6 juillet 2013
Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes.
(7 juillet 2013) :
Texte italien :http://www.uaar.it/news/2013/07/03/pacioso-papa-antimodernista/
Précepte laïque
Papes, encore un effort pour devenir laïques !
Face
à la vague de papolâtrie doucereuse qui déferle depuis des semaines de
mille sources médiatiques ensorcelées, il est utile d'analyser un brin
la réalité de François Ier d'Outre-Tibre. Derrière l'ombre mouvante qui
s'agite sur les écrans, il y a un vrai pape noir, un soldat de Jésus...
qui manipule habilement la marionnette. Double et triple jeux sont des
pratiques courantes qu'il convient de relever.
Somme toute, la caque sent toujours le hareng.
Nos
amis de l'Uaar l'avaient qualifié de « paisible pape
antimoderniste »... J'ai préféré lui donné son vrai visage de paisible
pape passéiste.
De
fait, il coulera de l'eau sous les ponts du Tibre avant qu'un pape
accepte que le monde soit laïque... On ne peut quand même pas supposer
que le successeur de Pierre liquide l'entreprise à la tête de laquelle
on l'a placé.
Ce
pape, objet de sympathies répandues et combien acritiques, sinon d'un
véritable culte surtout de la part des médias, semble à beaucoup un
« progressiste », même un « révolutionnaire ». La comparaison
impitoyable joue beaucoup entre Ratzinger, plus froid et franc à niveau
théologique, et le paisible Bergoglio, sur lequel les catholiques ont
remis de grandes attentes et que même beaucoup de laïques et de
mécréants voient positivement. Une dynamique qui ressemble à l'histoire
du bon et du mauvais flics.
Plutôt,
en confrontant la consistance réelle de certaines de ses déclarations
au pied levé avec ses positions officielles et ses actes concrets,
François devrait être plus honnêtement considéré comme un réformateur.
Bergoglio apparaît plus sobre et exprime une volonté (tardive) de
dépoussiérer l'Église, ou au moins d'assainir certaines pratiques qui en
entament la crédibilité. Voir le nettoyage pressé de l'Ior (Institut
des Oeuvres de la religion) ou les règlements de comptes internes dans
la curie romaine. Entretemps, ce même pape « révolutionnaire » confirme
un réactionnaire comme le cardinal Carlo Caffarra en tant qu'archevêque
de Bologne pour deux années. Et sur le front doctrinaire, il repropose
les mêmes positions granitiques du catholicisme. Et comment pourrait-il
faire autrement ? Il a cependant la perspicacité d'employer un langage
habile, gagnant et parfois moins direct, en évitant les questions les
plus embarrassantes.
Beaucoup
se joue sur les équivoques engendrées par les petites phrases
prononcées en marge d'événements ou de discours officiels, promptement
amplifiées par les journaux et les commentateurs. Souvent, on oublie les
« contextualisations » qui reviennent rapidement du Vatican. Comme
c'est arrivé il y a longtemps précisément pour l'Ior, avec l'assurance
de l'archevêque Angelo Becciu, substitut au secrétariat d'État : « Le
pape est resté surpris de se voir attribué des phrases qu'il n'a jamais
prononcées et qui déforment sa pensée ». De la même manière, Oltretevere
(l'Outre-Tibre – comprendre le Vatican) dément aussi des ouvertures
présumées de François en vue de concéder la communion à des divorcés
remariés.
Pour
comprendre l'ambiguïté de la « bergoglio-pensée », il est utile de
focaliser l'attention sur les aspects de la doctrine auxquels s'arrête
le nouveau pape, ainsi que sur sa vision de l'histoire et de la
politique. En laissant de côté les rapports ambigus avec des milieux de
la dictature argentine, dans les années passées comme archevêque et chef
de la conférence épiscopale argentine, il s'était distingué par son
interventionnisme politique contre les mariages gay (qualifiés de fruits
« du démon » ), quoique certains soutiennent qu'il ait ouvert aux
unions civiles comme un « mal mineur » : circonstance sèchement démentie
du côté catholique. Un exemple de la façon dont François est chargé de
grandes attentes par les secteurs plus ouverts de l'Église et par les
laïques impressionnables, qui lui attribuent des positions modernes, qui
toutefois sont ponctuellement redimensionnées.
