16 novembre 2008
Mais
qu'est-ce qu'il se passe ?, dit Mârco Valdo M.I.. On dirait que je
n'arrive plus à tenir le coup... Il fait noir trop tôt, ce
doit être ça. Et toi, Lucien mon ami aux longues oreilles luisantes
comme la mer un soir de pleine lune.
Je
crois bien qu'il y a de çà. Je te vois qui traîne la jambe comme si tu
étais atteint de rhumatismes, alors – et je le sais –
que tu n'as rien de ce genre, dit l'âne Lucien en souriant. Mais
crois-moi, je te comprends fort bien. C'est une drôle de saison, un
étrange moment de l'année. C'est le moment où il faudrait
dormir presque tout le temps et dans le monde, tout le monde
s'agite. Et plus on va s'approcher du solstice, plus ils vont devenir
frénétiques. C'est comme çà tous les ans.
Ce
doit être ce fichu solstice, tu as raison, dit Mârco Valdo M.I.. Il est
responsable de bien des choses. La première, c'est qu'à
cause de lui ou à partir de lui, on a placé là la fin de l'année et
bien entendu, le début de l'autre. En soi, çà n'aurait aucune
importance, s'il n'y avait pas ces folies comptables. Tout le
malheur vient de là. À partir du moment où l'homme s'est pris la
tête à vouloir compter, le monde est devenu fou. Je te jure qu'ils
comptent tout, absolument tout, même les poux sur la tête d'un
éléphant. Enfin, j'en sais rien, mais c'est façon de dire les
choses. Mais c'est vraiment une manie, une idée fixe, une sorte de folie
collective: compter. Moi, çà m'ennuie à un point tel que
j'en arrive – moi qui suis d'un naturel si tranquille – à m'énerver,
simplement à cause de cette manie de compter. C'est elle, vois-tu, mon
ami Lucien, qui fait que l'homme est encaserné dans des
délais, esclave de mille contraintes qui sont très horripilantes.
Par exemple, le calendrier, rien de plus horrible que de se sentir
enfermé dans une routine temporelle, de ne pas pouvoir prendre
son temps car ils te l'ont déjà réquisitionné, déjà volé. Bien sûr,
il y a des scrupuleux, en Gaule hyperboréenne, ils disent des totains,
qui découpent leur vie (à la limite, on s'en fout, c'est
leur vie...) et celles des autres (et là, çà ne va plus...) en
rondelles... Sans s'apercevoir les malheureux que c'est là la cause de
leur malêtre... Car en découpant le temps qui n'est autre
qu'eux-mêmes – vois-tu Lucien, je crois même que toi tu l'as perçu
avant moi, le temps n'est pas de l'argent; le temps, c'est l'être
lui-même, c'est une dimension de l'être, de ton être propre,
c'est une partie de toi-même... Alors découper ton temps, revient à
te découper toi-même en morceaux. Marcher au rythme du calendrier, au
rythme quotidien : les heures, au rythme hebdomadaire, au
rythme mensuel, puis annuel... C'est comme si tu marchais toujours
au pas de l'oie avec un appareil qui réglerait la cadence. Une véritable
horreur...
Comme
je te comprends, mon ami Mârco Valdo M.I., dit l'âne Lucien, et comme
je n'aimerais pas être pris dans de telles
contraintes; j'étoufferais. Être à l'heure, je ne connais rien de
plus ennuyeux que cette idée. Bien sûr, être là au moment convenu, là,
c'est autre chose. D'ailleurs, regarde, à propos de
solstice, comment se comporte la nature. Elle, elle prend son temps,
elle s'acclimate de ses propres saisons, elle allonge ou raccourcit ses
nuits ou ses jours, elle se repose ou elle s'active
selon son temps et pas un temps imposé. Par exemple, tous les jours
ne sont pas pareils. Aucun à vrai dire. Elle s'en accommode. Moi aussi,
mais je suis un âne.
