17 octobre 2008
Holalaider, Holaleider, Holà le lider, Holà la laideur
Holalaider, Hola Heider, Holà le Hyder, Holà la hideur
Ho - la laideur, Laid d'air, Laid d'eau, salaud.
Holalaider, Hola Heider, Holà le Hyder, Holà la hideur
Ho - la laideur, Laid d'air, Laid d'eau, salaud.
Qu'entends-je
? Çà jodle dans le coin. Il ne manque plus que des culottes de cuir,
des chaussettes montantes et des chapeaux à plumeau. Ah, mais, c'est
toi, Mârco Valdo M.I., qui fait de pareilles sonneries...
Oh,
salut Lucien l'âne aux oreilles panoramiques et rotatives, je te
remercie
beaucoup pour la cédille... En fait, je m'essayais à chanter la
dernière version française du refrain de la canzone de Riccardo
Scocciante : Haider ! Haider ! Comme tu le sais, on l'enterre
demain, il faut que je sois prêt à lui chanter ce petit refrain en
canon avec Riccardo. Nous saluerons ainsi son envol d'eider vers
l'éternité. Regarde-bien ce texte et tu verras qu'on l'a pas
mal travaillé. Veux-tu que nous en fassions une analyse, question de
faire la causette.
Pourquoi pas... dit l'âne en se contorsionnant pour arriver à se mordre la queue.
C'est à cause des taons qui me tannent. Il doit faire orageux, les taons sont difficiles. Alors, dis-moi...
Donc
posons les éléments : on salue du haut de la montagne, le dénommé
Haider,
ex-gouverneur de la Carinthie, qu'on incinère demain. Ainsi l'on dit
: Holà Haider, mais pour jodler [je te rappelle qu'on est censé être
dans la montagne en culottes de cuir, avec de grandes
chaussettes et un chapeau à plumeau], il faut y mettre des « l ».
Dès lors, on dira, on chantera : holà L' Haider, que j'ai transcrit, à
la suite de Riccardo : Holalaider. Note qu'il
n'est aucunement question pour nous (je veux Riccardo et moi, et toi
aussi si tu veux de l'aider, ce bougre). Ensuite, on glisse vers Leider
– le guide, en angliche : le leader . Mais aussi, l'eider, ce canard dont le duvet (et toute la bête par conséquent; malheur à lui...) est si prisé
pour les couettes et les oreillers. D'où, Holaleider. Ensuite...
Oui,
je comprends maintenant : le Lider, francisation de l'angliche... et en
plus,
ce pourrait être un chanteur... Et dans le fond, je me demande si
Haider n'était pas un maître-chanteur... Je veux dire sur le plan
politique...
Sans
doute aussi. Mais je continue mon analyse, car on n'a pas que ça à
faire...
Tu as compris le mécanisme : la laideur. Bien entendu, on n'a pas
d'appréciation mesquine sur son physique, dont on se contrefout, la
laideur de L'Heider est purement morale; elle relève du
jugement politique, éthique. Le passage de Haider à Heider vient de
la chanson et du personnage de référence : Heidi. Quant au très
anglophile Hyder, il vient évidemment de Robert Stevenson et de
son personnage à double figure : Dr Jekill (je kille – je tue ?) et
Mr. Hyde, la face mauvaise, qui donne Hyder. Evidemment, si l'on
francise un peu, cela donne : Hyder = Hideur. La hideur est
une forme, je dirais accentuée, de la laideur. En quelque sorte, on
est monté d'un cran dans l'horrible... Retour à la laideur, qui ouvre
par homophonie sur Lait d'air (on a sauté au-delà de lait
d'heure), qui entraîne (référence à Trenet et Blanche – Débit de
lait, débit de l'eau) Lait d'eau, qui évidemment se décline en salaud –
sale eau.
Ho,
ho, arrête-toi, Mârco Valdo M.I., dit l'âne Lucien en faisant des yeux
aussi
grands que le ventre. C'est bien assez pour moi. Tu serais capable
de dériver sur la chanson de Charles Trenet et Francis Blanche et
personne ne sait ni quand ni où ton aparté finirait. Dis-moi
plutôt ce dont tu comptais me parler aujourd'hui...
