17
août 2008
De Chveik à Macondo
Je
t’assure, mon bon Lucien, dit Marco Valdo M.I., il faut avoir lu ou
à tout le moins parcouru le roman de Gabriel Garcia Màrquez pour
saisir tout le sens de ces chansons; sinon, en effet, elles
t’échappent.
Si
je t’entends bien, Marco Valdo M.I., il y a des chansons qui en
quelque sorte dérivent d’un roman ou un d’un autre et qu’il
est presque indispensable de connaître ce roman ou cet autre pour
comprendre la chanson.
Hum,
hum, dit Marco Valdo M.I. en souriant et en hochant la tête, c’est
presque ça. Par exemple, tu te souviens de la chanson que j’ai
faite à propos de Chveik le soldat…
Oh,
oui, bien sûr !,
fait l’âne Lucien en inclinant la tête dès la base du cou, là
où par-dessus
se termine la crinière. Et laisse-moi te dire que non seulement je
m’en souviens bien, mais que je n’ai pas encore eu l’occasion
de te dire combien elle m’a plu et comme elle me paraît d’une
inhabituelle qualité. Faut dire bien sûr que Chveik est un
personnage extraordinaire et qu’il était difficile de rater une
chanson sur ce sujet… Néanmoins, je te tire mon chapeau…
D’accord, je n’en ai pas, mais as-tu déjà vu un âne avec un
chapeau et je ne peux quand même pas ôter ma crinière… En fait,
je n’ai rien à ôter…
Si,
si, tu pourrais ôter ton pied du mien…,
dit Marco Valdo M.I. en riant. Ton enthousiasme te fait faire des
bêtises. Tu remarqueras que je n’ai pas dit des âneries…Car que
peux-tu faire d’autre, quoi que tu fasses…
Ce
n’est pas drôle…,
dit Lucien l’âne au pied d’Hermès et de diamant sud-africain en
le retirant, mais c’est tout à fait juste. Mais comme on est
dimanche, tu me dois deux chansons (au moins); enfin, deux canzones
du dimanche, comme tu les appelles et je suppose que ce sont celles
dont tu m’as parlé en commençant avant que tu ne dérives vers
Chveik.
Oui,
dit Marco Valdo M.I., c’est exactement ce que je compte faire quand
tu m’auras
laissé terminer mon explication à propos de la chanson sur Chveik
le soldat. Comme je l’ai écrite, je sais comment elle a été
faite. Les contraintes sont les suivantes :
il faut que ce soit une chanson du point de vue de la forme – par
exemple, c’est plus courant qu’elle soit versifiée, mais ce
n’est pas indispensable. Elle doit avoir – le texte doit avoir en
lui-même la musique ou en tout cas, une musique. Du point de vue du
texte, c’est complexe une musique, car ce n’est pas seulement des
sons (les voyelles), c’est aussi et en même temps, un rythme –
la scansion.
Oh,
oh, dit Lucien l’âne, ça m’a l’air bien compliqué tout ça.
Une chouette léviane pour
symboliser Athèna
Des
fois, ça l’est; des fois, ça l’est pas. Pour la chanson sur
Chveik, ce fut très simple. En fait, chaque fois que je fais une
parodie ou une chanson, c’est simple car l’ensemble vient au jour
ou si tu veux, sort de ma tête, comme Athèna, que symbolise la
chouette, sortant de la tête de Zeus toute armée et poussant son
cri de guerre. Dans le cas de la chanson sur Chveik, elle raconte
Chveik. Si un jour, tu lis les aventures de Chveik, tu verras que la
chanson en quelques lignes a tracé un portrait de Chveik et de sa
principale aventure. En plus, elle est synthétique; en l’ayant
entendue, tu sais qui est Chveik et de façon générale, tu as une
idée de sa vie et tu pourras le reconnaître quand tu le
rencontreras. Pour en revenir au début de notre conversation, c’est
une chanson qui ne suppose absolument pas qu’on connaisse quoi que
ce soit de Chveik avant de l’entendre et elle s’efforce de faire
connaître Chveik à qui elle rend hommage et accessoirement, de
conduire l’auditeur à lire le roman de Hasek.
Ah,
ah, dit l’âne Lucien en songeant à Bosse-de-Nage, ce n’est pas
ce que tu as dit au début. Tu disais qu’il fallait avoir lu le
roman au préalable et maintenant, tu dis le contraire…
Explique-moi…
Et
bien, précisément, ce sont des chansons qui dérivent de romans,
mais les unes comme je te l’ai dit nécessitent une connaissance du
roman et s’inscrivent à l’intérieur de l’orbe culturel de ce
roman et les autres ouvrent l’univers de ce roman à partir du
monde extérieur. J’ai fait cette distinction, car les deux
chansons d’aujourd’hui supposent que tu connaisses le roman.
Enfin, tu peux évidemment comprendre ce qu’elles racontent, mais
bien des choses vont t’échapper. Elles fonctionnent comme à
l’intérieur d’une « comédie musicale », bâtie sur
un roman. De toute façon, ce sont des chansons merveilleuses et tout
à fait en phase avec le roman et c’est un réel plaisir de les
découvrir.
Bon,
si tu me les faisais
entendre…,
dit l’âne en se frottant la tête sur le tronc de l’arbre voisin
– un saule ?,
j’essaierai de me débrouiller avec elles comme avec toutes les
nouvelles chansons qui m’arrivent.