Autre
chose, mon bon Lucien, autre chose qui pour les ânes semble évidente,
mais qui pour bien des hommes n'apparaît pas
clairement. Quand ils mettent quelqu'un en prison,et bien, tout
simplement, ils lui prennent son temps. Évidemment, plus encore quand
ils le tuent tout simplement. En prison, certes, on perd sa
liberté de mouvement, mais ce n'est pas suffisant, ils s'arrangent
pour faire perdre également son temps au prisonnier et lui substituer le
temps cassé, standardisé, maltraité, rompu inventé par
un délirant sadique qui est le temps de la prison.... Heures de
lever, d'inspection, de coucher, de promenade, de repas.... Tout est
régulé, tout est mis en règles. Moi, par exemple, j'ai
toujours rêvé de pouvoir disposer de mon temps et de couler comme
une eau qui descend une pente vers ma propre fin en suivant les moindres
reliefs. Se laisser aller au fil du temps... Loin du
temps mécanisé, du temps électronique, du décompte, du compte...
Vivre enfin... tout simplement vivre. D'ailleurs, pour en venir à la
canzone que tu attends, et même aux canzones, car il y en a
deux... Je pourrais en mettre cinquante, mais çà prendrait trop de
place. Donc, il y en aura deux et en plus, en prime, en quelque sorte,
un récit.
Fort bien, fort, bien dit Lucien en faisant une petite pirouette circulaire et sautillante, afin de marquer sa joie. Et
qu'ont-elles en commun ces chansons avec ce récit ?
Tous
les trois tournent autour du thème de la prison, de l'enfermement,de la
torture, question qui concerne bien évidemment et tu
t'en doutes, l'histoire que nous avons en cours des « Achtung
Banditen ! » et notre ami Marco Camenisch que les prisons suisses
gardent sous clés encore à l'heure actuelle. Je commence
avec une canzone, dont je ne me souviens pas trop si je te l'ai déjà
fait connaître, c'est un texte exceptionnel car c'est La Ballade pour
une prisonnière de l'écrivain Erri De Luca, un superbe
écrivain italien contemporain, un écrivain poète, de surcroît Je
commencerai par cette canzone. La voici...
Ballade pour une prisonnière
Texte d'Erri De Luca – Ballata per una prigioniera
version française : Ballade pour une prisonnière – Marco Valdo M.I. – 2008
La scène est sobre : fond noir et, au milieu sur l'estrade, une table de bois avec quatre chaises. Au dessus de la table, une lampe, qui selon qu'elle est allumée ou éteinte, dira ensuite l'auteur, représentent les passages entre les différentes stances où s'articule la très belle et très sensible chanson qui va être présentée. Une chanson avec un titre suspendu entre Cervantès et Balestrini, Donquichotte et les invisibles.
Trois personnes sur la scène, un habile clarinettiste, un chanteur ferroviaire et un écrivain, qui ensuite serrait le principal auteur du tout. Trois personnes, quatre sièges, car la dernière chaise, celle qui est restée vide est un appel de coresponsabilité pour ceux qui entendent encore vivre des moments plus ou moins longs de leur propre vie comme réponse à une série de questions, cette génération capturée...
Et alors, les Donquichottes peuvent être les Valsusains en lutte, les migrants incarcérés dans les lagers appelés par euphémisme « centres de permanence temporaire », mais aussi le poète bosniaque Izet Sarajlic, citoyen d'entre les citoyens d'une ville martyrisée par des bombes humanitaires, et Nazim Hikmet, dont les vers servent de prologue au voyage en forme de chanson, parti à la recherche de Dulcinée, passé par guerres et morts pour s'arrêter, à la fin, parmi les invisibles.
Les invisibles, décrits d'abord à travers leurs pieds entravés ( « ils sont la part la plus prisonnière d'un corps incarcéré. Et celui qui sort après des années doit apprendre à nouveau à marcher en ligne droite ») et puis, à travers la dédicace à une amie chère, sur la feuille de laquelle il est écrit : fin de peine, jamais. Une dédicace, qui au début allait trop souvent à la ligne, où pour l'occasion ont été ajoutés trois accords d'accompagnement.
Federico Marini, dalla mailing list "Brigatalolli".
