23 avril 2013
ISLAMOPHOBIE,
CHRISTIANOPHOBIE,
ATHÉOPOHOBIE : L'ESCALADE DE
L'HORREUR
Version
française des Dernières
Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et
Rationalistes. (22 avril 2013) : ISLAMOPHOBIE, CHRISTIANOPHOBIE,
ATHÉOPOHOBIE : L'ESCALADE DE
L'HORREUR
Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/04/22/islamofobia-cristianofobia-ateofobia-la-scala-odio/
Dans
les pays où le combat laïque
organisé s'est développé avec un certain succès sur le plan
institutionnel, il fut pensé dans ces termes où l'on mesure la laïcité à
son occupation du territoire public. Il n'était que de
considérer la place que l'on avait conquise dans l'espace commun et
on vivait ainsi plus soucieux de reconnaissance ; c'est d'ailleurs
encore le cas. Dans d'autres pays, par contre, les
choses n'en sont pas au même point et la laïcité n'existe même pas
en tant que telle. Les laïques sont tous simplement des non-êtres, de
non-citoyens. Souvent pour survivre, ils doivent se
fournir de la barbe de religieux et se la coller au visage. Bref,
ils doivent faire semblant de se rallier à l'opinion dominante.
L'athéisme tient là-bas de la résistance clandestine. Entre ces
deux états de la laïcité, la reconnaissance et la clandestinité, il y
a évidemment toute une gradation possible. Entre les deux extrêmes que
sont la tranquillité conquise et la peine de mort, on
vit plus ou moins bien. Sans compter qu'on pourrait trouver en
cherchant bien des formes de ghettoïsation, d'assimilation, de
compromis... Parfois même, étonnantes. Pour rester dans l'aire
envahie apr la chrétienté, on a vu des athées convaincus se faire
enterrer avec toute la pompe ecclésiastique. Par peur de quoi ? Et pour
quel bénéfice ? On ne sait. Mais une fois mort,
le ridicule ne vous tue plus. De cela, on peut être certain.
Une
vision large, disons
internationaliste de la laïcité, permet et oblige à tenter d'établir
une carte de la planète laïque, avec par endroits, des colorations
inquiétantes tirant sur le rouge sang. On aurait ainsi un
planisphère ou une mappemonde de la liberté de pensée. D'intuition,
les territoires où elle fleurit sans contrainte devraient être très peu
nombreux et d'une extension
réduite.
Phobie
comme suffixe désigne la crainte, la peur et même, la terreur...
irrationnelles. Ainsi en va-t-il de l'arachnophobie, la crainte, la
peur, la terreur des
araignées ; par ailleurs, charmantes bestioles tout-à-fait
incapables et même pas désireuses de faire tort à l'humain. Que dire de Ailurophobie– Peur
des chats, Alektorophobie– Peur des poulets,
etc ?
Retenons
crainte irrationnelle et
revenons à nos moutons : islamophobie, christianophobie et
athéophobie et constatons ici aussi que ce n'est pas celui qui devrait
en bonne logique trembler le plus qui en est atteint. Un
pays empli d'athées ne souffre évidemment pas d'athéophobie... Un
pays emplit de catholiques ne développe pas volontiers de
christianophobies – encore que, mais laissons de côté les massacres
d'Albigeois (d'Albi), de cathares, de vaudois, de protestants,
etc... Au gré des Églises ou des sectes selon comment on les regarde. En
fait, tout ceci revient à montrer qu'on a peur du
minoritaire et au besoin, on le lui fait bien sentir et toujours,
pour d'obscures raisons, tellement obscures qu'on ne sait trop si elles
existent véritablement. Mais en résumé,
l'oppression : du mépris jusqu'à la mort , frappe ceux qui sont
marqués au sceau de la phobie. Tel est le sujet de l'article de l'UAAR.
Pour
le reste, il y a lieu de
réfléchir la laïcité dans le monde et si j'osais ce paradoxe, de la
théoriser, de lui donner une théorie... Ne fût-ce que pour comprendre
d'où viennent les coups, comment s'en préserver et
comment y parer. Ce qui n'est pas un mince sujet. Et là, comme on
dit, on n'est pas sorti de l'auberge.
On
ne peut pas nier l'existence de
victimes. Mais on ne peut ne pas plus nier l'existence du
victimisme. Récemment nous avons discuté d'islamophobie et de
christianophobie. Mais nous aussi, athées et agnostiques, nous ne
renonçons
pas à présenter des rapports à l'Onu sur les discriminations que
nous subissons. Il l'a fait l'IHEU (Internationale Humainiste Europe),
dont il fait partie l'Uaar où elle représente l'Italie, et
l'Uaar elle-même, en parlant d'« athéophobie » à l'occasion de
déclarations manifestement discriminatoires comme celles de l'ex
ministre des Affaires étrangères Franco Frattini. Y
a-t-il du sens à employer ces termes ?
Le
refus de la différence vient de la
nuit des siècles. Il pourrait même avoir des origines biologiques,
en regardant comme fonctionnent les sociétés de nos cousins primates.