Tu
sais, mon ami Lucien l'âne perspicace, dit Mârco Valdo M.I., tu sais
bien que
je suis un brin obstiné – mais ça ne me différencie pas de toi, et
que j'avais promis de poursuivre inlassablement les histoires d'Achtung
Banditen ! Je vais donc le faire et je vais reprendre le
récit de Marco Camenisch où on l'avait abandonné. Nous en étions, je
te le rappelle à la fin de 1995. Je reprends au début de 1996. Marco
Camenisch est toujours à la prison de Novara et il attend
le printemps – car il sait qu'il n'est pas près de sortir. Tu feras
spécialement attention aux remarques anecdotiques de Marco (en vert) et à
celles de Piero (en jaune). Ce sont, à mon sens, des
notations fort importantes pour comprendre dans quel monde est
plongé Marco et aussi, combien – même enfermé dans une prison dite de
haute sécurité – il continue à résister et à se battre pour
défendre ses conditions de détention et celles de tous les autres
prisonniers; pour défendre ses idées, ceux qui sont dans le combat à
l'extérieur et même, la planète, notre planète contre les
incessantes attaques de l'inhumanité capitaliste et libérale. Dans
ce récit, dans cette sorte de journal de prison, on trouve deux voix :
d'abord, Marco Camenisch qui salue le printemps qui
s'annonce et puis, Piero Tognoli qui raconte cette petite excursion
en taxi et le portrait de ce taximan qui refuse de jouer les indics...
Novara, 15 février 1996
Je suis ici à écrire à toute pompe, ma nuque et mon échine font mal et je ressens une
grande volonté exubérante de communiquer et une énergie pétillante.
Le jour est magnifique ; le soleil entre enfin dans nos cages de tigres, que nous ne
sommes pas.
D’autre
part, pour parler de la presse anarchiste en général, je pense que, en
plus de se
remplir la bouche avec les affaires du Chiapas, il est fondamental
de reprendre une solidarité qui va au-delà des fractures du mouvement.
Il nous faut enlever tout espace et toute légitimité à
cette attaque répressive à forte saveur propagandiste.
Pour
ma part, récemment, je me suis « battu » contre un coussin de mousse
haut
et dur comme une brique qui me causait des insomnies, des douleurs à
la nuque et des problèmes circulatoires. Après l’avoir taillé
horizontalement, j’ai reçu un rapport et la note du
« dommage ». Ces situations sont mon pain préféré, puisque contre
une mesure stupide, utile seulement à casser les couilles, je pense
faire sortir de ma plume un articulet satirique
divertissant.
« S’il vous plaît, via Sforzesca 49, la prison ». Le taxi novarais nous
accueille avec sympathie. Et il se confie à nous, cordial et confiant en notre compréhension.
La
Préfecture l’a menacé du retrait de sa licence s’il accompagne des
prostituées de
couleur dans des lieux équivoques et à des heures suspectes. « Pour
moi, ce sont des clients comme les autres, pourquoi devrais-je leur
refuser la course ? Ce qu’elles font ensuite, ce
sont leurs affaires. »
En
d’autres occasions, ils voulaient savoir par où était passé Tizio et ce
qu’avait dans
sa bourse Caïo. « Comme si je me mettais à fouiller les bagages de
mes passagers ! Moi, mon travail, c’est taxi ; eux, ce sont des
policiers, qui sont payés pour çà. » Il
est vraiment furieux et il se laisse emporter, actionnant avec sûreté les vitesses sans
ralentir.
Çà
fait plaisir de
rencontrer une personne simple, distante de l’assentiment complice
ou de l’interventionnisme collaborationniste de la majorité silencieuse.
Un chaud au-revoir de fin
d’hiver accompagne notre solitude dissidente. Lentement, avec un sourire en plus, nous nous acheminons vers le sarcophage.
Novara, 3 mars 1996
Les
derniers rayons du soleil resplendissent encore dans ma cellule au
milieu de
l’après-midi. Ce n’est pas le soleil des Alpes Rhétiques, mais il
quand même toujours très beau et l’air tiède presque printanier annonce
déjà une petite toux de saison. Avec encore mes
sous-vêtements chauds et les flambées qu’on fait faire au chauffage,
j’ai quelques courtes sueurs.
A
l’extérieur, ils continuent à enquêter à propos des camarades et de
simples citoyens
pour l’usage de la marijuana et mes correspondants me tiennent
informé de cela aussi. Et dire que le cannabis est un excellent calmant
des douleurs dans le cas du cancer, meilleur que les
morphines ! Dans le cas aussi des patients atteints du Sida, il est
miraculeux comme reconstituant par son action métabolique, par la
fameuse faim qu’il provoque et que nous connaissons
bien, telle que les gens qui en font usage réussissent à reprendre
poids, vigueur et volonté de vivre. L’interdire est une mascarade qui
sert seulement le bizenesse, comme les habituelles lois
contre la médecine douce émises pour favoriser les assassins des
multinationales de la pharmacie.
