26 novembre 2008
Tiens voilà Lucien, on t'a pas vu de la semaine... Tiens voilà Lucien... chantonne Mârco Valdo M.I., tout en se balançant d'un
pied sur l'autre, manière comme une autre de signifier la bienvenue à un ami. Une sorte de petite danse...
Salut,
oh grand Mârco Valdo M.I.. , je suis bien content de te voir et je te
salue, dit Lucien l'âne en balançant la tête en guise
de salut réciproque. Figure-toi que j'ai eu bien du mal à venir à
temps jusqu'ici, car tu vois bien la taille de mon nez et la largeur de
mon crâne, et bien...
Et
bien quoi ?, mon cher ami Lucien. Que t'est-il arrivé qui concerne tant
ton nez – dont je reconnais volontiers qu'il est bien
grand et ton front, dont je reconnais aussi qu'il est fort large ?
En quoi ont-ils à ce point perturbé le cours de ta journée ?
Si
ce n'était que la journée, mon bon Mârco Valdo M.I., mais l'affaire m'a
tenu toute la nuit éveillé. Donc, je reviens à mon nez
et à mon crâne et à ton imagination... Imagine, mon bon Mârco Valdo
M.I., imagine... qu'il y a là-dedans des sinus et que lorsque je suis
atteint par un rhume ou qu'il s'y déclare une
inflammation, une infection, que sais-je... C'est très douloureux et
je ne sais comment m'en débarrasser. Et bien, c'est précisément ce qui
m'est arrivé dès hier soir en rentrant chez moi. Et
bien entendu, comment veux-tu que je me mouche et pour ce qui est
des remèdes, je n'en connais aucun. J'aurais bien mâchouillé quelques
branches de saule, mais pour cela il eût fallu sortir et
courir au bord de la rivière. Je n'en avais ni le goût, ni la force.
Tu sais ce que c'est quand on est malade...
Oui,
oui, je vois bien tout ça. Mais enfin, je n'imaginais même pas qu'un
âne pouvais souffrir du rhume ou de la sinusite. A la
réflexion, mon pauvre Lucien, je me dis que ça doit être assez
épouvantable et j'en ai des frissons pour toi. Je comprends bien que tu
ne te sois pas précipité dans la nuit, avec ce froid et
cette humidité à la rivière. Mais au fait, tu penses vraiment que de
mâchouiller du saule t'aurais aidé...
Certainement,
mon cher Mârco Valdo M.I., c'est d'ailleurs ce que j'ai fait depuis le
matin quand j'ai eu le courage de sortir avec
ma tête pleine de cloches énormes, avec mes difficultés
respiratoires et ces frissons de fièvre qui me hantaient. Je suis allé à
la rivière et j'ai mastiqué des branches de saule – feuilles
comprises, pendant des heures. Si j'avais pu trouver des coquelicots
ou des pavots, j'aurais fait de même, mais à cette saison, ils sont
rares. C'est dommage, car ce sont d'excellents
antidouleurs. Alors, il ne me restait que le saule et son excellent
acide salicylique...
Quelle
bonne idée, tu as eue... Lucien, mon copain. En somme, tu as pris
l'équivalent d'une ou plusieurs aspirines. Et le résultat
?
Bof,
dit Lucien l'âne en dodelinant de la tête, ça commence à aller. J'ai un
peu l'impression que tout le brouillard de la rivière
se balade dans mon crâne, mais en somme, ça va.
N'aurais-tu
pas encore fait la fête avec tes copains, Lucien ?, demande Mârco Valdo
M.I.. Car tu sais, le lendemain de fêtes, on a
parfois des sensations du genre de ce que tu me décris là...
Oui,
je sais,dit Lucien l'âne aux yeux embués et au nez tout trempé, vous
appelez ça, la gueule de bois... Mais je t'assure, mon
cher Mârco Valdo M.I., que cette fois, c'était bien un rhume. Et je
ne parle même pas des éternuements que j'ai dû faire pour me dégager.
