7 mai 2013
VIVE LE DEUX MAI
Version française – VIVE LE DEUX MAI – Marco Valdo M.I. –
2013
à partir de la version italienne Evviva il due maggio de Riccardo Venturi
d'une chanson yiddish de Dovid Edelshtot - 1892
VIVE LE DEUX MAI ET LES AUTRES JOURS
Par Riccardo Venturi
http://ekbloggethi.blogspot.be/2013/05/evviva-il-due-maggio.html
Dovid Edelshtot, ou David Edelstadt en graphie allemande, avait été un gamin
précoce.
Il
était né à
Kaluga, dans l'actuel Bélarus, en 1866. À douze ans, il avait publié
son premier livre de poésies, écrites dans ce qui elle était la langue
maternelle et celle de tous les Juifs d'Europe
orientale : le yiddish. Naître dans l'Empire Russe, en ce temps-là,
était un grave problème ; problème qui fit de David Edelstadt non
seulement un poète, mais aussi un révolté fort précoce.
Il ne pouvait pas en être autrement, lorsque, enfant, on se voyait
enlever son père par l'État, qui le prenait pour un service militaire
qui, dans les cas où l'« appelé » était mal vu
du régime (et tous les Juifs étaient mal vus du régime) pouvait
durer jusqu'à 25 ans., En pratique, une chose pire qu'une déportation à
vie.
Le
13 Mars 1881,
lorsque David avait quinze ans, le tsar Alexandre II fut éliminé par
les révolutionnaires de Narodnaja Vol'ja (« Volonté du peuple »),
l'organisation guidée par Sof'ja Perovskaja.
Pendant qu'il revenait d'une école d'équitation à Saint-Pétersbourg,
son carrosse fut frappé par une bombe lancée par un autre membre de
l'organisation, Nikolaj Rysakov ; bombe qui, cependant,
laissa indemne le tsar. Descendu de son carrosse pour contrôler les
dommages et questionner l'auteur de l'attentat, qui avait été
immédiatement arrêté par les Cosaques, le tsar fut pris de plein
fouet par une seconde bombe, lancée par Ignatij Grinevickij. Les
deux, le tsar et l'auteur de l'attentat, furent réduits en morceaux.
Suite aux aveux de Rysakov, tous les membres de la Narodnaja
Vol'ja furent arrêtés et mis à mort le 15 avril 1881.
Aucun
des acteurs ni des membres de la
Narodnaja Vol'ja n'était Juif ; mais, naturellement, toute la faute
retomba sur les Juifs. Dès le 8 mai 1881, vingt jours après l'exécution
du tsar, fut déchaîné un terrible pogrom à Kiev ; un
prétexte comme un autre pour faire partir les « perfides Juifs ». Ce
fut ainsi que David Edelstadt emporta peu de choses et émigra en
Amérique, ensemble avec environ cinq millions
autres de sujets de l'Empire Russe. Peu après son arrivée à Ellis
Island, David Edelstadt adhéra au mouvement anarchiste, dont il devint
un protagoniste.
À
seulement dix-huit ans, nous le retrouvons rédacteur en chef de la
principale revue anarchiste des exilés juifs russes, rédigée en langue
yiddish : la Fraye Arbayter Shtime (« Libre voix des
Travailleurs »). Sur la revue, il publiait tant des articles que des
poésies. Une de celles-ci contient une définition de l'Anarchie qui est
restée, à juste titre, célèbre :
Un monde où personne ne doit gouverner
Sur l'effort et la douleur des autres ;
Chaque coeur, chaque esprit seront libres,
Voilà l'Anarchie.
Un monde où personne ne doit gouverner
Sur l'effort et la douleur des autres ;
Chaque coeur, chaque esprit seront libres,
Voilà l'Anarchie.
Un monde où la
liberté apportera le bonheur à tous,
Aux faibles, aux forts, à l'homme et à la femme ;
Où ce qui est mien et ce qui est tien
Aux faibles, aux forts, à l'homme et à la femme ;
Où ce qui est mien et ce qui est tien
David
Edelstadt apparut encore plus en vue dans le mouvement anarchiste après
les faits de Haymarket de 1886, et après l'exécution des martyrs de
Chicago ; la répression de la
« démocratique » Amérique vis-à-vis des anarchistes se révélait
égale, sinon pire que la répression tsariste à laquelle Edelstadt avait
voulu échapper. Même Edelstadt fut mis à mort,
sans aucune sentence d'un tribunal. Il fut mis à mort par la faim et
le travail forcé. Sans pouvoir plus se procurer de quoi vivre, il fut
forcé à aller travailler pour un salaire de quelques
centimes par jour dans les Sweatshops, les « ateliers de la sueur ».
C'étaient de petites usines où la main-d’œuvre - spécialement immigrée,
était exploitée et sous-payée ;
pratiquement, celle qui aujourd'hui s'appellerait la « petite
industrie ». David Edelstadt mourut en 1892, de tuberculose, à seulement
vingt-six ans.
Vingt-six
ans pendant
lequel il eut le moyen d'écrire, par exemple, ce qui suit. Ce qui
devint une chanson, sur l'air d'une chanson révolutionnaire russe de G.
A. Machtet, Torturés à mort et en captivité,
écrite à son tour pour les étudiants massacrés dans les mouvements
révolutionnaires de 1870. La poésie, ou la chanson, s'appelle In kamf,
« Dans la lutte ». C'est la chanson pour le
deux mai, et pour tous les autres jours.
Nous sommes haïs et
opprimés,
Nous sommes torturés et persécutés.
Et pour ceci nous voulons aimer
Le pauvre peuple malchanceux,
Le pauvre peuple malchanceux.
Nous sommes torturés et persécutés.
Et pour ceci nous voulons aimer
Le pauvre peuple malchanceux,
Le pauvre peuple malchanceux.
Nous sommes fusillés et
pendus,
Ils nous volent notre vie et nos droits ;
C'est pour ça que nous voulons la vérité
Et la liberté pour les pauvres gens,
Et la liberté pour les pauvres gens.
Ils nous volent notre vie et nos droits ;
C'est pour ça que nous voulons la vérité
Et la liberté pour les pauvres gens,
Et la liberté pour les pauvres gens.
Nous ne nous laisserons pas effrayer
Par la prison et la tyrannie ;
Nous devons réveiller l'humanité
Et la rendre gaie et libre,
Et la rendre gaie et libre.
Par la prison et la tyrannie ;
Nous devons réveiller l'humanité
Et la rendre gaie et libre,
Et la rendre gaie et libre.
Ils nous
tiennent dans des chaînes d'acier,
Ils nous abattent comme des bêtes sauvages.
Vous pouvez tuer notre corps,
Mais jamais notre esprit ardent,
Ils nous abattent comme des bêtes sauvages.
Vous pouvez tuer notre corps,
Mais jamais notre esprit ardent,
Vous pouvez nous assassiner, tyrans,
Le temps amènera de nouveaux combattants.
Et nous combattrons, combattrons tant que
Le monde ne sera pas libéré,
Le monde ne sera pas libéré.
Le temps amènera de nouveaux combattants.
Et nous combattrons, combattrons tant que
Le monde ne sera pas libéré,
Le monde ne sera pas libéré.
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