L'anthropologie a depuis longtemps mis au point le concept
d'« ethnocentrisme » pour définir l'évaluation des autres cultures à
partir de la sienne : une évaluation, bien entendu, presque partout
négative. La réalité positive est celle de la
communauté, de l'ingroup, du Nous, et elle s'arrête aux frontières
du village. Dehors ce sont les Autres, différents :ils ne représentent
pas seulement une menace potentielle, mais ils
constituent même la représentation de ce que la communauté n'est
pas, un modèle négatif sur lequel forger son identité et donc, garantir
l'homogénéité.
Les
religions ne fonctionnent pas
autrement : elles sont un élément identitaire très fort, juste après
la langue. Et elles tendent, plus ou moins toutes, à l'homogénéité. On
entend souvent dire que les religions sont un phénomène
cohésif : certes, mais seulement parce qu'elles imposent
l'homogénéité. Il faut faire des efforts pour trouver des confessions
majoritaires favorables au pluralisme pas seulement dans les mots,
mais aussi dans la pratique. Le dissident est toujours plus ou moins
excommunié et là où la législation se guide sur la doctrine, il est
même puni par le bras
séculier.
Les
sociétés démocratiques, toutefois,
sont telles précisément parce qu'elles définissent le pluralisme
comme valeur. Au bout du compte, les conflits État – Église prennent
tous racine dans la tentative d'empêcher que les doctrines
religieuses exclusivistes ne deviennent des lois applicables à tous.
L'affirmation
du pluralisme comme valeur
doit toutefois s'accompagner d'un concept aussi important : celui de
l'égalité face à la loi. Qui ne doit pas être conçue comme si toutes
les croyances, les opinions et les comportements avaient
la même valeur, mais du fait qu'aucune croyance, opinion et
comportement ne peut jouir de privilèges spéciaux de par la loi. Une
mauvaise conception du multiculturalisme peut porter à de faciles
accommodements vis-à-vis des demandes les plus absurdes, à justifier
des exceptions au droit seulement sur la base de l'appartenance
religieuse.
Une
attitude assez répandue parmi ceux
qui sont les plus sensibles face au « différent », mais qui souvent
obtient des résultats opposés à ceux souhaités par ses partisans. Au
« différent », il ne doit pas
être demandé de s'adapter, mais sa prise de distance doit être
claire vis-à-vis de comportements et d'idéologies liberticides et il
doit être aussi clair que sa demande de privilèges exclusifs
risque d'exacerber les conflits, plutôt que de les calmer. Dans le
cas contraire, le « différent » qui se présentera avec de si mauvaises
prétentions apportera seulement de
l'eau au moulin des identitaires, qui aiment attaquer les autres
identitaires. Ce n'est pas en se cachant la tête dans le sable imaginant
de les changer qu'on pourra résoudre un problème
atavique.
John
Stuart Mill le notait déjà, il y a plus d'un siècle et demi : « La pire
erreur consiste à classer les opposants comme moraux et immoraux. [...]
En général,
les opinions minoritaires peuvent espérer être écoutées seulement en
employant un langage minutieusement modéré et en évitant avec soin
d'offenser inutilement quiconque, s ouspeine de perdre du
terrain à chaque minime déviation par rapport à cette ligne ; tandis
que, employé du côté de l'opinion prédominante, la vitupération la plus
déchaîné est une force de dissuasion réelle, qui
détourne les gens de professer des opinions non-conformistes et
d'écouter qui les professe ». Volens nolens, seul un surplus
d'engagement du « différent » contribuera à éviter soit
l'assimilation forcée, soit l'éternel conflit.
Car
le conflit, sauf de rares cas, a lieu entre une communauté majoritaire
et une ou plusieurs communautés minoritaires. Avec la première qui,
toujours sauf dans de
rares cas, exploitera sa position pour attaquer qui n'en fait pas
partie (et par « attaquer », nous n'entendons pas évidemment la critique
légitime exprimée pacifiquement). Si nous
voulons donner un sens à des mots qui se terminent par -phobie, il
sera utile utiliser une échelle. Il existe en effet une échelle de la
haine : elle démarre de la création et de la diffusion de
stéréotypes négatifs, monte par la considération d’infériorité,
poursuit avec les diabolisations publiques, arrive à la demande de
discriminations législatives et aboutit enfin dans la violence,
soit privée soit, de manière encore plus intolérable, à légaliser et
prescrire des condamnations à mort.
Si
telle est l'échelle de la haine, il devient évident que ceux qui ont le
moins de raison de crier à la persécution, ce sont les musulmans : car
c'est seulement dans
les pays à majorité musulmane qu'est prévue la peine de mort pour
qui ne pense pas (plus) de la même manière. Les chrétiens, qui eux aussi
la prévoyaient et la revendiquaient dans le passé,
maintenant se sont (ont été) calmés. Les organisations représentants
athées et agnostiques ne l'ont jamais demandée. Et ce plus grand
respect est attesté même par des enquêtes, comme le World
Value Survey, qui montrent que les croyants n'ont pas moins de
problèmes à avoir comme voisins des personnes avec une opinion
« différente » sur la religion. Mais aussi sur les
immigrés, les filles mères, les homosexuels.
À
propos. À bien y regarder, ils ces
derniers sont vraiment les plus discriminés. La peine de mort à leur
encontre est prévue dans divers pays islamiques. Et dans tant d'autres,
comme l'Italie, l'homophobie n'est même pas
explicitement sanctionnée.
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