Oui,
oui, j'imagine, dit Mârco Valdo M.I.. Enfin, j'essaye de ne pas trop
imaginer la chose... Disons que je compatis. Je
t'entends d'ici, une vraie fanfare. Et pour te consoler, je vais te
raconter la fin de l'histoire qui se passe à Pinello, tu sais, ce petit
village de Sardaigne où s'affrontent les deux cercles :
le Cercle de Lecture et le Cercle prolétarien. Compte tenu de ton
état, je ne vais pas faire traîner la chose. Allons-y.
Comme à l'habitude, je reprends à la fin de l'épisode précédent...
Secundo
: écrire, faire imprimer et afficher un manifeste public de
protestation. Mission à confier au professeur Caïo, apprécié pour
ses poésies lyriques, et pour cela tout à fait apte à stigmatiser de
mots destructeurs "les blasphèmes subversifs de l'ordre constitué". La
phrase, prononcée par Monsieur Filippo, maréchal des
carabiniers royaux à la retraite, plut à tous. "Par son ton qui
frappait comme le marteau sur l'enclume", souligna le professeur Caïo.
(Suite au prochain épisode)
Au Cercle
Le
prof. Serri dott. Caïo – comme on lisait sur les cartes de visite
"bristol" qu'il n'oubliait jamais de laisser noblement à chaque
nouvelle connaissance – au village était plus communément appelé
"dottor ca…"
On ne
doutait pas que l'auteur de ce surnom, si peu révérencieux, était le
même avocat Giri, le social-démocrate, un blagueur qui
cachait derrière son ironie son envie vis-à-vis de le brillant
succès de certains vers du professeur dans le périodique de l'évêque.
La mère
de Caïo Serri, l'épicière veuve de guerre, avait volé sur le poids et
sauté son repas pendant plus de dix ans, pour faire
étudier son fils; et elle lui avait fait, comme on dit, le cul sur
la chaise, pour qu'il se diplôma en lettres.
"Mon
fils", lui avait-elle dit et répété dès l'enfance, "dans la vie, pour
faire son chemin, il faut toujours dire oui oui et non non
… Écoute, regarde et sois muet. Celui qui a commandé hier, commande
aujourd'hui et commandera demain.
Déjà
lorsqu'il était étudiant en moyennes supérieures, il se mêlait au groupe
du Cercle; un soir où, se glissant parmi les autres, il
avait réussi à les précéder tous pour payer le compte au bariste1, il avait couru chez lui
satisfait pour le raconter à sa mère. Elle, en l'admirant, s'était exclamée : "Fils béni, tu en feras du chemin…"
Et du chemin, en vérité, il en avait fait un bout et il continuait à en faire encore avec une chaire d'école moyenne distante de
Pinello de plus de trente kilomètres.
Désormais, il a atteint toutes ses aspirations. Il continuait cependant à soigner sa culture avec des lectures des
classiques.
Le
prof. Caïo, depuis qu'il avait découvert les lyriques de Garcia Lorca
était devenu moins assidu au Cercle. Il tenait pour lui sa
découverte, bien entendu, car il n'était pas convenable de donner
les perles aux cochons. Il révérait mais méprisait ces gens présomptueux
et ignorants qui mesuraient l'homme à des sacs de blé et
à des pieds de vigne.
Quand il avait obtenu sa licence, sa mère avait été dans toutes les maisons dignes du nouveau rang de son fils pour déposer ses
invitations. Ç'avait
été une fête mémorable à Pinello. Elle avait nettoyé et rhabillé les
grands parents de la tête aux pieds et ainsi
harnachés, elle les avait fait asseoir dans un coin. Annuncia et
Rina, des voisines de la maison, s'étaient prêtées pour faire les
servantes, avec la très vive recommandation de ne pas oublier de
dire "dottore" en adressant la parole au héros de la fête.