Je
résume, dit Marco Valdo M.I. :
la première raconte l’arrivée du train à Macondo. Macondo
Express est une façon de parler; en fait, c’est de la dérision.
Ce fameux express est un tortillard de la plus belle espèce. La
seconde parle du Colonel qui est sans doute le personnage central de
ce roman assez foisonnant avec lequel on pourrait sans doute tenir
cent ans dans la solitude à démêler les fils, les petits-fils et
les arrières petits-enfants du fondateur de Macondo, un endroit
perdu là-bas au fond derrière les marais, passées les montagnes.
Et maintenant, place aux canzones du dimanche :
Macondo
Express
«
Fusils muets amigos »
Dans
la version italienne de cette chanson, directement inspirée du roman
Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Màrquez, qui comme chacun
sait était Colombien, écrivait en espagnol et publia en Argentine,
il y a quelques vers en espagnol; le traducteur les a laissés en
l’état comme il se devait.
Pour
les détails, voir l’excellente traduction en français des époux
Durant et pour les hispanisants, le texte original. Il doit bien en
traîner un exemplaire à la bibliothèque de ces trente millions de
bouquins publiés.
«
Fusils muets amigos »
Le
train avance en force, on dévore la forêt
Ay
madre! Está llegando un tren de extraños pasajeros
Le
cirque arrive sur la place et le village se réveille.
Y
todo el mundo sale para dar la bienvenida
Arcadio e Pablo Marquez font la file pour les tatouages,
Arcadio e Pablo Marquez font la file pour les tatouages,
et
le petit Buendia est sur le wagon avec la glace.
Hay
magos, hay acrobates, hay juventud rebelde
Fusils
muets, amigos, on ne tire pas sur les clowns.
Ne tire pas commandant, ne me tire pas président,
Ne tire pas commandant, ne me tire pas président,
Ne
t’immisce pas trafiquant, la foire arrive
avec
le Macondo express oh oh oh oh oh oh...
Del expreso del Hielo saliron los equipos
Del expreso del Hielo saliron los equipos
Messieurs
sur le rideau, le rêve fou a pris vie
Soné
que la neve ardía y el fuego se helaba
Le
dragon crache le feu sur l’Amérique perdida.
La
fête est commencée avec tambours et guitares,
Le
chariot des Gitans apporte glace, notes et flammes.
Como
me desperte mi sueno estaba realizado
Fusils
muets, amis, on ne tire pas sur les clowns.
Ne
tire pas commandant, ne me tire pas président,
Ne
t’immisce pas trafiquant, la foire arrive
avec
le Macondo express …
Chanson
italienne – Macondo Express – Modena City Ramblers
Version française - Macondo Express – Marco Valdo M.I. – 2008
Version française - Macondo Express – Marco Valdo M.I. – 2008
Cent
ans de solitude
Colonel,
rends tes armes
tu
ne peux vaincre, la lutte est déjà finie
Tu
as l’Église contre toi,
Tes
alliés t’ont trahi
et
tu as déjà perdu trop d’amis
dans
cette guerre.
Tu
as pris part à trente-deux révolutions
et
tes trente-deux révolutions, tu les as perdues
(Tienes
que esperar!)
Quand
tu t’y attendras le moins
viendra
un homme
avec
ton drapeau en main.
Cent ans (cien años) de soledad
Cent ans (cien años) de soledad
trop
de défaites, trop d’ennemis
Tienes
que esperar
tienes,
tienes que esperar
Cent
ans (cien años) de soledad
Le président, le cardinal
Le président, le cardinal
le
fonds monétaire international
(Tienes
que esperar!)
Remedios
travaille
au
marché de San Cristobal
à
l’étal de fruits de sa mère.
À
cinq ans, elle a déjà appris
à
trafiquer le reste
avec
les gringos et les touristes japonais.
Elle
descend des Mayas, seigneurs de la Terre
Pour
un dollar, on peut la photographier
et
sur les photos, elle ne sourit pas,
mais
il semble qu’elle écoute
le
son d’une musique lointaine
Tienes
que esperar
tienes,
tienes que esperar
Cent
ans (cien años) de soledad
d’échines
pliées, de femmes battues
Gardes
blanches, mains armées
Cent
ans (cien años) de soledad
De
vieilles chansons oubliées
des
jours rebelles de Paddy Garcia
Padre
Miguel vit dans sa favela
Il
cherche chaque jour
à
donner une réponse
aux
miséreux, aux voleurs
aux
enfants des rues
avec
leurs regards durs et épouvantés à la fois
Aux
putains et aux jineteras
aux
fugitifs, aux morts de faim
Dieu
leur a promis
les
cieux et la Terre
et
les autres hommes
les
jettent dans la boue
Tienes
que esperar
tienes,
tienes que esperar
Cent
ans (cien años) de soledad
Espère
et attends, attends et espère
Cache
le crucifix
et
le drapeau rouge
Cent
ans (cien años) de soledad
de
mensonges, de parades,
de
couvres-feux, de vies volées.
Chanson
italienne – Cent’anni di solitudine – Modena City Ramblers –
1997
Version
française – Cent ans de solitude – Marco Valdo M.I. 2008


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