Par
chance, je n’ai pas de problèmes d’appétit et j’ai dans ma marmite une
mixture de
courgette, mozzarella, tomate, origan, persil que je suis en train
de cuire au bain-marie, un stratagème contre le manque d’instruments
adaptés pour une saine cuisson. J’ai préparé ensuite du
petit-lait qui est une partie d’une diète naturopathique qui fait
peut-être du bien à mon cancer et s’il n'en fait pas, c’est de toute
façon très bon. En plus du petit-lait, du bouillon de lait
mêlé de jus de citron, il sort une ricotta qu’en Inde, on nomme
« Panir ».
Aujourd’hui,
ce petit-lait accompagné de raisins secs, de miel, de bouts de noix, je
le
partagerai avec Christos durant notre socialité hebdomadaire. Nous
en profiterons pour continuer nos leçons de grec que petit à petit,
j’assimile avec un journal du mouvement qui, relayant le
texte de notre grève de la faim, parle de moi et me fait connaître
même en Grèce.
Novara, 25 mars 1996
Il
y a quelques jours, le 18 exactement, le magistrat de surveillance
Andrea Del Nevo a
communiqué à moi et à Chris la censure pour 6 mois de notre
correspondance en entrée et en sortie. La disposition affirme
textuellement : « Relevant que la gravité des faits pour
lesquels Marco Camenisch (et Christos Stratipopoulos) est enfermé et
son assignation à la Maison de la Circonscription de Novara dans la
section au plus haut degré de prudente vigilance pour des
raisons d’ordre et de sécurité, conduit à retenir opportune
l’adoption de la présente mesure du fait que pourrait être contenu dans
sa correspondance épistolaire des éléments tels qu’ils doivent
être considérés comme un danger pour l’ordre et la sécurité de
l’institution. »
Ce
n’est pas une disposition inattendue, vu que notre compagnon anarchiste
Antonio
Budini, détenu à Voghera, à son retour de la farce du procès de
Trento du 31 janvier, a été transféré de la section pénale à la
spéciale. Notre compagnon anarchiste Carlo Tesseri aussi a été
assigné à la section spéciale de Fossombrone.
Vu
et constaté l’absence de contenus « clandestins » dans notre
correspondance,
c’est un lourd prétexte de parler de la gravité des faits et de
danger pour l’ordre. Le transfert dans les spéciales est encore plus
tordu et, en marquant de dangerosité un détenu, il sert pour
mieux légitimer des actions persécutoires, diffamatoires et
« dissuasives » de nature politique.
En
réalité, par la volonté des enquêteurs Marini et Vigna et de leurs
obscurs metteurs en
scène retranchés dans les abysses du pouvoir, de leur état policier
néolibéral, il s’agit de diffamer pour mieux persécuter. Avec un tempo
suspect, ils construisent laborieusement une
machinerie antianarchiste. Ils
s’en prennent à la communication pour empêcher notre solidarité, nos
confrontations, nos discussions et notre croissance. C’est
la politique de la terre brûlée, du terrorisme psychologique, contre
ceux qui osent résister et être solidaires envers celui qui est en
prison.
Ces mesures administratives tendent à l’anéantissement psychique, social et physique de
celui qui est détenu et entre comme çà dans le rôle d’otage, séquestré de fait et traité comme tel.
L’internationale néolibérale du complot contre le reste de l’humanité frappe de cette
façon la diffusion de nouvelles et la solidarité pratiquée par nous au niveau international.
Qui sait quels retards énormes subira notre correspondance privée et publique écrite en
grec ou en allemand.
Novara, 16 avril 1996
Je
deviens de plus en plus anxieux, je ressens l’appréhension du
prisonnier avec tant
d’angoisses irrationnelles pour les ennuis de mes chers durant les
voyages de visite. Certainement celle qui risque le plus dans le voyage,
c’est Manuela, qui vient en voiture, mais ma mère a
déjà un certain âge et elle a déjà été fort éprouvée par mon
aventure.
Mais assez pensé à des ennuis hypothétiques quand les méchancetés continuent ici comme
d’habitude et que ma rage croît.
Novara, 2 mai 1996
Ici, le 1er mai
a été fêté par un coup de force de la part de la dictature. Ils ont
retiré la « gestion » de la distribution des travaux aux détenus de
l’étage, en reconfirmant ainsi qu’en
raison de la faible solidarité entre détenus, la tendance
totalitaire, hystérique et antidémocratique des institutions peut
s’affirmer et se défouler librement. Cela n’a rien d’étrange en des
temps où le 1er mai est devenu pour la « gauche » des imbéciles et des hypocrites, un jour où on fête le fait qu’on nous
fait notre fête.