Information complémentaire ajoutée par Marco Valdo M.I.: la version belge des « centres de permanence temporaire »,
« On les appelle Centres Fermés mais il serait plus juste de les nommer centres d’incarcération ou prisons. Ce sont des zones de non-droit, des espaces clos, clôturés par des hauts murs et des barbelés. C’est dans ces « centres » que l’on enferme les candidats réfugiés auxquels l'État belge refuse un titre de séjour. Ces personnes devenues « sans papiers » seront expulsées, de gré ou de force par la police fédérale qui saura « calmer » les plus combatifs, quitte à assassiner des Sémiras au nom de la sûreté de l’État. »
Deux pensées de Marco Valdo M.I. en forme de clins d'œil pour la « prisonnière », tous les prisonniers politiques :
« À la chasse aux sorcières, je prends toujours le parti des sorcières »
« Ô mânes d'Orwell... Nous vivons dans la ferme des animaux et les cochons sont au pouvoir. » (Marco Valdo M.I.)
et une de Charles De Gaulle (1940) : « Nous avons perdu une bataille, mais nous n'avons pas perdu la guerre... Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! »
et Marco Valdo M.I. ajoute pour tous les camarades : à méditer.
Il était dangereux
de lui laisser les mains libres
sans fers enfilés autour des poignets
quand elle revit de l'espace, des arbres, des routes,
au cimetière où
on portait son père.
Dix ans déjà écoulés,
Mais les compter ne sert à rien,
la perpétuité ne finit jamais,
Plus tu vis, plus tu y restes.
Il était dangereux
Il était dangereux
de lui permettre des embrassades,
et le règlement
exclut tout contact.
Il était dangereux
ce deuil des parents
devant le père mort
Ils pouvaient tenter
qui sait de la libérer
la fille rigidifiée,
seulement pour compenser
la mort par la vie.
Spectacle manqué
La guerrière en sanglots,
mais qui est lié aux poignets
ne peut laisser couler ses yeux.
Pour se faire jour, larmes et sourires,
doivent avoir un peu d'intimité
car ils sont sauvages, ils ne peuvent
naître en état de captivité.
“On n'a plus été ensemble, vrai, papa ?
D'abord la lutte, les années clandestines,
D'abord la lutte, les années clandestines,
même pas une téléphonade à Noël,
puis la prison spéciale, ton visage,
revu derrière la vitre séparative,
d'abord intimidé, puis effrayé
et avec un haussement d'épaules
tu disais : “murs, vitres, barreaux, gardes,
n'arrivent pas à nous séparer,
je suis de ton côté
même si je ne peux pas te toucher,
au contraire, regarde ce que je fais,
je mets les mains en poches”.
Sois patient, papa, même cette fois-ci
je ne peux pas te caresser
entre mes gardiens et mes fers.
Cependant merci: de m'avoir fait sortir
ce matin, d'une paire d'heures
de peine à passer à l'air libre”.
Maintenant tu peux la rencontrer
le soir quand elle rentre
à la via Bartolo Longo,
prison di Rebibbia,
domicile des vaincus
d'une guerre finie,
résidence perpétuelle
des défaits à vie.
Traverse la rue, ne te retourne pas,
Camarade Lune, vieille prisonnière
qui s'accroche aux barres de la nuit.
Quelle
belle histoire, quelle belle ballade et quelle tristesse, quelle
mélancolie, quel bleu à l'âme, elle m'a fait, dit Lucien
l'âne. On sent la douleur palpable du père, de la fille, cette
douleur infinie, cette torture parfaitement inutile, infligée à une
adversaire du système, piégée à vie dans cette guerre de cent
mille ans des riches et des puissants contre les pauvres. Un
courage, une volonté contre des milliers d'armes, des forteresses, des
fusils, des bombes, des avions... Les pauvres n'ont pas de
chars d'assaut, de gilets pare-balles, de mitraillettes, de camions,
de chars... Oui, elle est belle cette chanson d'Erri De Luca. Tu
disais, qu'il y en avait une autre ...
Oui,
je l'ai dit et c'est exact. Celle que je vais te présenter maintenant,
mon ami Lucien, est tout-à-fait particulière, elle
aussi. Elle a été écrite en prison, par un prisonnier à propos d'un
autre prisonnier qui faisait une grève de la faim pour pouvoir voir son
fils. Père- fille, dans la ballade de la prisonnière et
père-fils, dans ce jardin inculte. La même volonté du pouvoir
écrasant de tuer jusqu'aux liens de vie que le prisonnier pourrait avoir
encore. Note que c'est logique, je veux dire que c'est dans
la logique du système qui lutte de toutes ses forces – et elles sont
grandes , brutales, répressives, méchantes et stupides – contre ceux
qui par leur existence-même le mettent en
cause.
