22 décembre 2013
ATHÉE : DERNIER TABOU
Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (19 décembre 2013) :
Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/12/19/usa-presidente-ateo-ultimo-tabu/
Précepte laïque
Laïques et athées de tous les pays, révélez-vous !
Nos
amis de l'UAAR, qui connaissent bien l'Italie, relaient ici une
considération sur une hypothétique laïcité ou un supposé athéisme du
Président des États-Unis d'Amérique et si de fait, la question de
l'élection d'un Président athée est pertinente au regard du tournant
cagot que D.D. Eisenhower fit prendre à son pays, l'Uaar regarde au loin
pour parler aussi de l'Italie. Et si on traduit des articles à propos
de la laïcité ou de l'athéisme en Italie, c'est aussi pour parler d'ici,
car globalement, la situation est assez semblable. Par exemple, il y
eut des Pères fondateurs des États-Unis qui étaient athées, des
Présidents des États-Unis athées... Mais c'était dans le passé ; ainsi,
les États-Unis n'ont pas toujours été si crédules et si cagots ;
l'Italie non plus. Elle l'est devenue sous le fascisme, de la même
manière que les États-Unis le sont devenus sous la pression de
l'anticommunisme délirant qui les emporta dans les années dites de la
Guerre Froide. Et alors que les populations sont de plus en plus
laïcisées, c'est-à-dire de moins en moins susceptibles de plier le genou
devant l'Église (quelle qu'elle soit, d'ailleurs...), les responsables
politiques quant à eux continuent à faire des grâces aux religions...
Reste que s'affirmer tranquillement athée ou simplement, mécréant est
encore dans nos pays un acte de courage et de rébellion contre cet
hypocrite pilier de pouvoir qu'est la religion.
Nos
amis italiens, rejoignant le point de vue la sociologue étazunienne
Jennifer Michael Hecht, auteure de « Doute. Une histoire », estiment
qu'il est temps et utile de faire sa révélation (coming out) et en
quelque sorte de cesser de taire ses convictions dans la mesure où ce
silence des athées et des laïques laisse le champ libre aux religieux et
sectateurs de tous genres.
Laïques et athées de tous les pays, révélez-vous !
Les États-Unis, pays traditionnellement
« under God » (sous dieu), sont toujours plus sécularisés. La
proportion des areligieux atteint 23% , surtout parmi les jeunes, et
l'exaspération face aux ingérences confessionnelles dans la vie publique
s'étend. Cependant subsistent des préjugés encore répandus envers les
mécréants, tandis que les politiciens tiennent donner à une image
proreligion et répugnent à se déclarer athées.
Si
selon les sondages, jusque il y a quelque temps, les mécréants
inspiraient bien peu de confiance, pire même que des violeurs, la
situation change, spécialement parmi les millennials ou génération Y, ou
génération Quoi ? – disons la génération Vingt (ans), c'est-à-dire ceux
nés après 1980 et avant 1995 – dans la perspective de l'An Deux Mille.
La majorité serait à présent disposée à voter pour un président
ouvertement athée, mais il reste des résistances pour une pleine
acceptation des mécréants dans la société.
Le président athée reste toujours le « dernier tabou », écrit Jennifer Michael Hecht dans le Politico.
Elle affirme qu'aux USA, il est plus difficile de se proclamer athée
qu'homosexuel. « »La question s'est posée à partir du paradoxe de l'ex
député au Congrès Barney Frank, hôte du show du célèbre comique athée
Bill Maher. Frank, de famille juive qui a accompli 16 mandats et qui
s'est déclaré homosexuel en 1987, laisse entendre que lui aussi n'est
pas croyant. Et Hecht se demande pourquoi il n'a pas voulu révéler
précédemment sa position existentielle, au moment où il remplissait des
tâches politiques.
Actuellement,
il n'y a aucun membre du congrès qui soit ouvertement mécréant. Seul en
2007, le premier à se dire tel fut Pete Stark, démocrate de Californie,
quoique formellement c'était un « unitarien qui ne croit pas en un être
suprême ». Réélu deux fois, il a dû céder le pas en 2012 à Eric
Swalwell, lui aussi démocrate et qui l'a attaqué précisément pour son
irreligiosité, en citant le vote contraire de Stark à la devise « In God
We Trust » (dans une traduction pascalienne : « Nous parions sur
Dieu ! »).
La
Secular Coalition of America, organisation active pour la promotion de
la laïcité aux Usa, avait repéré seulement 5 mécréants déclarés qui
occupaient des tâches publiques dans tout le pays. Selon une récente
enquête Gallup, bien deux tiers des citoyens voteraient pour un
président gay ou lesbienne, tandis que, un peu plus de la moitié pour un
président athée. Dans sept États, sont encore en vigueur des lois qui
interdisent formellement aux mécréants de obtenir des charges
publiques ; parmi eux le Maryland, où les mécréants peuvent être exclus
du jury ou comme témoins.
