1 mai 2013
BÂTIMENTS DU CULTE
Version française des Dernières
Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (30 avril 2013) :
Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/04/30/business-che-gira-intorno-edilizia-di-culto/
D'un
côté, dit Lucien l'âne, cette
description de la situation italienne, telle que la font nos amis de
l'UAAR, est – pour ainsi dire – rassurante. Elle ressemble comme une
sœur à la situation en Belgique où le poids de l'Église
catholique est des plus pesants qui soient. Mais quand même, ce
n'est pas une raison pour qu'elle se prolonge indéfiniment. Les
communes, les écoles... tout le pays souffrent de cette saignée
religieuse.
La
sécularisation est un phénomène tellement vaste qu’il est maintenant
reconnu même par les hiérarchies ecclésiastiques. Depuis le temps, il
devrait en résulter une réduction significative du
nombre des églises. À l'étranger, c'est le cas de manière répandue,
surtout dans les pays du Nord de l'Europe. Et cela arrive même en
Italie. Mais dans notre « Beau Pays », les
modalités avec lesquelles « il se produit » sont bizarres. La
conséquence finale de ce processus est moins insolite, et pour tout dire
banale : un accroissement des coûts publics et un
accroissement des recettes pour le propriétaire des édifices. Qui
est même le plus grand propriétaire immobilier d'Italie.
Depuis
des années, dans notre pays aussi, on assiste à une baisse de la
participation religieuse, de sorte que, selon une
recherche de Franco Garelli, au moins 20% de la population ne se
rend maintenant jamais à l'église. Une diminution dans des zones
historiquement forteresses du catholicisme, comme la Sicile
centrale ressort également d'une recherche commandée par les
évêques. Malgré cela, les institutions sont toujours prodigues à
concéder à l'Église des fonds très considérables pour la construction
d'autres églises, en y destinant des parts des dépenses
d'urbanisation secondaire et des financements ad hoc soit locaux soit
nationaux, comme le montre notre enquête sur les coûts de l'Église
(nostra inchiesta sui costi della Chiesa
). Des initiatives sont prises de concert avec les évêques, comme
l'édification d'une cinquantaine d'églises dans les quartiers de
Rome, promue par le maire Gianni Alemanno. Dans un pays constellé de
clochers, mais où il manque souvent d'infrastructures et de
services vraiment utiles à tous les citoyens.
La Conférence épiscopale a consacré l'an passé 190 millions
d'euros (la même chose dans le 2011) du huit pour mille (8/00)à
l'industrie du bâtiment de culte,
dont 125 pour la construction de nouvelles églises. Des chiffre qui
ne sont pas stratosphériques, si on les compare aux presque 100 millions
l'an environ des contributions communales pour les
dépenses d'urbanisation secondaire. Entre temps dans différentes
zones, vu la baisse générale du nombre de prêtres et la croissance de
leur âge moyen, les paroisses maintenant abandonnées et
inutilisées — surtout celles en zones insuffisamment habitées et
difficiles à atteindre — sont vendues. Cependant, même les changements
de destination des églises grèvent les caisses publiques,
comme l'écrivait même Curzio Maltese dans La questua, pour une moyenne annuelle environ de 150 millions d'euros.
Il
faut préciser que sous la mention « bâtiments de culte », sur lesquels
pleuvent des financements publics normalement destinés aux dépenses
relatives aux
constructions scolaires, retombent même les soi-disant
« pertinences ». C'est-à-dire les appartements et les habitations de
divers types pour des religieux (des palais épiscopaux aux
presbytères, tous exemptés de l'Imu – impôt immobilier), aux
oratoires avec leurs bars, mais même des terrains de sport et des salles
récréatives souvent louées à des clubs de sport, et même à
des réunions de copropriété. S'engendre ainsi une spirale de
subsides, en raison de laquelle l'État et les collectivités locales
liquident ou laissent péricliter (pour ensuite liquider) leur
patrimoine immobilier, pendant que les financements publics au
patrimoine immobilier de l'Église ne semblent pas vouloir s'arrêter. Les
Communes, pour garantir les services, sont donc de fait
forcées à payer des locations à l'Église qui leur fournit des
infrastructures et qui ensuite dicte ses conditions, en allant jusqu'à
expulser les écoles publiques. Comme c'est arrivé à
Castiglione dei Pepoli, en province de Bologne, où la cure qui
d'abord louait à la commune les locaux pour le collège local à 11.000
euros l'an a doublé la location, malgré des prix de marché
plus bas. La Commune avait proposé d'en payer 13.000, mais le
diocèse n'a pas accepté de compromis et a signifié l'expulsion, qui sera
exécutoire dès juillet.
Comme
l'écrit Il
Corriere della Sera, le phénomène des églises désacralisées
affectées à autres usages va lentement en s'affirmant même en Italie,
même si ce n'est pas (encore?) au niveau des autres pays
occidentaux. Selon la Cei (Conférence des Évêques italiens), environ
65-70.000 églises sont des propriétés ecclésiastiques. Le photographe
Andrea Di Martino, qui, pour son exposition « La
messe est finie », a parcouru l'Italie pour photographier ces
ex-églises à présent destinées à d'autres usages, cite des estimations
qui parlent au moins 700 églises
désacralisées.
Ce
sont les évêques qui décident seuls quand les désacraliser, tandis que
le Vatican
intervient seul dans les rares cas où la valeur de l'immeuble
dépasse le million d'euros. Pour des édifices de valeur historique,
culturelle ou artistique, au travers la Surintendance des biens
architecturaux, l'État peut faire valoir son droit de préemption au
cas où le diocèse opterait pour la vente. Parfois l'église n'est pas
désacralisée et est concédée occasionnellement à des tiers
pour des activités comme des concerts ou des expositions, moyennant
une contribution au diocèse. D'autres fois, comme cela arrive un peu
dans toute Italie, elle devient un centre culturel ou un
local.
Selon le sociologue Marco Marzano, auteur de
Quel che resta dei cattolici (Ce
qui reste des catholiques), le phénomène des églises désacralisées ne
serait de toute façon pas en augmentation.
« Même avec un écroulement vertical du nombre des pratiquants, les
paroisses ne ferment pas, car les hiérarchies ecclésiastiques ne veulent
pas mettre le phénomène en évidence »,
explique-t-il, « En Italie même les incroyants défendent les
églises, car elles font partie du patrimoine artistique ». Mais certes
pas toutes.
L'industrie
du bâtiment de culte a donc des coûts publics avant, pendant et
après. En peu de mots : enfin. Il est déjà grave que la pratique
religieuse soit financée par l'administration publique. Il est cependant
encore plus grave que les contribuables financent aussi
les spéculations immobilières de l'Église catholique. La sujétion
psychologique des politiciens italiens vis-à-vis des évêques et des
cardinaux, fondée sur une prédisposition favorable a priori
au phénomène religieux, n'est plus désormais seulement une question
pour la laïcité. C'est aussi, et même surtout, une question de bonne et
honnête administration (de la chose publique
NdT).
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