Tout
système est par nature totalitaire, dit l'âne Lucien. Il ne peut
tolérer la moindre faille, la moindre mise en cause de son
fondement. Tout qui va le mettre en cause, va immanquablement, un
jour ou l'autre, connaître le poids – d'aucuns diraient le prix de son
audace – même simplement, verbale ou intellectuelle.
Souviens-toi, Mârco Valdo M.I., de ce qu'ils ont fait au temps de
Pierre Valdo.
JARDIN INCULTE
Chanson italienne – Giardino incolto – Sabino Mongelli – Les Anarchistes – 2006
Version française – Jardin inculte – Marco Valdo M.I. – 2008
(Marco Rovelli)
En
traduisant cette chanson, je pensais à Marco Camenisch, militant
écologiste radical et anarchiste, qui lui aussi fit, comme tant
d'autres, des grèves de la faim dans les prisons italiennes pour
améliorer les conditions de détention dans les quartiers de haute
sécurité avant d'expérimenter les prisons suisses, où on le
détient encore... Il existe un livre qui relate cette longue
incarcération et le combat quotidien qu'elle suppose pour y survivre; il
est en langue italienne et il s'intitule "Achtung Banditen !"
(éditeur Nautilus) - auteur Piero Tognoli. On peut en trouver des
extraits en langue française sur le blog http://marcovaldo.over-blog.com/
( Marco Valdo M.I.)
À présent c'est un jardin inculte
Sans ses couleurs habituelles
Une photo mangée par le temps
Un arbre dépouillé par le vent
Un soleil après le crépuscule
Un feu après qu'il ait été éteint
Et moi je suis ici à attendre
Que ta voix vienne à résonner
Nous fûmes pris par enchantement
Et par contre, tu es renfermé dans un tourment
Comme une pierre hors du temps
Tu es muet sans une plainte
Recroquevillé dans ton lit
avec un poing serré dans la poitrine
Vivre Sentir Construire
Survivre Créer Vivre
Tu as abandonné tes mots
Tous tes livres et tous tes mots
Tous ceux que tu avais écrit
En les adressant à qui sait qui
Abandonnés au-delà du monde
Abandonnés à une pensée.
Dans le noir le plus profond et le plus obscur
Se trouvent tes souvenirs et tes pensées
Les détails les plus quotidiens
Les contours de ta personne
et moi qui suis ici à attendre
que vienne à résonner ta pensée
Dans le vert de ces collines
Dans le jardin qui t'entoure
Quand notre chanson
Cessera d'être un rêve
Quand ce rêve sera
La force d'un nouveau retour.
Quant
au texte à propos de Marco Camenisch, c'est la suite de notre
feuilleton Achtung Banditen. Il commence par un article que
Marco a adressé au début de 1998 à un journal suisse et se poursuit
par une série de lettres de Marco Camenisch et l'un ou l'autre
commentaire de Piero Tognoli, dont le dernier se rapproche assez
bien, disons raconte une histoire parallèle à celle de Fra Dolcino
ou des Vaudois. L'Inquisition a frappé beaucoup de monde. Sais-tu que ce
massacreur de Charles Boromée, massacreur et pilleur,
gangster de première, suppôt du pape et inquisiteur, a été fait
saint. J'attire aussi ton attention sur la proposition de faire de
Joseph Ratzinger, uno santo subito, lui aussi. En effet, si Pie
12, alias Pacelli est proposé à la sanctification, il n'y aurait
rien qui empêcherait qu'on la propose pour B.16 et pourquoi pas tout de
suite (Benoît XVI, santo subito !), tant qu'il est encore
frais.
Pourquoi pas, dit l'âne. Nous, on s'en fout. On trouverait même la chose assez drôle. Et maintenant, laisse-moi découvrir ce que
dit Marco Camenisch.
Centro Valle, 11 janvier 1998.
JOURNALISTES OU FOLLICULAIRES ?
Mesdames ? Messieurs,
Avant
tout, je vous souhaite de bonnes fêtes et une bonne nouvelle année sous
le signe et pour le progrès de la vérité, de la liberté,
et de la justice sociale, et par conséquent, de la paix.
Je
saisis l’occasion pour vous remercier de la publication, il y a un an,
d’un manifeste solidaire de ma personne et de ma lutte dans
les prisons contre les illégalités et les injustices qui y sont
perpétrées et en outre, pour vos dire certaines choses relatives à
l’articulet du 31 août 1997 sur mes mésaventures et ma personne,
intitulé « Accostamenti… » (Rapprochements…), où vous avez réussi au
d-delà du possible à concentrer une série de mensonges implicites et
explicites, de diffamations et de provocations
contre le soussigné et plus encore contre la résistance historique
et actuelle face à l’exploitation et la destruction de l’environnement
et la vie sur notre planète.