Appeler
"dottore" son propre fils était la grande satisfaction qui la payait de
tant d'années de sacrifices et de privations. Si elle
allait à la boutique acheter deux sardines, "Fais attention, Enrico,
des belles et des grasses, c'est pour le dottore", disait-elle. Ou
bien, aux voisins : "Le dottore se repose. Eh, le dottore …
le mérite bien lui, son repos, après toutes les études qu'il a
faites à l'université !" L'Université, dans son imagination, était un
lieu sacré, un merveilleux temple, où à des adeptes peu
nombreux et fortunés, on prodiguait, par le biais d'une magie, une
grâce spéciale, une onction capable de transformer un pêcheur fraudeur
des maris en brigadier des douanes. Il lui était
quelquefois arrivé de l'appeler elle-même ainsi : "Aujourd'hui,
dottor Caïo, vous devez vous contenter de la soupe aux pois !" Et son
fils, en la regardant, la rabrouait avec bienveillance :
"Enfin, Maman, il ne faut pas exagérer…"
Il
passait de nombreuses heures de son temps derrière son bureau – le
premier meuble acheté à crédit après son premier salaire – qui
en imposait encore plus, brillant et massif, dans la petite pièce
aux murs courbes de briques crues. Il y recevait les gens harcelés que
sa mère lui amenait afin qu'avec sa culture, contre
paiement, il résolut et il aplanit les situations les pus
disparates.
Il
était venu une fois un chevrier pour le prier d'intervenir dans sa
controverse avec un paysan à propos du chemin de pacage. "Un
dottore comme mon fils sait tout, il a tout étudié", disait
l'épicière à ses commères. Et le professeur Caïo pour se tenir à la
hauteur de son titre, se chargeait d'une responsabilité trop grande
pour lui. Il parlait et parlait pendant une bonne heure – son
visiteur restait debout, intimidé, avec son béret sous l'aisselle,
devant l'énorme bureau – avec beaucoup de citations grecques et
latines, il laissait, la plupart des fois, les choses comme elles
étaient.
Rentré du cercle, après la réunion plénière, il prévint sa mère : "Je ne veux être dérangé sous aucun motif !"
La rédaction du manifeste l'occuperait, pour le reste de la soirée.
A
minuit, sans avoir bougé même pour le repas, soutenu par les cafés que
sa mère obligeamment lui portait directement dans la
cafetière, après avoir feuilleté divers textes d'histoire et un
recueil de sentences latines, il revoyait le brouillon du manifeste
pendu au mur avec deux punaises.
"NON
PRODEST AD CONCORDIAM CIVITATIS " lisait-on à la première ligne. Puis, à
mi-parcours : "Jusqu'à quand, ô ville élue, subiras-tu
sur ton sol vierge la honte et la risée de hordes vandales rouges ?"
Et au bout : "La chrétienté, se souvenant de Roncevaux et de Lépante,
arrêtera encore une fois, à Pinello, les armées de la
Barbarie !"
*****
Les
armées de la Barbarie, Monsieur Cicala, le maître Riccio, Cesarino et
Fabio, deux frères ouvriers agricoles, et Gigi, le
maréchal-ferrant arrangeaient à ce moment les locaux de leur Cercle à
la lumière de bougies. L'électricien, créature de don Crispino, sous le
prétexte que "les choses doivent se faire dans
l'ordre et la loi", avait repoussé la demande de raccordement car il
manquait la vignette réglementaire.
Ils s'étaient procuré une table, un fauteuil et quatre chaises apportés par chacun d'eux de leur maison et un comptoir acheté au
bistro qui l'avait remisé dans sa cour.
Le
percepteur, notant la pauvreté du mobilier, d'autre part en accord avec
l'esprit de son initiative, après une longue hésitation,
s'était décidé à transporter au cercle fauteuil et peinture. Il
voulut en outre accompagner personnellement les porteurs pour éviter les
dommages.
La victoire lui parut complète, quand, complètement épuisé par sa journée mouvementée, il s'assit détendu devant la "Prise de la
Bastille" qui bénéficiait d'une bonne lumière face à la fenêtre.
Les quatre membres s'asseyaient au comptoir du bistro posé devant la fenêtre.
"Et maintenant que tout est en place", dit-il, "il faut donner son nom à notre Cercle."
" Un nom qui indique un programme" précisa le maître Riccio.
Après une longue discussion entre le percepteur et le maître, il fut décidé de l'appeler " Cercle Prolétarien Révolutionnaire".
L'adjectif révolutionnaire sembla excessif et désuet; c'est pourquoi, on décida de le supprimer.
