4 octobre 2008
Il
y a tant de choses à dire, tant de choses à savoir, tant de choses à
apprendre, tant de choses à entendre... Je ne vois pas
le bout du temps qu'il me faudrait. Ah là là, il y faudrait mille
heures par jour; j'arrive plus à me suivre. Mille jours par semaine,
mille semaines par mois, mille mois par an... J'y arriverais
peut-être alors...
Qu'est-ce que tu chantes là ?, dit l'âne Lucien en arrivant d'un pas syncopé comme s'il se trouvait sur une scène en danseur de
claquettes. Je ne comprends pas vraiment ce que tu veux dire...
Et
pourtant, dit Mârco Valdo M.I., la chose est toute simple : je n'ai pas
assez de temps pour vivre. Tout est trop court, trop
étriqué. La vie est un costume trop étroit, une chemise dont je
n'arrive pas à fermer le col, un pantalon qu'il faut toujours laisser
ouvert à la ceinture, des chaussures où les orteils tentent
désespérément de sortir en trouant les bouts. Comme tu l'entends, ce
n'est pas un problème d'espace, ni de place, ni de déplacement. C'est
juste un problème de temps. Il n'y en a pas
assez.
Pas
assez, pas assez... C'est vite dit. Je pense quant à moi, dit Lucien
l'âne à l'arrière-train plus solide que le roc, qu'il y
en a trop, que les jours sont longs, qu'on peut baguenauder comme on
veut et qu'il en reste encore à attendre pour te voir et t'entendre.
J'ai eu tout le temps d'aller brouter, de faire la cour à
deux ou trois ânesses de ma connaissance, de bavarder avec Martin,
l'âne du voisin et même, de m'offrir une longue ballade dans les bois et
ce n'est pas exceptionnel, c'est une journée banale
depuis qu'on ne nous force plus à travailler et qu'on ne nous
utilise plus comme des esclaves. Et toi, tu me dis que tu n'as pas assez
de temps... Explique-moi donc où le temps te manque ou ce
qui fait qu'il te manque ainsi.
Je
vais essayer de t'expliquer la chose, mon bon Lucien. Je vais le faire,
car c'est toi qui me poses la question. Mais je compte
beaucoup sur ta compréhension, car la chose est assez hallucinante.
C'est que je me bats contre ce flot ininterrompu d'idées, de mots, de
phrases qui déferlent dans ma tête et que la seule façon
d'y faire vraiment face sans dépérir est de les mettre en œuvre. Et
c'est là que se pose le problème avec le temps. L'idée est là, je vois
littéralement qu'il y a telle ou telle histoire ou
chanson à raconter, à dire. Pour être juste, j'en vois de nombreuses
en même temps et l'écueil, c'est qu'il faut passer par la voix ou
l'écriture, peu importe, pour précisément mettre les choses
en œuvre. Il y a là une sorte de goulet qui ralentit tout et
n'autorise qu'un seul pas à la fois, qu'un seul mot, qu'une seule
lettre. En soi, vois-tu, Lucien mon ami, dit Mârco Valdo M.I., cela
ne me dérange pas, mais il y faut du temps. Regarde, une page comme
celle-ci, pour un blog – quasiment confidentiel au demeurant – de ce
genre prend entre quatre (c'est le minimum) et huit ou dix
heures. Ici, il a fallu d'abord trouver le sujet, puis, le traduire,
puis ensuite le copier, puis, le mettre en page, puis, il faut y
ajouter notre présente conversation et la recherche... des
photos qui vont l'illustrer.
Évidemment,
vu comme ça, si tu dois trouver tant d'heures rien que pour notre
petite conversation... et j'imagine bien que tu fais
d'autres choses que de converser avec moi. Déjà, toutes ces chansons
que tu traduis, puis aussi ta vie banale, quotidienne...
