16 mai 2013
JUSTICE EUROPÉENNE ET
SUICIDE ASSISTÉ
Version française des Dernières
Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (15 mai 2013) :
Texte italien :
http://www.uaar.it/news/2013/05/15/giustizia-europea-suicidio-assistito/
Préceptes
laïques
Citoyens, encore un effort pour
devenir laïques !
En somme, pour devenir laïque, il
n'est pas nécessaire d'abandonner son dieu...
Bien au contraire, et rien n'empêche
votre dieu de devenir lui aussi laïque...
Vers le néant
Décidément, l’Italie est un vrai
laboratoire du combat pour une Europe laïque et au-delà, bien évidemment.
Cette
fois, il s'agit d'affronter la
question délicate du suicide volontaire, du suicide assisté...
Médicalement assisté, s'entend. Pas seulement de ce qui est généralement
connu sous le nom d'euthanasie, que certains catholiques
appellent pudiquement le « pieux homicide », qui ne se pratique
qu'en toute fin de course ; qui n'est en somme qu'un petit coup de pouce
vers le retour à l'infini ou vers le néant,
ce qui en l'occurrence est la même chose. Ce qui est est, ce qui
n'est pas, n'est pas ; ce qui n'est plus, n'est plus.
Le
suicide assisté est une démarche
d'une personne en pleine possession de ses moyens, dont la santé
n'est pas (encore) fragilisée au point de devoir recourir aux soins
palliatifs... Bref, une personne en bonne santé, en pleine
possession de ses sensations, de sentiments, de ses volontés qui
requiert en connaissance de cause d'être accompagnée vers le néant. Il
s'agit là, en quelque sorte et sans doute pour certains
paradoxalement, d'un choix de (fin de) vie.
Et
s'il y a bien quelque chose de
personnel et d'intime, c'est bien pareille décision... On est là au
cœur de ce que les Anglo-saxons appellent la « privacy », la vie privée.
Qui d’autre que moi aurait quelque chose à
dire sur mon sentiment de moi-même, sur l'auto-défense de ma
dignité. S'il échet que je recoure au suicide... e droit au suicide est
une nécessité sociale et tout autant, celui d'être aidé dans
cette autodestruction volontaire.
Le débat se développe en Italie
aussi... et là aussi, il y a des empêcheurs de se suicider en rond.
Nous
revenons une fois encore à l'euthanasie et même pour être plus précis,
au
suicide assisté. Nous en reparlons suite à une sentence de la Cour
Européenne des Droits de l'Homme (CEDH), qui s'est exprimée justement
sur ce thème, soulevant des interrogations pas banales qui
nous interpellent tous, incroyants et croyants.
La
CEDH a indiqué hier que la Suisse doit éclaircir à qui et
sur quels critères est garanti par la loi l'accès au suicide
assisté, vu aussi le phénomène des voyages de l'étranger — et de
l'Italie — vers les cliniques où on le pratique. La sentence arrive
suite au recours d'Anna Gross, une octogénaire qui vit à Greifensee
en Suisse. Cette dame n'a pas de pathologies graves, mais elle entend
recourir au suicide médical car elle ne veut pas assister
au déclin de sa condition physique et de ses facultés mentales. En
2005, elle tenta de se suicider et finit à l'hôpital psychiatrique pour
six mois. En 2008, les médecins reconnaissaient qu'elle
avait la capacité de comprendre et de vouloir, que sa décision était
pondérée et que bien au contraire elle s'était confortée au fil du
temps parallèlement au déclin de ses facultés physiques et
mentales. Mais ils refusàrent de prescrire à la femme les
barbituriques, se fondant sur les limitations du code professionnel et
craignant d'être considérés comme coupables de délit. La femme se
tourna donc vers la commission médicale du canton de Zurich, qui
refusa cependant la prescription sur base de la réglementation.
À
ce point, la question finit au tribunal : le tribunal administratif du
canton rejeta la requête parce que donner une aide à celle ou
celui qui veut se suicider sans avoir de pathologies terminales ou
graves constatées médicalement peut être une forme de facilitation
punissable pénalement. Le recours suivant fut lui aussi
rejeté par la Cour suprême fédérale en 2010, estimant qu'il n'y
avait pas d'obligation de la part de l'État de garantir l'accès à des
substances dangereuses et qu'il fallait défendre la santé
publique en empêchant des abus. Dès lors, le cas est arrivé à la
CEDH, qui par sa récente décision de quatre juges contre trois, a
constaté une violation de l'article 8 de la Convention,
concernant le droit à la vie privée. La Cour a fait remarquer que la
loi suisse ne précise pas bien les cas dans lesquels elle admet le
suicide assisté et que les critères devraient être définis
par l'État. Maintenant, la Suisse a trois mois pour présenter un
éventuel recours à la Grande Chambre. On en déduit, à chaud, que la CEDH
retient nécessaire la protection l'égalité des droits et
que donc, au moins abstraitement, l'accès au suicide assisté doit
être, lui aussi, fondé sur ce principe fondamental. Cela fait pressentir
que le sujet (le suicide assisté) n'est pas du tout
tabou pour les juges de Strasbourg.
