mardi 1 décembre 2015

PRIÈRE DÉMESURÉE


PRIÈRE DÉMESURÉE

Version française – Prière démesurée – Marco Valdo M.I. – 2008
Chanson italienne – Preghiera smisurata – Fabrizio De André – 1996


Georges Brassens, que Fabrizio De André connaissait très bien, chantait :
Les hommes sont faits, nous dit-on
Pour vivre en bande comme les moutons
Moi, je vis seul et c'est pas demain
Que je suivrai leur droit chemin.
Brassens disait suivre son chemin de petit bonhomme.
Et pourtant, pourtant, la loi du nombre, celle de la majorité qui a pour seul fondement la maladie comptable qui soit dit en passant est en train de tuer l'espèce. Cette maladie comptable s'étend à tout comme la peste, elle a commis bien des ravages et continue d'en faire. En fait, sous le nom de démocratie, elle n'est que l'alibi d'une dictature des plus perverses. La question reste pendante : comment faire pour que vivent agréablement et en paix de si grands ensembles humains (disons l'humaine nation) et d'autre part, comment faire pour que vivent en paix et agréablement, ceux qui vont à contrevent, ceux qui vont en sens contraire et obstinément. Colomb était parti en sens contraire et obstinément; il est arrivé ailleurs.
Comment préserver « une goutte de splendeur et d'humaine vérité »?
Selon Marco Valdo M.I., toute prière adressée à un quelconque Seigneur n'a absolument aucune chance d'aboutir ni à son entendement, ni a fortiori à une quelconque intervention en retour. Pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de Seigneur et qu'en tout état de cause, si Arlequin servait plusieurs maîtres, Marco Valdo M.I. pense que l'accession à l'humanité passe par la fin de la servitude, donc de l'existence-même d'un quelconque Seigneur et qu'ainsi finit la désespérance.
Pas de Seigneur, pas d'espérance, est-il sempiternellement répété; d'accord, mais aussi bien : pas d'espérance, pas de désespérance : reste alors l'humaine condition comme une bévue, une anomalie, une distraction, un devoir... L'humaine condition qui s'impose de par sa propre existence. Tel est le destin de celui qui avance « dans une direction obstinée et contraire ».

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.




Surplombant les naufrages
de l'observatoire des tours
Elle penche et distante des éléments du désastre
des choses qui surviennent au-delà des paroles
célébrant le rien
Au long d'un vent si facile de
de satiété d'impunité.
Sur le scandale métallique
des armes en usage et désuètes
Pour guider la colonne
de douleur et de fumée
que laissent les innombrables batailles à la tombée de la nuit.
La majorité est la majorité, elle est

récitant un rosaire
d'ambitions mesquines
de peurs millénaires
d'inépuisables arguties
en cultivant tranquillement
l'horrible variété
de ses propres arrogances
La majorité est

comme une maladie
comme une malchance
comme une anesthésie
comme une habitude

Pour celui qui voyage dans une direction obstinée et contraire
avec sa démarche spéciale d'une spéciale désespérance
et au milieu du vomi des réprouvés effectue ses derniers pas
pour offrir à la mort une goutte de splendeur
d'humaine vérité.

Pour celui qui à Akaba soigna la lèpre avec un sceptre postiche
et sème son passage de jalousies dévastatrices et d'enfants
aux noms improbables de chanteurs de tango
en un vaste programme d'éternité.
Souviens-toi Seigneur de ces serviteurs rétifs
aux lois du troupeau,
n'oublie pas leur visage
quand après tant de désarroi
il est juste absolument que la fortune les aide.
Comme une bévue
Comme une anomalie
Comme une distraction

Comme un devoir.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire