24
août 2008
L'ANNONCE
FAITE À L'ITALIE
Canzones de guerre pas guerrières (2)
Oh, Hé, Lucien, voici la suite… de Canzones de guerre pas guerrières. Le voilà, ton cadeau-surprise.
Tu as sans doute remarqué que dans la canzone de Dessy, intitulée La déclaration de guerre, il est question d’un discours radiodiffusé et que dans la canzone et pas dans le texte d’origine, il y a des éléments de ce discours. Certes traduits, mais ils sont authentiques. Le discours qui passe à la radio et qu’on oblige tout le village – comme ce fut le cas dans bien des villages et des villes d’Italie ce jour-là, seuls les oiseaux migrateurs et les poissons de mer profonde avaient pu y échapper. Et encore… Bref, ce discours est gueulé par « Mâchoire carrée », alias Benito Mussolini, déguisé en marionnette rigolote, du haut d’un balcon romain et retransmis illico à la radio et sans doute, jusqu’aux derniers des bourgs d’Érythrée ou de Somalie. Même les chameaux devaient l’écouter sous peine de sanctions terribles.
Oui,
oui, je comprends, dit Lucien l’âne attentif. Je me souviens bien
que nous, les ânes, on a dû l’écouter aussi, de force. Et avec
les oreilles qu’on se paye, dit-il en les redressant pour bien se
faire comprendre, ce fut très pénible. Une éloquence un peu
bruyante, un peu pâteuse, lourde et peu subtile, si je me souviens
bien.
Oui,
c’est bien ça, mon cher Lucien. Et bien ce discours, je t’en
offre la traduction intégrale… Je l’ai faite avec plaisir,
tellement il est drôle, d’une drôlerie drôlement sinistre, je te
l’accorde…
Ce discours est héroïquement stupide et tellement typique qu’il
permet de comprendre la réelle folie furieuse de ce régime. Un
délire absolu ! Tu te permettrais de pareilles imbécillités,
on te collerait à l’asile séance tenante. On croirait une
caricature, on dirait un discours de Chveik… Enfin, c’est pas
très gentil pour Chveik. C’est réellement ahurissant. On comprend
les paysans de Sardaigne et le suppositoire qu’ils
ont mis au podestat. Boum, quand la mairie fait boum, tout le village
dit boum et c’est la fête…
Accroche-toi le discours surréaliste va commencer :
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Combattants de terre, de mer et de l’air !
Chemises noires de la révolution et des légions !
Hommes et femmes d’Italie, de l’Empire et du royaume d’Albanie !
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La
déclaration de guerre du 10 juin 1940.
Du
balcon du Palais Venezia à Rome, le 10 juin 1940, Mussolini annonça
aux Italiens l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de
l’Allemagne contre la France et l’Angleterre.
La
politique du ventennio fasciste atteignait ainsi son point culminant.
Cinq ans après, l’Italie n’était plus qu’un tas de ruines.
« Combattants
de terre, de mer et de l’air !
Chemises
noires de la révolution et des légions !
Hommes
et femmes d’Italie, de l’Empire et du royaume d’Albanie !
Écoutez !
Une
heure marquée par le destin frappe dans le ciel de notre patrie.
L’heure des décisions irrévocables. La déclaration de guerre a
été signifiée aux ambassadeurs de Grande Bretagne et France. Nous
entrons en lice contre les démocraties ploutocratiques et
réactionnaires de l’Occident, qui, de tous temps, ont fait
obstacle à la marche et souvent piégé l’existence même du
peuple italien.
Quelques
lustres de l’histoire la plus récente peuvent être résumés en
ces mots : promesses, menaces, chantages et, à la fin, ce
couronnement de l’édifice, notre ignoble mise au ban par
cinquante-deux États. Notre conscience est absolument tranquille.
Avec vous, le monde entier est témoin que l’Italie du Licteur a
fait tout ce qui était humainement possible pour éviter la
tourmente qui bouleverse l’Europe; mais tout fut vain. Il suffisait
de revoir les traités pour les adapter aux exigences changeantes de
la vie des nations et ne pas les considérer comme intangibles pour
l’éternité; il suffisait de ne pas commencer la sotte politique
des garanties, qui s’est révélée surtout meurtrière pour ceux
qui l’ont acceptée; il suffisait de ne pas repousser la
proposition que le Führer fit le 6 octobre de l’année passée,
après la fin de la campagne de Pologne. Désormais, tout cela
appartient au passé. Si nous aujourd’hui, nous sommes décidés à
affronter les risques et les sacrifices d’une guerre, c’est que
notre honneur, nos intérêts, notre avenir l’imposent fermement,
car un grand peuple est vraiment que s’il considère sacrés ses
devoirs et s’il n’esquive pas les épreuves suprêmes qui
déterminent le cours de l’histoire.
Nous
empoignons les armes pour résoudre, après le problème résolu de
nos frontières continentales, le problème de nos frontières
maritimes; nous voulons briser les chaînes de l’ordre territorial
et militaire qui nous étouffe dans notre mer, car un peuple de
quarante-cinq millions d’habitants n’est pas vraiment libre s’il
n’a pas un libre accès à l’Océan. Cette lutte gigantesque
n’est qu’une phase du développement logique de notre révolution;
c’est la lutte des peuples pauvres et nombreux contre les affameurs
qui détiennent férocement le monopole de toutes les richesses et de
tout l’or de la terre; c’est la lutte des peuples féconds et
jeunes contre les peuples stériles et atteignant leur crépuscule,
c’est la lutte entre deux siècles et deux idées. À présent, les
dés sont jetés et notre volonté a brûlé nos vaisseaux, je
déclare solennellement que l’Italie n’entend pas entraîner dans
le conflit avec elle, d’autres peuples, voisins par mer ou
par terre. Que la Suisse, la Yougoslavie, la Grèce, la Turquie,
l’Égypte prennent acte de ces paroles et il dépend d’elles,
seulement d’elles, qu’elles soient ou non rigoureusement
respectées.
Italiens !
Lors
d’une mémorable rencontre, celle de Berlin, j’ai dit que, selon
les lois de la morale fasciste, quand on a un ami, on marche avec lui
jusqu’au bout. Cela nous l’avons fait et nous le ferons avec
l’Allemagne, avec son peuple, avec ses merveilleuses armées forces
armées. Dans cette veille d’un événement d’une portée
séculaire, nous tournons notre pensée vers sa Majesté le Roi
Empereur, qui, comme toujours, a interprété l’âme de la patrie.
Et nous saluons d’une voix forte le Führer, le chef de la grande
Allemagne alliée.
L’Italie,
prolétaire et fasciste, est pour la troisième fois debout, forte,
fière et soudée comme jamais. Le mot d’ordre est unique,
catégorique et engage tous. Il se répand déjà et enflamme les
cœurs des Alpes à l’Océan Indien : Vaincre ! Et nous
vaincrons !, pour donner finalement une longue période de paix
avec la justice pour l’Italie, pour l’Europe, pour le Monde.
Peuple
Italien !
Cours
à tes armes et montre ta ténacité, ton courage, ta valeur ! »
(sic)

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