31 mai 2013
L'ÉCOLE PUBLIQUE APRÈS BOLOGNE
(Référendum suite 5)
Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées,
Agnostiques et Rationalistes. (28 mai 2013) :
Texte
italien : http://www.uaar.it/news/2013/05/28/scuola-pubblica-dopo-bologna/
Précepte laïque
Italiens, encore un effort pour devenir laïques !
Cette affaire du référendum de Bologne est finalement réjouissante et assez
cocasse.
On croirait une nouvelle version du film des Lumières :
« L'arroseur arrosé ».
Résumons
l'affaire : un petit groupe de parents mécontents de devoir
mettre leurs enfants dans des écoles catholiques en raison du fait
que la ville de Bologne, aidée en cela par la Région et l'État, alloue
des millions d'Euros (un peu plus d'un million pour la
seule commune) aux écoles privées – soi-disant pour compenser le
manque d'écoles publiques et renvoie les parents vers ces mêmes écoles
catholiques et payantes. Évidemment, si ces millions
d'Euros allaient aux écoles publiques – comme le prévoit
explicitement la constitution italienne dans son article 33, d'où le nom
du groupe de parents – il y aurait sans doute toutes les places
utiles et disponibles pour tous les enfants d'Italie.
Ces
parents après avoir vainement tenté de se faire entendre des
politiques, s'étaient résolus à lancer un référendum sur la
question. Ce qui n'est pas une mince affaire, soit dit en passant. Ces
quelques personnes ont donc franchi tous les obstacles (et on
leur en inventait au besoin) et forcé la Ville de Bologne à
organiser un référendum sur le sujet. Après avoir freiné la chose,
retardé la consultation, dispersé les bureaux de vote dans des
endroits incongrus, la majorité politique hétéroclite cathophile,
emmenée par le maire et l'évêque (à moins qu'il ne soit cardinal...), a
finalement appelé aux urnes en catastrophe le ban et
l'arrière-ban de ses fidèles (y compris les bonnes soeurs, qui comme
chacun sait, ont une nombreuse descendance), de ses affiliés, de ses
clients et de ses affidés afin de noyer dans ses voix les
référendaires. Et là, surprise ! Le référendum a certes eu lieu, a
rassemblé pas mal de monde, mais curieusement, encore un coup du Diable
sans doute, a donné raison aux protestataires... Le
tout avec un retentissement national et même, on le voit ici :
international.
Bien
entendu, maintenant, les politiques minimisent aujourd'hui ce qu'ils
avaient magnifié hier, crient au loup, inventent une fois encore des
tunnels imaginaires et se ridiculisent plus encore si c'est possible
aux yeux du monde (ce dont ils se foutent), mais aussi
aux yeux des électeurs... Il est vrai qu'on ressuscite toujours du
ridicule.
Pour le reste, n'épiloguons pas ici, on reverra la question de fond avec la
publication d'une version
française du discours de Piero
Calamandrei : « Faisons une hypothèse ».
Le référendum de Bologne avait déjà réussi à reproposer à l'attention de tous le destin de l'école publique. Le résultat du référendum, avec la surprenante (vue la disparité des forces en présence) affirmation des partisans de l'école pour tous, pourrait réussir à augmenter ultérieurement l'attention pour le ce thème très délicat. Nous écrivons « pourrait, » et non « devrait», parce que la classe dirigeante semble se révéler toujours plus sourde aux signaux qui lui arrivent de la population.
Le
26 mai ont voté pour le référendum communal, qui était
seulement consultatif, 85.934 Bolognais, soit 28,71%. De ceux-ci,
59% ont voté contre les subventions aux écoles maternelles privées et le
reste 41% en faveur. L'option soutenue par un comité de
citoyens a donc vaincu, malgré que même le maire Virginio Merola
spit descendu directement dans l'arène pour boycotter le référendum. Les
bureaux de vote prévus étaient peu et mal répartis, et le
référendum a été réduit à une journée, avec des graves
dysfonctionnements et manque d'information aux électeurs, qui dans
beaucoup de cas ne savaient pas où voter. Le comité Article 33 a dénoué
toute une série de problèmes et a attaqué la Commune car elle a de
fait rendu difficile, si pas impossible le vote à énormément de
citoyens.
Malgré
la victoire de l'option A, beaucoup ont contesté la légitimité du
résultat en
parlant participation réduite. Si cependant , on analyse les données
des précédentes consultations référendaires communales on se rend
compte en effet que l'affluence a été en général basse,
encore davantage dans une période de désaffection de la politique
comme celle que nous vivons. Par exemple, en 1997 au référendum sur la
privatisation des pharmacies communales votèrent 37,11%,
mais la consultation se tint durant trois jours. À la lumière même
des récentes élections administratives, qui ont vu un écroulement de la
participation, la mobilisation de Bologne a réussi
malgré des moyens insuffisants là où beaucoup de partis chevronnés
échouent par manque de contact avec les réalités du terrain. À dire
vrai, il a été plutôt le rassemblement en faveur des écoles
privées qui n'a pas réussi à mettre sur le terrain les résultats
qu'on attendait, malgré la puissance de leurs moyens et de leurs canaux
de propagande et d'information.