Prends
une chanson, mon bon Lucien, dit Mârco Valdo M.I.. Il faut bien
imaginer que cela prend du temps aussi. C'est un processus
très proche de celui de nos conversations. Une chanson ainsi, c'est
généralement au moins deux heures. Puis, il faut faire toutes les choses
d'une vie courante : les ménagères et les autres. Il y
a une sorte d'administration de ta vie que la société t'impose; il y
a aussi tes engagements sociaux, si tu en as – moi, j'en ai. Il faut
aussi lire parfois, il importe également de se
promener... et comme tu sais et tu le fais, il faut aussi un peu de
temps pour le sentiment... et puis aussi, pour les amis. Et bien,
souvent, j'ai à peine vu passer le matin qu'on est arrivé au
soir.
Je
comprends bien mieux maintenant. Tout ça, c'est parce que tu veux faire
des textes, des chansons... dans le fond, ce n'est pas
vraiment nécessaire, rien ne t'y oblige.
Là,
tu as à la fois, raison et tort. Dans l'absolu, évidemment, rien ne m'y
oblige. C'est tout à fait vrai. Cependant, dans ma
réalité, dans ma vie telle qu'elle se passe en moi, c'est une
nécessité impérieuse. Je pense que c'est ainsi que doivent le ressentir
les artistes, les vrais, ceux qui créent. Crois-moi, même à
ma petite façon quotidienne qu'on ne saurait en aucun cas comparer
aux tâches d'un véritable artiste, c'est quelque chose d'indispensable
et qui a vraiment besoin de prendre toute sa place. En
somme, c'est tout bêtement une sorte de respiration vitale. L'oiseau
ne peut s'empêcher de chanter, le prunier de donner des prunes...
Je
pourrais t'objecter que tu n'es ni un oiseau, ni une prune... et même
que tu es un homme et que pour ce que j'en sais, dit
l'âne en agitant sa queue d'un mouvement saccadé, répétitif, l'homme
dispose de ce qu'il appelle sa liberté, il lui est loisible de décider
de ce qu'il veut faire, de disposer de son temps. Il me
semble, en tout cas. Mais arrêtons là pour aujourd'hui et dis-moi
plutôt ce que tu me réserves comme histoire. Est-ce encore une histoire
de prisonniers, un récit d'Achtung Banditen !...
?
Juste,
mon bon Lucien, dit Mârco Valdo M.I.. Tout à fait juste. Il s'agit bien
d'Achtung Banditen !, de gens qui sont poursuivis
(en fait, furent, car c'est une histoire ancienne) comme terroristes
et par toutes les polices du royaume et même, l'armée et les bandes
armées du pouvoir. L'alerte est donnée sur des milliers de
kilomètres et... En fait, je vais te raconter cette histoire pour
donner un message d'encouragement et d'espoir aux camarades en prison (
il y a bien sûr parmi eux, notre ami Camenisch, mais bien
d'autres et dans de nombreux pays – là aussi, il y faudrait du temps
pour le dire et du temps pour l'écouter...) ou qui vivent dans la
clandestinité ou qui vivent dans des pays où règne la
terreur d'État... En fait, il n'y a des terroristes qu'à partir du
moment où existe une terreur d'État ou d'entités qui exercent du pouvoir
sur les personnes et les peuples. Le
« terrorisme » est une accusation lancée par ceux qui pratiquent la
terreur contre ceux qui essayent de s'en défendre... Tu vas voir
d'ailleurs ici qu'il ne faut pas nécessairement
utiliser des armes ou agir avec brutalité pour être considéré comme
terroriste... Mais pour ce point, je te laisse découvrir l'histoire.
Halte ! Tu t'égares. Dis-moi en quoi elle est un message d'encouragement et d'espoir pour ceux qui souffrent en prison ou qui
doivent se défendre ou se cacher pour survivre...
Et bien, Lucien mon ami, car c'est une histoire d'évasion. En clair, on peut échapper à la prison, à la terreur... Tu verras que
c'est possible, qu'il y faut sans doute du courage, de l'audace, de la ténacité... et de la solidarité.
Les prisonniers s'évadent parfois.