La classe ouvrière approuva, un peu ennuyée, d'un signe de tête.
*****
Le
samedi soir, veille de l'inauguration, l'avocat Giri, le
social-démocrate, s'était posté au coin du tabac, en attente du maître
Riccio.
En ce
qui concerne la mission qui lui avait été confiée, il ne doutait pas du
tout de ses propres capacités à convaincre;il doutait,
cependant, de la capacité de compréhension d'autrui.
Socialiste
humanitaire libéral, comme il se définissait, l'avocat Giri aimait la
compagnie, les liqueurs et les filles. Il exprimait
sa vocation sociale par des boutades caustiques, par lesquelles il
clouait hommes et femmes du village "au drame", disait-il, "de leur
condition humaine et à la conscience de leur responsabilité
civique". Un soir où Gigi, le maréchal-ferrant, s'était senti
humilié en public, sans pouvoir réagir à la volubilité débridée de Giri,
il l'avait étendu d'un coup de poing. (C'est pour cette
raison que Gigi avait accepté immédiatement d'entrer au cercle
révolutionnaire)".
L'avocat
méprisait les Pinellais, "une abonde de canailles", incapables
d'utiliser leur cerveau; mais par son humanitarisme, il
s'unissait souvent à des cliques de tous niveaux. Il se
différenciait de la foule par des phrases pour la plupart énoncées avec
un petit rire sarcastique, par sa façon bizarre de se vêtir –
toujours en habit clair avec une cravate noire. Il fumait des "Alfa"
– il rappelait à ses amis que le Ministre Untel les fumait aussi – "les
seules cigarettes qui me satisfont,; les autres sont
pour les dames !" disait-il en en sortant une de son étui d'argent
et en l'enfilant sans un long porte-cigarettes noir.
Il se
vantait de la paternité d'au moins la moitié des surnoms portés par les
Pinellais. C'était une spécialité, la sienne, qui le
rendait craint et respecté aussi par ses vingt-sept collègues de la
préture2 de Chiaro, où
il exerçait sa profession.
Quand le maître Riccio passa devant lui, il avait déjà sa phrase prête : "Tu cours aux barricades, nouveau Lénine ?"
L'autre
s'arrêta, embarrassé, cherchant inutilement à répondre sur le même ton.
Et il fut bien heureux de pouvoir se tirer d'affaire
en acceptant l'apéritif que l'avocat lui offrait.
Ils
s'assirent dans le coin le plus discret du bar. Le maître cherchait à
fuir le sourire mêlé d'ironie et de commisération par
lesquels il se sentait défié. Pour sortir d'embarras, en criant
d'une voix de stentor, car dans le bar et dans les bistros de Pinello,
les gens avaient l'habitude de crier sans raison, il dit
:
"Il y avait un bout de temps que nous nous étions vus…"
"Hommes
et bêtes se rencontrent toujours." Répondit l'autre en paraphrasant.
Puis, il alluma une de ses cigarettes pestilentielles, il
ajouta : "J'ai entendu dire que tu t'es mis à la politique …" Il
laissa tomber ses mots, sans bruit, en aspirant une bouffée de fumée.
"Au fond, chacun est libre d'avoir les idées qu'il veut. Je
suis libéral parmi les libéraux, à ce propos…quand même tu pourrais
être le disciple d'un meilleur maître."
Piqué,
le maître répondit : "Mes idées à moi, je ne les prends dans la tête de
personne ! Je ne suis pas de ceux qui se laissent duper
par le premier venu, moi."
"Je ne
dis pas non. Cependant, dis-moi avec qui tu vas et je te dirai avec qui
tu es. Monsieur Cicala est un filou qui se sert de toi
pour lui tirer les marrons du feu. S'il devait y avoir des pattes
brûlées, ce seront naturellement les tiennes … Et puis, te rends-tu
compte qu'il ne possède pas le sens du ridicule ? Lui et son
histoire d'ouvrir un Cercle… tout à fait risible !"
"Risible … Je ne dirais pas … et le Cercle de don Crispino, votre cercle, est moins ridicule, peut-être ?"