Le chef
d’œuvre dans ce chef d’œuvre de désinformation et de propagande plus ou
moins subliminale, est sans aucun doute le
sous-entendu, l’allusion contenue dans le titre et ses points de
suspension où l’on veut ironiser et ridiculiser, pour exorciser le
contenu subversif de la vérité, le rapprochement de ma
petitesse avec un personnage comme le Che. Je suis d’accord que le
rapprochement est impropre et d’autant moins audacieux que le soussigné
n’est pas digne même de porter un verre d’eau à un
personnage comme le Che… C’est un fait difficilement niable qu’un
tel rapprochement est moins impropre et moins audacieux que celui , celé
de façon générale et aussi dans votre article, du
rapprochement du Che avec le consommisme et la publicité, pour des
marchandises produites dans le soi-disant « tiers-monde » en exploitant
malhonnêtement, entre autres, une main d’œuvre
au salaire de famine, particulièrement la main d’œuvre forcée et
mineure. Triple complicité dans le détournement : du cadavre du Che ; de
la lutte qu’il représente, qui est exactement
aussi la lutte contre ce qui – dans la publicité ou ailleurs – abuse
de lui ; du soussigné, dont la lutte a sûrement et légitimement plus en
commun avec celle du Che que vous ou ceux qui
sont avec vous, même si vous vous évertuez à mentir. Dans sa lutte,
le Che n’a rien sûrement rien de commun avec vous, fidèles
folliculaires, et avec tous ceux qui sont avec vous, l'État policier
planétaire, votre économie, votre politique et votre répression.
« Rocambolesque », une fuite au cours de laquelle serait mort « un » gardien ? A propos de
« rapprochements » …
« Ecoterroriste »,
en effet. Je suis le premier responsable de l’effet de serre, de la
débâcle et des catastrophes
hydrogéologiques, environnementales et sociales au-dessus de nos
têtes, de la cimentification et de la destruction sauvage du monde.
Comme le peuple kurde, le zapatiste, celui de l’île de
Bougainville et tous les gens et les peuples qui s’opposent à leur
propre destruction et à celle de leur environnement vital contre vos
intérêts messieurs-mesdames et de vos maîtres. Cependant,
vu que la moindre résistance authentique et radicale à vos intérêts
et vos privilèges est désormais du « terrorisme », très bien ! Alors
être appelé « terroriste » par
vous est le plus grand honneur qu’on puisse me faire. Le soussigné
ne « risque » pas l’extradition, mais elle est bureaucratiquement
certaine puisqu’elle est concédée par l’Etat italien
à l’Etat suisse.
Il est
tout à fait vrai, par contre, que le soussigné a été condamné pour les
morts de (enfin une…) d’un gardien de prison et d’un
douanier suisses. Officiellement ! selon les services de l’Etat
helvétique dans leur incritiquable et très objectif compte rendu annuel
sur l’extrémisme en Suisse et selon vous et les autres
plumitifs du régime.
Pour
qui, comme vous et comme ceux de l'État de Droit, de la séparation des
pouvoirs, de la démocratie et d’une justice authentique
s’en fout complètement, à moins qu’ils ne servent pour défendre et
légitimer et affirmer hypocritement leurs propres privilèges et leur
propre pouvoir, c’est là un détail insignifiant le fait que
jusqu’à présent, aucun tribunal de la fameuse « loi est égale pour
tous » n’a daigné jusqu’à présent me juger et me condamner pour ces
accusations. Mais c’est un détail
négligeable.
