19 janvier 2014
ATHÉISME ET BESOIN DE
RITUALITÉ
Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (16 janvier 2014) :
| Le grand sapin |
Précepte laïque
Italiens, encore un effort pour devenir laïques !
Dans son édition du 16 janvier 2014, l'UAAR reprend un article de Paul Fidalgo, publié sur son blog Friendly Atheist, intitulé “Atheism and the Need for ‘Sacred Spaces’ for Ritual: Are They in Conflict?”
et
partant de là, s'interroge à son tour sur le besoin de rites chez les
athées. On verra la traduction de cet article de l'UAAR ci-dessous. Mais
avant, il importe de poser la question en termes rationnels afin de
neutraliser certaines dérives « étazuniennes », qui pour noyer le
poisson et assurer le consensualisme sociétal (alias le politiquement
correct), de rigueur dans la bonne société d'outre-Atlantique, lancent
l'anathème contre le « nouvel athéisme » et contre les « athées
ultra-orthodoxes », c'est-à-dire en clair, contre les athées tout court.
Le but essentiel étant de les disqualifier par avance ; en somme, de
les excommunier. Pour un peu, on en viendrait à traiter les athées
athées – je veux dire réellement athées – d'hérétiques. Bref, on voit
poindre ici une guerre de religions entre « athées », une croisade
contre les « athées » plus ou moins orthodoxes, plus ou moins
labellisés. À quand les bûchers ? À quand l'Inquisition ?
Comme on le verra, tout ça au nom de l' « esthétique » ? On croit rêver...
Alors, un moment de réflexion.
Il y a une confusion dans les idées qui tend à assimiler athéisme et laïcité.
Et
ce brouillard, comme tous les brouillards qui se respectent, perturbe
assez la vision et dès lors, favorise une sorte de magma où les lignes
et les pensées se perdent.
En
premier lieu, il faudrait comparer ce qui est comparable : non pas
l'athéisme à la laïcité – qui sont des concepts qui se situent sur des
plans différents. L'athéisme renvoie à une conception philosophique et
la laïcité à un comportement social en même temps qu'au groupe et aux
institutions qui s'en réclament.
Il faudrait donc mettre face à face : la laïcité et l'athéité. Deux entités comparables, mais véritablement distinctes.
Par
ailleurs, ces deux mondes particuliers ne couvrent pas l’ensemble des
« mécréants » ; il est une catégorie ignorée et pourtant centrale et
essentielle au mécréantisme, c'est cette bande qui a comme principe et
comme pratique le refus non seulement de Dieu, non seulement de
l'appartenance ou du ralliement à une religion, mais bien le refus de
toute forme de religion, fût-elle athée. Mécréantisme qui implique non
seulement le refus de toute croyance dogmatique, de toute croyance
spirituelle, mais aussi de toute croyance tout court. Cette attitude de
vie entraîne également le refus de toute organisation structurée fondée
sur la reliance (religio), elle-même fondée sur un substrat commun et
des obédiences communes. Bref, le refus de toute religion entraîne le
refus de toute forme d'église, même laïque. Dès lors, pour en venir aux
rites (précisons que nous ne sommes pas contre la fête...), on découvre
ceci : tout rituel, ayant, c'est sa nature, pour fonction d'engager et
d'assurer l'avenir, d'affirmer et de garantir la soumission, est, par
essence, une forme de sortilège ou de superstition et repose sur une
croyance (peu importe laquelle); il l'institue. Pour le mécréant, le
refus de tout rituel est évidemment cardinal – il s'impose.
Conclusion
provisoire : Comme on peut être à la fois athée, laïque et religieux,
je ne sais donc pas si l'athéïté, la laïcité ont besoin de rites... Mais
ce que je sais, c'est que le mécréantisme au sens strict, dans son
acception la plus profonde, qui est lui-même a minima athée ou
indifférent à l'existence de dieux, et laïque, ce mécréantisme y est
franchement opposé et estime que l'indépendance, la dignité et la
liberté humaine passent par la disparition des religions.
Athéïsme et besoin de ritualité.
(texte traduit de l'UAAR)
Suzanne
Moore a écrit dans le Guardian à propos du processus mental qui l'a
poussée à réaliser une sorte de cérémonie pour la naissance de son
troisième enfant (congratulations, au passage !). En faisant cela, elle a
découvert que son désir pour une forme de rituel qui célébrait
l'événement entrait en conflit avec son désir d'être une « bonne
athée ».
Voilà comme
elle-même explique le problème : elle craint que le « nouvel
athéisme », quelle que soit l'interprétation du terme, puisse « se fixer
sur l'éthique en ignorant l'esthétique » et que « l'athéisme
ultraorthodoxe commence à ressembler lui-même à une foi rigide et
patriarcale ».
Personnellement
l'idée-même d'un « athéisme ultraorthodoxe » me dérange beaucoup, et
j'imagine que beaucoup parmi vous avez la même réaction, principalement
parce que comme concept, il n'a presque pas lieu d'être (comment
pourrait-il ?). Mais Moore présente des raisons solides pour réserver un
espace assimilable au « sacré » pour marquer les événements importants
de la vie.
Nous avons
la nécessité de créer un espace hors de la vie quotidienne dans ce but.
Nous pouvons l'appeler espace sacré, si nous voulons, mais la
délimitation d'espaces ou les instants spéciaux n'est pas exclusivement
une prérogative des religieux. Nous pouvons vivre sans Dieu. Nous
pouvons considérer sans fondement et inconsistante la pensée new age
qu'il rend emphatique la « nature » et l'« esprit », mais considérer
stupide le besoin humain d'exprimer transcendance et partage avec
d'autres est à son tour stupide.
J'ai vu des
cérémonies unitariennes pour nouveaux-nés (et même moins « nouveaux »),
dépourvues de lourds traits religieux, et je les ai trouvées pleines de
signification ; une manière tendre de donner le bienvenu à un nouvel
être humain de la part d'une communauté de personnes bienveillantes.
Elles n'offensaient pas mon athéisme.
Ceci est
cependant un motif de cassure entre les mécréants, portant sur le fait
que les cérémonies puissent trouver place à l'intérieur de notre
mouvement, de notre communauté. Certains croient fermement que oui : vu
par exemple le succès des « Sunday Assembly » (Assemblées du dimanche)
et le travail des Harvard Humanists [à l'université de Harvard il y a un
chapelain humaniste]. D'autres repoussent tout type de
« congrégationnalisme », comme par exemple Tom Flynn, un de mes chefs au
Center For Inquiry (CFI). Les raisons peuvent être de caractère
générationnel ou bien personnel.
Pour cette
raison CFI de Los Angeles, a organisé le 5 janvier une conférence sur la
ritualité, pas pour la naissance mais à l'opposé, pour le départ. Dans
cette rencontre, Caitlin Doughty a parlé des rituels de fin de vie
destinés aux personnes laïques. En tout cas, qu'on parle de mort, de
naissance, de mariage ou de rencontres dominicales, nous cherchons tous à
comprendre si et comment insérer des rituels et des cérémonies dans la
vie des athées.
La rédaction
Même l'Uaar organise, pour qui le désire (et seulement pour qui le désire), des cérémonies laïques-humanistes.
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