Novara, 27 juin 1996
Pauvre
village de Cardoso, tellement frappé de deuils et de dommages dans
cette dernière
inondation qui n’a pas épargné les monts de la Versilia. On
s’obstine à parler de catastrophes naturelles en feignant de ne pas
savoir que ce climat affolé est encore notre responsabilité due à
la pollution.
Pauvre
Cardoso, ils le reconstruiraient dix fois avec seulement les sous
gaspillés pour
la sécurité à l’occasion de la « visite » chacalesque de Scalfaro.
Entretemps, autour de la maison de Manuela, les flics s’entassaient par
grappes, encore un peu et il en pend aux
arbres, peut-être par peur d’une insurrection.
Certainement,
bien payés, il est plus facile de casser le cul aux gens plutôt que
d’aller
creuser dans la vase et dans les détritus. Il est plus simple de
réprimer les victimes des désastres que les gens qui les ont causés et
qui, par la suite, empochent les milliards de la
reconstruction. Figurez-vous, ceux promis au Piémont, ils les ont
congelés, ceux promis à la Versilia, on verra s’ils les enlèvent du
frigo.
Atmosphère
pesante avant la tempête. Atmosphère d’enquête où les habituels
pouvoirs forts
n’ont plus de tolérance. Ce n'est pas le problème – malheureusement –
d’une subversion révolutionnaire capable de renverser le sordide
existant ? La répression, aujourd’hui, n’est pas
l’ultime plage des dominants avant de disparaître enfin et pour
toujours de la scène. Ils veulent seulement frapper celui qui a osé
rompre un œuf pourri dans le panier de la démocratie. Ils
veulent faire payer le haut prix de la vengeance aux incontrôlés, à
celui qui ne pourra jamais être domestiqué, aux irrécupérables rebelles de
l’utopie.
Annaberta aussi est consciente que Marco appartient à ce minuscule fragment d’humanité
non soumise, peut disposée comme toujours à se laisser mettre les pieds sur la tête.
Novara, 21 juillet 1996
Entre
un safari antimoustique et l’autre, je continue à écrire. Du reste,
rien de neuf
dans ce cimetière. J’ai plein de rêves, somme tout nullement beaux, à
par certains où je m’éveille en riant et qui pourraient représenter le
fond d’une histoire de Bohumil
Hrabal.
J’ai
lu dans les quotidiens le double homicide de Colonnata, où un ex-mari
jaloux a tiré
sur son ex-femme et sur son nouvel amour, notre compagnon Umberto.
Cette nouvelle m’a beaucoup attristé et je suis triste pour Umbè, ce bon
géant qui, lâchement interrompu sur le sentier de sa
vie, avait trouvé la joie d’un amour.
C’est
le sempiternel août novarais auquel depuis des années, nous nous
habituons. Ville à
demi-déserte que nous contemplons assis sur un banc des jardins de
la gare. Trois-quarts d’heure de temps, à discuter dans l’attente du
train de retour.
Annaberta
n’a pas connu Umberto, mais elle reste frappée de sa fin tragique. Lui
si
hermétique de sa langue, mais pas de son cœur, qui de deux grimaces,
l’œil vif et quatre mots de son accent carrarin pointu t’exposait un
discours philosophique entre un verre de vin rouge et un
soupir pour les compagnons emprisonnés ? Il était très attaché à
Marco (le vieux Martino) et il fut assez blessé de son arrestation.
Un
imbécile, avec un port d’arme régulier et des propositions homicides
déclarées, lui a
coupé la vie à coups de pistolet. Excité lâchement par quelques
paysans, forts de leur culture de maître-mâle, avec l’omertà complice
des carabiniers de l’endroit, il a ainsi tué Umbè et sa
compagne, ex-femme d’une relation faillie désormais finie depuis un
temps. Un « délit d’honneur » consommé pour venger l’abandon d’une femme
qui voulait refaire sa vie avec ses deux
filles et avec Umbè.
Pour
l’autorité, Umberto Corsi était seulement un anarchiste. Un ennemi en
moins pour le
futur ? Pour ces deux fillettes, rendues violemment orphelines de
mère, ce salaud homicide sera un père à détester pour toute leur vie.
Novara, 17 septembre 1996
Aujourd’hui,
j’ai reçu, du Regroupement Opérationnel Spécial des Carabiniers,
Section
Anticriminelle de Turin, le procès-verbal de l’ordonnance de
surveillance renforcée. C’est un feuillet pelure émis par le GIP du
Tribunal de Rome ; les GIP sont maintenant responsables des
visites, des correspondances, des téléphonades, etc.
Pour
le moment, ils ont imposé « seulement » l’interdiction de rencontre et
Chris a été transféré à un autre étage. Je désigne immédiatement
comme mon défenseur de confiance l’avocat Lamacchia de Turin.
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