
La sécularisation est un phénomène tellement vaste qu’il est maintenant reconnu même par les hiérarchies ecclésiastiques. Depuis le temps, il devrait en résulter une réduction significative du nombre des églises. À l'étranger, c'est le cas de manière répandue, surtout dans les pays du Nord de l'Europe. Et cela arrive même en Italie. Mais dans notre « Beau Pays », les modalités avec lesquelles « il se produit » sont bizarres. La conséquence finale de ce processus est moins insolite, et pour tout dire banale : un accroissement des coûts publics et un accroissement des recettes pour le propriétaire des édifices. Qui est même le plus grand propriétaire immobilier d'Italie.
 
Depuis des années, dans notre pays aussi, on assiste à une baisse de la participation religieuse, de sorte que, selon une recherche de Franco Garelli, au moins 20% de la population ne se rend maintenant jamais à l'église. Une diminution dans des zones historiquement forteresses du catholicisme, comme la Sicile centrale ressort également d'une recherche commandée par les évêques. Malgré cela, les institutions sont toujours prodigues à concéder à l'Église des fonds très considérables pour la construction d'autres églises, en y destinant des parts des dépenses d'urbanisation secondaire et des financements ad hoc soit locaux soit nationaux, comme le montre notre enquête sur les coûts de l'Église (nostra inchiesta sui costi della Chiesa ). Des initiatives sont prises de concert avec les évêques, comme l'édification d'une cinquantaine d'églises dans les quartiers de Rome, promue par le maire Gianni Alemanno. Dans un pays constellé de clochers, mais où il manque souvent d'infrastructures et de services vraiment utiles à tous les citoyens.
 
La Conférence épiscopale a consacré l'an passé 190 millions d'euros (la même chose dans le 2011) du huit pour mille (8/00)à l'industrie du bâtiment de culte, dont 125 pour la construction de nouvelles églises. Des chiffre qui ne sont pas stratosphériques, si on les compare aux presque 100 millions l'an environ des contributions communales pour les dépenses d'urbanisation secondaire. Entre temps dans différentes zones, vu la baisse générale du nombre de prêtres et la croissance de leur âge moyen, les paroisses maintenant abandonnées et inutilisées — surtout celles en zones insuffisamment habitées et difficiles à atteindre — sont vendues. Cependant, même les changements de destination des églises grèvent les caisses publiques, comme l'écrivait même Curzio Maltese dans La questua, pour une moyenne annuelle environ de 150 millions d'euros.
 
Il faut préciser que sous la mention « bâtiments de culte », sur lesquels pleuvent des financements publics normalement destinés aux dépenses relatives aux constructions scolaires, retombent même les soi-disant « pertinences ». C'est-à-dire les appartements et les habitations de divers types pour des religieux (des palais épiscopaux aux presbytères, tous exemptés de l'Imu – impôt immobilier), aux oratoires avec leurs bars, mais même des terrains de sport et des salles récréatives souvent louées à des clubs de sport, et même à des réunions de copropriété. S'engendre ainsi une spirale de subsides, en raison de laquelle l'État et les collectivités locales liquident ou laissent péricliter (pour ensuite liquider) leur patrimoine immobilier, pendant que les financements publics au patrimoine immobilier de l'Église ne semblent pas vouloir s'arrêter. Les Communes, pour garantir les services, sont donc de fait forcées à payer des locations à l'Église qui leur fournit des infrastructures et qui ensuite dicte ses conditions, en allant jusqu'à expulser les écoles publiques. Comme c'est arrivé à Castiglione dei Pepoli, en province de Bologne, où la cure qui d'abord louait à la commune les locaux pour le collège local à 11.000 euros l'an a doublé la location, malgré des prix de marché plus bas. La Commune avait proposé d'en payer 13.000, mais le diocèse n'a pas accepté de compromis et a signifié l'expulsion, qui sera exécutoire dès juillet.
 
Comme l'écrit Il Corriere della Sera, le phénomène des églises désacralisées affectées à autres usages va lentement en s'affirmant même en Italie, même si ce n'est pas (encore?) au niveau des autres pays occidentaux. Selon la Cei (Conférence des Évêques italiens), environ 65-70.000 églises sont des propriétés ecclésiastiques. Le photographe Andrea Di Martino, qui, pour son exposition « La messe est finie », a parcouru l'Italie pour photographier ces ex-églises à présent destinées à d'autres usages, cite des estimations qui parlent au moins 700 églises désacralisées.
 
Ce sont les évêques qui décident seuls quand les désacraliser, tandis que le Vatican intervient seul dans les rares cas où la valeur de l'immeuble dépasse le million d'euros. Pour des édifices de valeur historique, culturelle ou artistique, au travers la Surintendance des biens architecturaux, l'État peut faire valoir son droit de préemption au cas où le diocèse opterait pour la vente. Parfois l'église n'est pas désacralisée et est concédée occasionnellement à des tiers pour des activités comme des concerts ou des expositions, moyennant une contribution au diocèse. D'autres fois, comme cela arrive un peu dans toute Italie, elle devient un centre culturel ou un local.
 
Selon le sociologue Marco Marzano, auteur de Quel che resta dei cattolici (Ce qui reste des catholiques), le phénomène des églises désacralisées ne serait de toute façon pas en augmentation. « Même avec un écroulement vertical du nombre des pratiquants, les paroisses ne ferment pas, car les hiérarchies ecclésiastiques ne veulent pas mettre le phénomène en évidence », explique-t-il, « En Italie même les incroyants défendent les églises, car elles font partie du patrimoine artistique ». Mais certes pas toutes.
 
L'industrie du bâtiment de culte a donc des coûts publics avant, pendant et après. En peu de mots : enfin. Il est déjà grave que la pratique religieuse soit financée par l'administration publique. Il est cependant encore plus grave que les contribuables financent aussi les spéculations immobilières de l'Église catholique. La sujétion psychologique des politiciens italiens vis-à-vis des évêques et des cardinaux, fondée sur une prédisposition favorable a priori au phénomène religieux, n'est plus désormais seulement une question pour la laïcité. C'est aussi, et même surtout, une question de bonne et honnête administration (de la chose publique NdT).

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