Une histoire italienne qui ne doit pas être oubliée.
Photo G.L.
À LA FIN DE 1926 FUT MISE EN ŒUVRE LA
FUITE DE LA « PRISON ITALIE » DE PERSONNAGES COMME FILIPPO TURATI,
CLAUDIO TREVES, GIUSEPPE SARAGAT E PIETRO
NENNI
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( tirée d'un article de l'Avanti du 30/12/2006 par Aldo Chiarle )
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Après la dissolution des
partis, après l'approbation des lois spéciales avec la fermeture de tous
les journaux d'opposition, il ne restait plus aux hommes
libres que la voie de l'exil, pour continuer à l'étranger,
en terre de France, la lutte pour la liberté et pour le socialisme.
En novembre et décembre 1926
s'évadèrent deux grands anciens du socialisme, Filippo Turati et Claudio
Treves et abandonnèrent aussi l'Italie deux
socialistes, Giuseppe Saragat et Pietro Nenni, qui après la
libération seront, pendant des dizaines d'années, les premiers acteurs
de l'idéal socialiste. Leur « fuite » d'Italie
fut douloureuse et difficile, mais c'est une page d'histoire
que malheureusement trop de jeunes ne connaissent pas.
L’évasion de Treves, Saragat et Nenni
Le
20 novembre 1926, Claudio Treves et Giuseppe Saragat s'évadèrent de la
« prison Italie ». On se rappelle leur
fuite vers la liberté avec les mots de Vera Modigliani, déjà
à Paris, et de Saragat. Vera Modigliani raconte : « Claudio Treves,
notre grand Treves, s'évada et nous rejoint en
décembre 1926 à Paris. Il entra dans la « Popote » (nous
étions dans la salle) tandis que nous nous mettions à table.
Il
n'y eut qu'un cri de tous : « Treves ». Nous allâmes à sa rencontre...
Mais il avait un visage si fatigué, si
douloureux, que nous osâmes à peine lui faire fête. Nous qui
l'avions laissé deux mois plus tôt, nous le trouvâmes changé comme s'il
s'était passé des années. Ses joues paraissaient
creuses, son visage contracté. Peut-être était-ce la
fatigue, certainement la douleur, qui lui faisait ce visage.
Il
se mit à table sans parler et il nous paraissait à peine licite de
l'interroger : Turati ? - Il n'est plus à Milan. Ta
famille ? - Elle est restée là. Comment es-tu passé ? - Par
la montagne avec Zannerini et Saragat. Il avait encore le bâton qui
l'avait aidé dans cette traversée fatigante. Il nous
regardait avec une certaine stupeur car nous tous, nous
avions l'air parfaitement équilibrés. Abandonner sa famille, abandonner
Filippo, abandonner son pays était certainement un
déchirement... Il était parti comme nous tous, poussé par
les amis, par la famille, se coupant par force de tout ce qui lui était
cher. »
Et
voici le récit de Giuseppe Saragat : « Le guide nous précédait. Treves
montait avec une respiration lourde de fatigue.
Je fermais la marche. Vers midi, un geste du guide nous
avisa que nous étions sur le point d'entrer dans la zone périlleuse. Les
ordres de Mussolini étaient formels : faire feu sur
quiconque était trouvé à circuler le long de la ligne de la
frontière. On risquait un balle ou la prison. Mais l'enjeu était la
liberté. En avant donc pour la montagne piège. Nous
traversâmes en courant la crête découverte du mont et nous
dévalâmes par le versant opposé dans les fourrés épais. La frontière
était encore éloignée d'une paire de kilomètres. J'avais
enlevé à Treves son pardessus pour qu'il puisse avancer plus
rapidement. Pour moi, cette course dans les bois était un jeu; pou lui,
qui n'était plus jeune, et plus habitué à feuilleter
des livres que de cheminer par les sentiers alpins, ce
n'était pas un mince effort. Une ou deux fois, il trébucha et tomba. Par
chance, il ne se fit pas mal. Il ne voulait pas être
soutenu pour ne pas ralentir notre marche. D'un coup, le
guide qui nous précédait d'une dizaine de pas fit un signe. Il était
convenu qu'à cinquante mètres de la frontière, constamment
parcourue par des patrouilles, nous nous arrêterions pour
reprendre souffle.