"Il
l'est… mais après trente-sept ans de vie même les institutions les plus
ridicules deviennent sérieuses. La tradition est partout
dans les pratiques humaines… A Pinello, il n'existe pas de tradition
marxiste ! – et pour cela, un Cercle marxiste est seulement ridicule."
Le maître Riccio le regarda de biais après être resté pensif.
"Où veux-tu m'emmener avec cette discussion ?"
"Je croyais que tu étais y déjà arrivé !"
"Désormais,
on y est. C'est une expérience que je veux faire. " soupira le maître.
"Si les choses tournent mal, il sera toujours temps
de revenir sur mon opinion et de faire marche arrière…"
"Si tu
le peux !" conclut l'avocat Giri avec un sourire qui disait tant de
choses, mais qui au maître paru vouloir dire : " Pauvre
nigaud !". C'est pourquoi il s'en sortit penaud, travaillé d'une
crise profonde dans son cœur.
*****
Le Bariste
Le dimanche matin, on inaugura le Cercle Prolétarien Révolutionnaire.
Monsieur Cicala, en se tenant continuellement sur le seuil, jubilait en lançant des coups d'œil provocateurs à ceux du cercle de
lecture qui, sans en avoir l'air, suivaient de leur place chaque mouvement des bolcheviques.
La
table était préparée pour le coup de l'inauguration. Les frères Cesarino
et Fabio avaient apporté une bouteille de vin blanc et le
maître un cornet de macarons faits à la maison.
Le
discours du percepteur, fait le verre à la main, les neufs du Cercle
adverse l'entendirent aussi et ils le soulignèrent de boutades
salaces et de risées goguenardes.
Ils
durent retenir par la force don Crispino, décidé à intervenir avec son
alpenstock pour mettre fin à la provocation, quand monsieur
Cicala prononça la phrase : " d'ici partira le mouvement du peuple
travailleur de Pinello, exploité par d'ignobles capitalistes." Ils le
convainquirent de faire un discours en réplique. Ils
applaudirent à se peler les mains, quand, monté sur la table, il
porta la contradiction.
Une
heure plus tard, ennuyé de voir toujours les mêmes gens passer et
repasser dans la rue et influencé par ceux du Cercle d'en face,
qu'il voyait occupés béatement à jouer aux "tarots", Gigi le
maréchal-ferrant tira de sa poche un paquet de cartes presque neuf et
proposa : "Pourquoi ne ferions-nous pas nous aussi une petite
partie, à celui qui paye le café ?"
Monsieur
Cicala, les cartes mélangées d'une main experte, commença à les
distribuer, en les lançant en tas, rapidement et en ordre,
aux quatre côtés de la table.
*****
Le mardi, à côté des blanches du Cercle de Lecture, apparurent sur les murs du village les affiches rouges du Cercle
Prolétarien.
La mère
du professeur Caïo n'avait pas pu résister au désir de raconter dans sa
boutique le grand effort du "dottore" et Marietta
était allée le rapporter à son patron, lequel avait immédiatement
rédigé et envoyé à l'imprimerie un contre-manifeste.
Les
paysans, en rentrant du travail, devant le spectacle inhabituel des murs
tapissés, s'arrêtèrent par curiosité. Ils firent quelques
commentaires, mais seulement sur la couleur des affiches, car les
rares qui savaient lire, n'avaient rien compris aux mots qui étaient
écrits. C'est pourquoi ils recommencèrent à parler des
choses dont ils avaient toujours parlé : de la récolte, comment Dieu
l'envoie; des pâtures asséchées par le gel et spécialement du blé, qui,
si le temps ne l'avait pas aidé, serait allé tout à
fait mal…
FIN
1
bariste : personne qui tient le bar. Ce terme est de loin préférable à
l'idiome anglo-saxon
"barman" souvent employé (à tort et contrairement au sens de la
langue; barman : homme-bar ferait en effet plutôt penser à un
homme-meuble dans les poches duquel on rangerait les bouteilles...)
en français.
2 Pretura : en Italie, siège du tribunal de première instance et le dit-tribunal; le magistrat
correspondant est le "pretore".
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