Comme
vous et ceux qui comme vous êtes certainement satisfaits de votre
opportunisme réactionnaire, avez une satisfaction entière de
votre réel pouvoir de condamnation, de justice, d’exploitation et de
destruction dans le cadre de votre système de pouvoir de classe
inquisitorial et arbitraire dont les tribunaux, avec leur
complaisance et leur acharnement sur mon cas, seront les serviles
appendices. Honneur aussi à votre omniscience, si vous réussissez sans
ambages à affirmer que j’aurais été reconnu par un
douanier abattu dans cet affrontement, on peut le supposer, d’un
homme armé contre un autre homme armé. Si vous parlez même avec les
morts, alors les voies de vos Seigneurs et de vos Dames sont
vraiment infinies. A propos des serviteurs armés de votre régime
morts : il me répugne qu’à chacune de leur mort, ces serviteurs tombés
soient ultérieurement instrumentalisés, avec pillage
et abus, pour réaffirmer par des mythes cyniques et des mensonges
dénigrants la « monstruosité » et l’impossibilité de toute résistance
réelle et de tout monde différent du vôtre, avec
l’unique fin de la légitimation et de l’affirmation du monopole de
votre violence contre toute contreviolence et toute autodéfense du bas
contre vos délires d’omnipotence et de destruction du
haut. Le premier pas vers la liberté, la justice sociale, la
dignité, et par cela vers la paix authentique, adviendra exactement
quand toute mort, tout deuil, toute vie, toute douleur et toute
joie auront exactement le même respect, la même pitié, la même
valeur, la même considération et la même dignité.
Salutations distinguées sans rancœur.
Marco Camenisch
Je suis
depuis un mois à la tête de « Centro Valle » qui, je vous l’assure,
n’est pas formé de plumitifs du régime. En
relisant l’articulet rédigé par un ex-collaborateur, je n’y ai pas
trouvé, cependant, d’attaques directes contre votre personne. J’ai
néanmoins décidé de publier l’écrit d’un subversif invétéré
comme vous en adéquation ave l’orientation du journal qui est
d’assurer une place adéquate aux interventions de ses propres lecteurs.
(Elisabeth Del Curto)
Novara, 6 janvier 1998
...
J’ai été surpris de la publication de ma lettre dans « Centro Valle », positivement même, je dois le dire.
....
Novara, 5 février 1998
Il sera
dur d’obtenir des visites d’autres personnes. On peut toujours rêver
que ces porte-codes et farouches serviteurs de l'État
policier, ici à Novara, me concèdent d’autres visites vu les comptes
en suspens qu’ils ont avec moi. Le fait que je rompe le masque de
silence contre leurs illégalités et leurs pratiques
perverses les énerve. Ils voudraient déjà supprimer les visites de
Manuela et ils ne les renouvellent pas pour Isa.
J’espère
que maman pourra se reprendre et guérir après l’accident domestique qui
a provoqué la fracture de son bras. Je lui souhaite
de guérir au plus vite même si, il est certain que je ne pourrai la
revoir durant plusieurs mois.
Mes
amis et mes compagnons, par contre, je pense les revoir si et quand ils
faibliront. Maintenant ou plus tard, si je survis – ce qui
est probable, ils le devront.
Novara peut attendre. Aucune permission de visites. Aucun accompagnement pour Annaberta et Renato.
Un
malheureux fil électrique en embuscade dans la pièce lui a fait un
croche-pied et Annaberta s’est retrouvée à l’hôpital avec
des fractures multiples au bras droit. Renato tout seul ne se sent
pas prêt à affronter le tourment du voyage et qui sait pour combien de
temps le train partira sans nous.
Novara, 8 mai 1998
J’ai écrit une longue intervention sur l’écoterrorisme comme contribution au débat qui s’est tenu à La Spezia le 25 avril
dernier.
Ce fait
me remet en mémoire que durant le Second Massacre Mondial, quand
l’Europe était sous le joug des nazis et de leurs dignes
alliés, les actions de la résistance étaient cataloguées comme
« banditisme ». Le terme « terrorisme », utilisé aujourd’hui, n’était
pas encore à la mode et il existait encore
une nette séparation entre l’identité de la population soumise et
les intérêts des dominants du moment.
Si, en
consultant un quelconque dictionnaire au mot terrorisme, nous lisons … :
qui sème une terreur indiscriminée dans la
population et que nous pensons à Tchernobyl et à toutes les
catastrophes écologiques de la Planète, aux guerres, aux victimes
civiles et aux bombardements… peut-être comprendrons-nous qui sont
aujourd’hui les vrais terroristes.