Nous
devions ensuite nous précipiter en courant vers le bois, passer la
frontière et ne nous arrêter qu'à un demi-kilomètre de
là, en dehors de la portée des fusils et de l'éventuel zèle
extraterritorial de nos anges gardiens. Il se reposa un moment et puis,
il dit : Allons. Nous fîmes signe au guide, puis nous
nous élançâmes vers la Suisse. En quelques instants, nous
fûmes à la frontière. Nous la franchîmes d'un bond sans voir âme qui
vive (nous sûmes par la suite qu'une patrouille était passée
quelques instants avant), et nous entrâmes, toujours en
courant, sur le territoire suisse. Nous nous arrêtâmes essoufflés devant
une cahute dans le bois. Nous étions sauvés. Un montagnard
aux proportions athlétiques nous offrit une tasse de lait et
un morceau de fromage. Je mangeai avidement. Une course en montagne à
vingt-sept ans met toujours en appétit. Treves ne toucha
quasiment pas la nourriture... Arrivés dans un petit
village, je téléphonai à Lugano pour avertir ces excellents camarades
qui nous envoyèrent une automobile.
Quelques
heures plus tard, nous filions à grande vitesse par la route qui longe
le lac vers cette gracieuse ville. Le lac
était tempétueux. Suffoqué par les montagnes, suffoqué par
le vent, il se débattait avec une fureur désespérée comme un prisonnier
qui veut se libérer. Le lac a raison, murmurait Treves,
le lac a raison. Notre ami luganais qui était avec nous dans
l'automobile ne comprenait pas. Je serrai avec dévotion la main de mon
maître : si, Treves, le lac a raison. » Et
quelques jours après, avec une autre aventure difficile,
Pietro Nenni aussi abandonnait l'Italie et arrivait à Paris.
Photo G.L.
La “fuite” de Filippo Turati
Fin
novembre 1926 : à Milan, la bande noire parcourait les rues de la ville
en portant des écriteaux qui demandaient , après
celle de Matteotti, la tête de Turati. Les menaces fascistes
contre le père du réformisme italien se multipliaient et les
persécutions se faisaient toujours plus impudentes. es amis les
plus proches, ses camarades craignaient pour lui et à son
insu, ils étudièrent et préparèrent un plan pour sauver le maître. Parmi
les « conjurés » qui prirent cette grave
responsabilité, il y avait Carlo Rosselli, Ferruccio Parri
et Italo Oxilia. Filippo Turati ne voulait pas abandonner l'Italie; il
voulait encore lutter et seule la violence filiale de
Carlo Rosselli réussit à vaincre sa réticence. Le Maître
sentait que son voyage serait sans retour. La fuite de Milan se déroula
sans incidents, malgré l'intense surveillance de la
Police, qui pendant bien cinq jours fut trompée et continua à
monter la garde devant la maison vide. L'alarme fut donnée le sixième
jour et un inspecteur général débarqua à Milan.avec
l'ordre spécial de Mussolini de retrouver Turati coûte que coûte.
Tous
les postes de carabiniers furent mobilisés. Manquée la tentative
d'expatriation par terre, les amis de Turati choisirent
la voie de la mer, mais la Riviera ligure était en état
d'alerte. Le commandant Italo Oxilia, homme de mer, qui s'était rendu à
Gênes pour acheter un bateau fut, au retour, arrêté aux
portes de Savona par une patrouille de soldats avec des
fusils pointés; des vedettes armées croisaient continuellement dans les
eaux territoriales et au large de la côte de Gênes à
Vintimille. Cela étant, la nuit du 11 et 12 décembre 1926,
comme il avait été établi, on partit. C'était une nuit glacée et
pluvineuse : une petite compagnie prit la route de Valleggia,
où était hébergé Turati, vers Porto Vado, lieu fixé pour le
départ. La compagnie était composée de trois personnes : deux jeunes
femmes donnaient le bras à un homme d'âge avancé, au
visage enveloppé et presque caché par une écharpe de laine.