Frank,
interpellé par Hecht, a dit que déclarer son athéisme n'était pas
«opportun en politique » et que de toute façon, il s'est engagé pour la
laïcité, mais il a admis qu'il évite le terme « athée » car « il ne
plaît pas aux gens », « c'est un mot dur », « il sonne à l'oreille des
gens comme un désaveu », « c'est agressif ». Il est vrai que beaucoup
préfèrent employer des termes plus feutrés, mais la rédactrice fait
remarquer que « nous devrions apprendre la leçon du mouvement pour les
droits homosexuels, qui a revendiqué un mot employé comme offensant
(« queer » : bizarre, par extension : homosexuel, pédale...) et en a
fait un cri de ralliement ».
Depuis
quelques années, les associations qui représentent les mécréants se
sont beaucoup démenées, en stimulant la révélation ( en anglais :
« coming out ») et en proposant une image positive des athées et des
agnostiques, avec même des campagnes d'affichage. Mais la mécréance a
une longue tradition aux Usa, même parmi les pères fondateurs comme
Thomas Jefferson et John Adams, des philosophes comme l'agnostique
Robert Ingersoll ; des présidents comme Abraham Lincoln et James Monroe
n'avaient pas d'affiliation religieuse. La situation changea avec la
guerre froide et le maccarthysme, lorsque la lutte contre le communisme
devint acharnée. Dans les années Cinquante, le président Dwight D.
Eisenhower insère la référence à Dieu dans la « Pledge of Allegiance »
(le serment au drapeau la main sur le cœur et le regard dans les
étoiles..., formulé ainsi :« Je jure allégeance au drapeau des
États-Unis d'Amérique et à la République qu'il représente, une nation
unie sous l'autorité de Dieu, indivisible, avec la liberté et la justice
pour tous ») et impose la devise « In God We Trust » sur les billets de
banque.
Selon
le Center for Inquiry, il y a actuellement quelques athées au Congrès
(des USA), cependant qu'une dizaine d'élus se sont refusés à spécifier
leur affiliation religieuse. Hecht, auteure de « Doute. Une histoire », a
longtemps hésité à se définir athée. Ensuite, elle y a réfléchi et a
décidé, par honnêteté intellectuelle, de se déclarer telle ; et elle
invite les politiciens à faire de même, même s'il peut en coûter.
Isaac Chotiner, dans la New Republic, est plus optimiste, parce que l'opinion publique américaine maintenant est plus tolérante par rapport au passé sur de nombreux thèmes. On ne peut pas dire si un président athée sera élu en 2016 ou en 2020 mais, il conclut, « je pense que lorsque l'instant arrivera, le peuple américain se montrera étonnamment large de vues ».
Isaac Chotiner, dans la New Republic, est plus optimiste, parce que l'opinion publique américaine maintenant est plus tolérante par rapport au passé sur de nombreux thèmes. On ne peut pas dire si un président athée sera élu en 2016 ou en 2020 mais, il conclut, « je pense que lorsque l'instant arrivera, le peuple américain se montrera étonnamment large de vues ».
Passant
des Usa à l'Italie, même chez nous existe aussi le problème des
politiciens athées qui préfèrent ne pas faire de révélation (en anglais,
coming out). Souvent, les rares qui osent franchir le pas ne lésinent
pas sur les assurances quant au fait qu'ils respectent la religion
catholique et se prodiguent en gestes obséquieux envers l'Église ; c'est
le cas du président de la République Giorgio Napolitano, antérieurement
membre du Parti communiste et incroyant mais avec des manières
confessionnelles, de ce point de vue évident. Parmi les autres, on
entend les déclarations comme « Je ne suis pas un bon chrétien mais… » (
voir Ignazio La Russa et Mario Borgherzio), ou des expressions de
sujétion parmi les laïques tel « je crois ne pas croire » (Walter
Veltroni) ou « les croyants ont une marche en plus » (Giuliano Amato).
Parfois, comme les homosexuels, les athées et agnostiques sont accusés « d'afficher » leur mécréance. Mais un pays pleinement libre et laïque est seulement celui où on peut dire librement ce qu'on pense. Mieux, c'est celui où personne n'est stigmatisé parce qu'il se déclare mécréant et où les gens ne jugent pas fondamental le fait qu'un politicien affiche une appartenance religieuse (ou non). Si se dire mécréant peut coûter en Italie, c'est seulement parce qu'on n'est pas entièrement libre d'exprimer ses convictions. De cette façon, bon gré, mal gré, on finit cependant par transmettre un signal à toute la population et au voisinage, en contribuant à ce cercle vicieux qui fait se cacher les athées et les agnostiques. Au contraire, faire la « révélation » (de son athéisme...) est une nécessité pressante.

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