En
Italie, on
remarquera les commentaires d'Avvenire, qui retrace l'événement et
conteste la décision en la considérant comme « surréelle ». Dans ce
quotidien des évêques, Francesco D'Agostino,
président des juristes catholiques et membre de l'Académie
Pontificale pour la Vie, est encore plus net. Selon lui, on est passé
des homicides « pieux » à un emploi massif de la
médecine palliative qui « réussit à rendre acceptable la vie des
malades en phase terminale », d'autant que : « aucun médecin n'est plus
sollicité pour une demande de mort de
la part de patients arrivés à la fin de leur vie ». Maintenant
cependant, la place de cet « homicide pieux » aurait été occupée « par
une autre et plus sournoise forme
d'euthanasie, c'est-à-dire le suicide assisté ». Et à la pitié, on
aurait substitué « un mobile qui n'a rien de compassionnel et d’émotif,
mais qui est froidement rationnel : le
respect, à la limite de l'obéissance, de la volonté suicidaire du
patient ».
L'idée
de beaucoup de personnes est qu'il vaut mieux ne pas dire et ne pas
affronter certaines choses et qu'il suffit
d'augmenter les doses de palliatifs pour hâter la mort des patients :
par « pitié » et avec « émotion ». Si par contre, on revendiquait le
droit à l'autodétermination, on
affrontait directement un tabou et on demandait des procédures
claires, alors tout deviendrait « froid » et « rationnel » et subordonné
à la domination de l'État. Cette
dichotomie artificielle examinée d'un œil attentif rend perplexe.
Sur quelles bases peut-on pontifier qu'il n'existe pas d'implication
émotive de la part des opérateurs ou de ceux qui entourent
une personne dans les cas d'euthanasie ? Cette tendance manichéenne,
typique des intégriste religieux, qui vise à déshumaniser celui qui
n'est pas d'accord avec eux, est démentie par la chaleur
et l'implication de nombreuses personnes précisément à propos de cas
comme ceux de Piergiorgio Welby ou d'Eluana Englaro. Demander aux
institutions des règles claires et le courage d'affronter
certains thèmes dans le respect des libertés et sans les
moralisations ou les diktats du Vatican est, à notre avis, préférable à
la situation actuelle, qui est dépeinte comme idyllique mais ne
l'est pas du tout. Sur la thérapie de la douleur, il serait
souhaitable de faire bien davantage ; sans compter qu'il nous faut
encore supporter les effets du « dolorisme » qui
dérive de la conception chrétienne de la souffrance et qui bloque
n'importe quel réforme qui tend à fournir des critères plus précis sur
la fin de vie, tels à garantir l'autonomie des
individus.
Quoique,
en Italie, beaucoup préfèrent continuer à cacher la poussière sous le
tapis, on parle partout de ces thèmes. En France, les députés
écologistes ont lancé un appel au« stop à l'hypocrisie » et réclament
également une loi dans leur pays. En Grande-Bretagne,
continue le procès sur le cas de Tony Nicklinson, un homme paralysé
par le syndrome d'enfermement s'est laissé mourir après que la cour lui
avait refusé l'euthanasie ( NdT : Le 22 août 2012,
Tony Nicklinson,
un Britannique de 58 ans victime du syndrome d'enfermement décède à
son domicile. Il avait été débouté par la justice le 16 août, alors
qu'il demandait qu'un médecin l'aide à mourir sans être
poursuivi pour meurtre, comme la loi le prévoit aujourd'hui).
Entretemps dans l'État américain du Vermont, la Chambre a approuvé une
loi sur la fin de vie, qui est en train d'être ratifiée par le
gouverneur.
Pendant
ce temps, chez nous, sous la pression des évêques qui l'exigent et
l'obtiennent substantiellement, c'est encore
un tabou. La campagne Euthanasie Légale, dont l'Uaar est initiatrice
avec l'association Luca Coscioni, Exit et d'autres entités, est un
premier pas, très important, qui rassemble déjà de très
nombreuses signatures afin de présenter au Parlement une proposition
de loi d'initiative populaire Mais il faudrait encore beaucoup d'autres
pour rattraper le courant général de laïcité qui sur
ce thème (et pas seulement) nous retarde par rapport aux autres pays
occidentaux. Entretemps, continuent les voyages de l'espoir en vue
d'obtenir une mort digne : il y a au moins une trentaine
d'Italiens qui, comme Piera Franchini, tous les ans doivent se
rendre en Suisse pour recourir au suicide assisté. Ce problème existe et
doit être affronté. À Strasbourg et à Berne, c'est le
cas ; à Rome — sur les deux les rives du Tibre — non.
La rédaction
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