Le petit groupe avait laissé le village et se dirigeait vers la route
Aurelia en direction du lieu fixé pour le rendez-vous
avec le bateau. À mi-chemin, la compagnie à laquelle
s'étaient ajoutés Carlo Rosselli, Ferruccio Parri et Sandro Pertini,
abandonna la route et après une brève déviation, se cacha dans
les profondeur d'un fourré de genêts.
Tout
à coup, des voix retentirent out près et on entendit l'ordre Halte. Une
autre voix avec un ton calme et tranquille
répondit. C'était une patrouille de la douane qui avait
surpris le bateau. Le pilote parlait de panne de moteur, de répartition
et assura qu'il continuerait bientôt en direction de
Savona. Le bruit d'un moteur s'éloigna, un bref bruissement
qui se perdit dans le bruit du ressac et puis, plus rien.
Le
plan avait-il échoué ? Le temps passait et l'attente devenait
insupportable. Finalement, le bruiit d'une voiture
s'approcha. C'était un taxi; en descendit un homme qui se
dirigea directement vers les buissons : c'était le commandant Italo
Oxilia qui venait chercher Turati et les autres. La surprise
de la douane avec envoyé en l'air le plan prévu avec tant de
soin. Il fallait choisir un aute endroit pour l'embarquement. On arriva
à Savona, dans la localité de Pesci Vivi. Il pleuvait
fortement et dans le restaurant voisin, les fascistes avec à
leur tête Lessona fêtaient et trinquaient à Mussolini rescapé quelques
jours auparavant à l'attentat de Bologne.
Turati
et tous les « fuyards » passèrent devant le restaurant un par un et
montèrent dans le bateau. On détacha
l'amarre et on partit. Ils furent bien rapidement hors du
port de Savona. Tout s'était bien passé. Ils firent route sur la Corse,
ma le bateau n'était certainement pas un des plus
indiqués pour une traversée semblable. À la barre : Oxilia;
le secondaient dans les manoeuvres son frère Giacomo, Lorenzo Da Bove et
Emilio Ameglio.
Turati,
légèrement fatigué, était à la proue et souriait. Parri et Rosselli un à
la proue, l'autre à la poupe, avec un seau
travaillaient continuellement pour écoper l'eau qui à chaque
vague inondait la barque. Un vent violent de sirocco rendait la mer
encore plus agitée et la navigation difficile. M^me la
boussole ne fonctionnait pas et Oxilia traça la route à
l'aide des étoiles. Une vague plus violente remplit l'embarcation et
noya le magnéto. Le moteur s'arrêta et commença un travail
fébrile de démontage et de remontage. Finalement, le moteur
repartit, mais aux premières lueurs de l'aube on ne voyait encore que le
ciel et la mer.
Carte
à la main, on s'employa à la reconnaissance de la côte : voilà, le Cap
de la Morsetta, le Cap d'Azzo sur la côte Nord
occidentale de la Corse. On entra dans le port de Calvi et
on s'amarra au quai. Turati était sauf., mais l'accueil ne fut pas des
meilleurs. Les douaniers arrêtèrent le groupe, en criant
que c'étaient des espions fascistes. Mais Turati dit son nom
et une grand émerveillement se dépeint sur le visage du commandant. Le
préfet d'Ajaccio fut immédiatement averti et sa réponse
fut rapide : les nouveaux venus devaient être considérés non
comme des prisonniers, mais comme des amis de la France libre. Dans
l'après-midi du jour suivant le débarquement, la compagnie
se sépara. Turati et Pertini devaient partir par le postal
du soir vers Marseille, tandis que les autres devaient rentrer en
Italie.