Bergoglio
a maintenu ses positions réactionnaires, comme rappelé, aussi à propos
de l'avortement et de l'euthanasie. En tant que pape il s'est adressé de
manière ambivalente vers les athées, autrefois en citant Léon Bloy
(« Qui ne prie pas le Seigneur, prie le Diable ») et ensuite en
recherchant la « confrontation » avec les mécréants. Selon certains, le
pape aurait dit aussi que même les mécréants sont sauvés par le Christ
et vont au paradis, mais tout cela a fait naufrage en de confuses vagues
théologiques. D'ailleurs, la doctrine catholique est par nature
exclusiviste, malgré quelque expédient conciliant, et la préoccupation
des athées et des agnostiques n'est certes pas d'être sauvés par qui que
ce soit. Les discours de François font souvent référence au Diable
comme un être réel et pas mythique, à l'enseigne d'une vision plus
antimoderne de la doctrine. Il en est même apparu une histoire quand a
été attribué au pape un exorcisme en direct.
Quant
à la politique, le mois passé, recevant une délégation de
parlementaires français, il a réaffirmé son idée de la laïcité (qui ne
doit pas comporter « exclusion des religions du champ social et des
débats qui l'animent ») et rappelé que les politiciens catholiques ont
une « tâche » « technique et juridique » qui « consiste à proposer des
lois, les amender ou même les abroger » mais aussi « d'insuffler en
elles un supplément, un esprit, je dirais une âme ».
La
saveur antimoderniste de la pensée papale émerge même de ses fréquentes
références aux martyrs chrétiens et de sa réécriture de l'histoire
corollaire à ces évocations. En avalisant les estimations gonflées des
victimes de persécutions, Bergoglio a soutenu qu'aujourd'hui, il y a
beaucoup plus martyrs qu'aux temps de l'empire romain (déjà objet de
mythisations apologétiques). Il a fallu corriger le tir en parlant de
« martyrs quotidiens », ou bien de gens qui se prodiguent en diverses
activités dans le sens chrétien, comme les familles, les prêtres et les
jeunes.
Encore
plus explicite est ce qu'il a soutenu pendant l'Angélus de samedi
passé, pour la fête des saints Pierre et Paul : « l'Église de Rome est
devenue soudain, spontanément, le point de référence pour toutes les
Églises répandues dans le monde, pas par le pouvoir de l'empire, mais
par la force du martyre, du témoignage rendu au Christ ». Il s'agit
d'affirmations tranchantes que la recherche historique considère
maintenant comme inconsistantes et qui sont souscrites seulement par le
christianisme le plus intégriste. Juste bonnes pour les proclamations
aux fidèles les plus ignares : il ne surprend pas qu'elles soient le
fait du pape, qui doit justifier ainsi la position qu'il occupe.
L'Église
de Rome a assumé une position centrale en vainquant la concurrence
d'autres sectes ou d'autres courants. Plusieurs des apologistes et des
pères de l'Église, fondamentaux pour l'élaboration des doctrines et pour
les premières apologies, n'ont pas par hasard été par la suite
qualifiés d'« hérétiques » ou sur eux est tombé un silence embarrassé.
Il s'en est suivi un processus d'adaptation et même une réécriture de la
production chrétienne, pour faire rentrer tout dans une vision
providentielle qui voulait faire de l'Église romaine, l'héritière
naturelle de Pierre et Paul. Dans cette réadaptation orwellienne,
commencée avant que naisse Orwell, le pouvoir de l'empire pesa et
comment. Avec Constantin, la religion d'une minorité (pas plus de 10%
des sujets) établit son hégémonie à la cour, et à partir de Théodose
furent prises des mesures qui déclarèrent hors-la-loi les autres cultes
et hérétiques, les sectes. Des lois qui facilitèrent la consolidation de
l'Église romaine en balayant la concurrence interne et externe.
Pour
conclure, François est un pape qui, comme Pie X et Jean XXIII, se
montre plus proche du fidèle catholique. Dans ses mots et dans ses
gestes, sont mises peut-être trop d'attentes, et de là à parler de
« révolution », il faut courir. Car du côté de la doctrine, de la vision
de l'histoire et de la politique, il confirme son approche antimoderne,
solidement ancrée dans les principes du catholicisme romain. Dichotomie
dont il faut être conscients, pour ne pas se faire trop d'illusions.
Comme ses prédécesseurs, il sera du reste jugé sur des faits. Nous
sommes jusqu'à maintenant face à un personnage qui a le pouvoir absolu
dans les domaines dans lesquels il agit, et au lieu de faire de quelque
chose de concret, il souhaite seulement que certaines choses arrivent.
Il paraît encore être un curé de province auquel de temps en temps,
échappe une critique vis-à-vis du Vatican. Il semble ne pas s'être rendu
compte que c'est lui, le Vatican.
La rédaction
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