Novara, 12 juin 1998
Presque
une demi-année sans voir maman et Renato, cela correspond à environ un
quarantième de ma peine d’emprisonnement. Et s’il n’y
avait l’écoulement du temps et mon usure, ce serait à en rire
tellement c’est peu. Une demi-année me paraît un clin d’yeux. Plus ou
moins encore la moitié de quarante battements d’yeux et j’aurai
épuisé ma peine ; s’il n’y avait les nuages radioactifs, la
désertification, etc., qui véritablement « ne sont pas préoccupants »,
je n’aurais aucun doute de battre les cils 40
fois, sans problème.
Ici
aussi, les idées sont polluées par l’information de la société du
spectacle et de la communication aliénée dans les ruines de ce
« monde » trop canalisé. Mais il faut que pour s’éclaircir les
idées, la prison est étroite entre ces quatre murs ; mais la prison de
la société est aussi une forte barrière. La
prison est la coercition de vivre ensemble coude à coude avec des
personnes très différentes et de vivre de manière confuse des relations
plus ou moins affines. Mais avec l’étroitesse
antinaturelle dans les cellules communes, même les affinités
n’arrivent pas à empêcher qu’après peu de temps, ces êtres privés de
l’espace « naturel » suffisant se fassent un tas
d’ennuis réciproques. Vice-versa, vu la condition existentielle
extrême, forcément, avec le temps, les personnes sont privées dans leurs
relations de tout masque caractériel, idéologique, etc. et
les subterfuges dans la convivance, dans l’autodéfense collective et
dans les efforts pour changer les conditions de vie ne sont pas
facilement applicables.
Novara, 4 juillet 1998
Hier,
j’ai reçu un tract en solidarité avec Patrizia Cadeddu, arrêtée à Milan
et justement aujourd’hui, elle m’a écrit continuant
ainsi une correspondance pas très fournie, mais intense en termes
d’affection et de discussion. C’est une vraie Sarde audacieuse et fière.
Il
n’est pas vrai qu’ils lui ont refusé les arrêts domiciliaires ; c’est
elle qui les a refusés quand le PM les lui a offerts, en
pleine audience, je crois. D’un côté je l’admire car c’est un
« cadeau » intéressé de ce typique tas de merde de PM, qui d’une
certaine manière veut se laver la conscience. Certes, le
terme « terroriste » est usé et tellement utilisé mal à propos qu’il
veut dire tout et le contraire de tout.
Ce qui est vrai par contre c’est qu’ils m’ont refusé les visites de la Raffi. Pas grave ! Pour « avis négatif de la questure
de Carrare », ce qui revient à donner au renard la clé du poulailler.
Ici, le
salut, c’est de se tapir dans sa cellule et de ressasser souvenirs et
songes, rage et sérénité, mais on est trop souvent
interrompu par les ouvriers, des musiques, des nourritures, des
contrôles et des bêtises diverses, tellement qu’il est même difficile
d’organiser sa journée.
Pour ne
rien dire des télés. Elles nous cassent tellement les oreilles que, un
clou chassant l’autre, l’unique solution est d’allumer
la sienne pour ne pas entendre les 15 autres en même temps, dans le
tohu-bohu de cette architecture carcérale.
D’intenses
et persistantes douleurs au trijumeau, fatigue due à l’âge, bras droit
hors d’usage, mais grande énergie. Il me
plairait d’arriver aux presque quatre-vingts ans d’Annaberta, forte
de ses motivations et de ne pas se laisser aller même dans les
situations les plus désespérées.
Par
contre, Donato Farina, le frère de l’Ordre des Humiliés qui attenta à
la vie de Charles Borromée, me tient compagnie à l’Oasis
vert. On parle d’un fait de 1569 comme démonstration que chaque
époque, en plus des infâmes représentants du pouvoir, a aussi ses
dissidents. Pas encore tout à fait oubliés.
L’auteur
de ce petit livre remarquable et vif écrit textuellement… : « Si la
balle dont était chargée mon arme avait
atteint son but, l’histoire de la Contreréforme en Haute Italie,
dans la canton du Tessin et sur les terres des Grisons sur la
jurisprudence du diocèse de Milan, aurait pris un autre cours, car
en Europe, personne ne montrait autant de ferveur à poursuivre des
hérétiques et des sorcières que Charles Borromée. »
Malheureusement,
l’histoire alla différemment. Farina finit tué après d’atroces tortures
et Borromée sanctifié, après avoir
dissous l’Ordre des Humiliés et confisqué leurs propriétés.
Peut-être que dans cinquante ans, on fera des saints du cardinal
Ratzinger et du juge Antonio Marini.
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