À
quinze heures, Oxilia actionna le moteur et Turati, tête découverte
avec le visage strié de larmes, faisait se la main
l'ultime salut. La destination du bateau était La Spezia. À
cinq heures du matin, la côte et on alla vers Marina di Massa où Parri
et Rosselli avaient des mais. Mais ils n'avaient pas
encore mis pied à terre qu'ils furent immédiatement arrêtés;
Oxilia fut très rapide à relancer le moteur et à faire toute sur La
Spezia, dans le port de laquelle ils entrèrent et
amarrèrent juste à côté de la capitainerie du port.
Da
Bove descendit en ville pour acheter des habits qui permettent à ses
camarades de se changer et de ne par paraître
suspects? Mais il fut reconnu et arrêté. La faute était aux
journaux; un accord précis avec les journalistes corses et en
particulier avec ceux de l'agence « Havas » prévoyait
que la nouvelle de l'expatriation de Turati devait être
tenue secrète pendant trois jours, mais la promesse ne fut pas tenue.
Italo Oxilia chercha à repartir pour la Corse, mais il ne put
le faire à temps car un groupes de soldats fit irruption sur
le quai en séquestrant le bateau. Il réussit à fuir et il fut accueilli
chez des amis sûrs pendant quelques jours; le 31
décembre, il rejoignait à skis, à travers de Chaberton1
en terre France, ses
camarades de confiance et de lutte et il organisa avec
Gaetano Salvemini et Alberto Tarchiani, la farce des Lipari qui rendit
la liberté à Rosselli, Lussu et Nitti.
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1Chaberton : Le Mont Chaberton (3.131 m.) se trouve sur la commune de
Montgenèvre et est aisément reconnaissable à sa forme pyramidale et à son sommet plat.
Il est également usuellement nommé Chaberton. Jusqu'en 1947, le Mont Chaberton faisait partie intégrante de l'Italie. Avant la seconde guerre mondiale, les troupes italiennes y ont construit une batterie de huit tourelles surmontées de canons, tournées vers la France et Briançon défendant ainsi le passage du col de Montgenèvre. Pour cela, les soldats et ingénieurs ont réalisé une route depuis le village de Fénils (Val de Suse) et ont "abrasé" le sommet du Chaberton afin de créer un glacis défensif des tourelles. Le fort, parfois surnommé, "fort des nuages", faisait l'orgueil des militaires italiens, et était réputé, à l'époque, comme le plus haut et l'un des plus puissants du monde. Quelques jours après l'entrée en guerre de l’Italie, en juin 1940, guidés par les observateurs du fort du Janus la batterie italienne fut détruite par les tirs de l'artillerie française (154e Régiment d’Artillerie de Position). A l'issue de la guerre, le vallon des Baisses, le sommet du Chaberton et la batterie furent annexés par la France, déplaçant, de fait, la frontière.
Il est également usuellement nommé Chaberton. Jusqu'en 1947, le Mont Chaberton faisait partie intégrante de l'Italie. Avant la seconde guerre mondiale, les troupes italiennes y ont construit une batterie de huit tourelles surmontées de canons, tournées vers la France et Briançon défendant ainsi le passage du col de Montgenèvre. Pour cela, les soldats et ingénieurs ont réalisé une route depuis le village de Fénils (Val de Suse) et ont "abrasé" le sommet du Chaberton afin de créer un glacis défensif des tourelles. Le fort, parfois surnommé, "fort des nuages", faisait l'orgueil des militaires italiens, et était réputé, à l'époque, comme le plus haut et l'un des plus puissants du monde. Quelques jours après l'entrée en guerre de l’Italie, en juin 1940, guidés par les observateurs du fort du Janus la batterie italienne fut détruite par les tirs de l'artillerie française (154e Régiment d’Artillerie de Position). A l'issue de la guerre, le vallon des Baisses, le sommet du Chaberton et la batterie furent annexés par la France, déplaçant, de fait, la frontière.
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