Aux
communales de 2011, environ 50.000 électeurs avaient voté pour les
listes qui ont voté A, donc leur appui s'est
maintenu, malgré la déception de la politique. Par contre, environ
140.000 citoyens s'étaient exprimés en faveur des listes favorables à B :
mais lorsque il s'est agi d'aller voter pour le
référendum, ils en est resté beaucoup moins. Et malgré l'appui de
tous les pouvoirs forts : Église, gouvernement, patrons, Cisl (Syndicats
catholiques), ainsi que des médias et des journaux
locaux, comme Il Resto del Carlino. Ici l'Église a été forcée de
descendre dans l'arène, car une des deux options, l'option B était
expressément pour les fonds aux écoles privées catholiques. Pas
comme lors du référendum national sur la procréation médicalement
assistée de 2006, où l'Église avait invité à l'abstention car la loi 40,
elle aussi liberticide, ne satisfaisait pas pleinement
la doctrine catholique (qui est contraire à la fécondation
[médicalement assistée] tout court, là où la loi la limite fortement).
Ce front si étendu, riche et influent n'a réussi à mobiliser qu'un nombre incroyablement bas de ses (supposés, ndt) partisans, signe qu'il n'est pas capable de comprendre les revendications de ses inscrits, militants, associés ou fidèles. Pendant qu'un comité né spontanément à la base a réussi à faire converger beaucoup plus de consentements que ce à quoi il s'attendait. Il n'est pas à exclure que la volonté de se mobiliser pour un nombre relativement bas de fils de riches qu'ils veulent payer des minervals plus bas grâce à l'argent public ait été particulièrement réduite.
À
la lumière de cette affirmation par les urnes, le comité entend aller
de l'avant et l'expérience bolognaise pourrait s'enraciner aussi dans
autres villes où le détournement
des fonds publics est fort au profit des écoles privées
(catholiques), malgré les coupes à l'école publique et les temps de
vaches maigres (soyons bibliques ! Ndt).
Le
député Pd et politologue Carlo Galli, qui s'était exprimé pour le B
comme tant de
responsables de son parti, dans une entrevue à Repubblica a tancé le
maire, qui « a géré l'affaire de manière comptable » : « Le A a gagné,
il n' a aucun doute, ce serait une
erreur de se cacher derrière l'affluence insuffisante ». Le
professeur de l'université de Bologne a dit que les citoyens « sont
fatigués et démotivés, mais ils se mobilisent encore sur
ces thèmes » de principe. Quelqu'un a fait remarquer la duplicité du
maire Merola, qui parlait d'« affluence record » aux primaires du
centre-gauche à Bologne en 2011 qui l'avaient
élu candidat maire (28.000 votants) alors que pour le référendum il a
minimisé le résultat : une « minorité » engagée dans une « bataille
idéologique » (mais les votants
étaient trois fois plus, soit 85.000).
Après le référendum la Federazione Lavoratori della Conoscenza
della Cgil fait remarquer que le résultat du vote « est clair » :
« l'école publique a gagné et maintenant l'administration communale
doit en tenir compte en ouvrant une
discussion publique ». Aussi le secrétaire Mimmo Pantaleo rappelle
que « ce serait une erreur d'utiliser argument de l'insuffisante
participation au vote ». Et s'adressant à la
ministre de l'Instruction Maria Chiara Carrozza, qui aussi avait
demandé à grande voix plus de oyens pour l'école : « ce vote reflète les
sentiments des personnes qui veulent plus d'école
publique et pas la privatisation de l'instruction ». Il faut donc
« ouvrir immédiatement une table ronde sur l'urgence dans laquelle se
trouve l'école fondamentale en écoutant le cri de
détresse qui vient de tant de collectivités locales qui ne
réussissent plus à assurer l'offre publique communale et demandent
d'étatiser leurs écoles ». Beaucoup de familles en effet, avec
la lourde coupe dans les services (publics), se voient donner
souvent la lettre de recommandation par les mêmes institutions vers
lesquelles ils se tournent et renvoyer vers des écoles privées
(catholiques) qui font payer des droits très élevés, malgré qu'ils
aient droit à une école publique.
Romano
Prodi, qui avait invité à voter B, a reconnu que les résultats de
Bologne « s'acceptent » (doivent être
acceptés). La Commune de Bologne a fait savoir qu'elle n'abolira pas
la convention avec les écoles paritaires (catholiques) de l'enfance,
mais le maire admet qu' « il est juste d'écouter
cette demande d'attention vers l'école publique ». Position partagée
la ministre Carrozza : c'est « un vote qui pousse à une réflexion sur
le service public, à approfondir au niveau
national ». Le maire et la ministre comprennent qu'on ne peut pas
éluder la portée nationale de la question, même si rien changera dans
l'immédiat. (Paroles, paroles... pour noyer le poisson
dans la brume des discours ndt)
Parmi
les critiques,
ne pouvait manquer l'ex ministre et le sénateur Pdl Maurizio
Sacconi, qui a qualifié le référendum de fruit « d'une minorité
idélogisée, divergente par rapport au sens commun » et a
invoqué le quorum pour rendre inefficace même l'instrument du
référendum local. L'ex ministre de l'Instruction et vice-chef de groupe
des députés Pdl, Maria Stella Gelmini (celle qui avait déjà
parlé quand elle aurait mieux fait de se taire en affirmant lors de
la découverte du boson: « "L'Italie a contribué à la construction du
tunnel entre le Cern (en Suisse) et les laboratoires
du Gran Sasso (dans les Abruzzes) où se sont déroulées les
expérimentations, en y affectant près de 45 millions d'euros" » – on en
rit encore tout au long des 750 km du tunnel fantôme de
Madame Gelmini, dont on devine qu'elle a dû fréquenter assidûment
les écoles catholiques ), a parlé carrément de « désastre sous tous les
points de vue », à cause de l'affluence et
parce qu'on « a brisé la gauche ». Gelmini parle d'un référendum
« né comme une effraction d'une minorité politique extrémiste, étatiste,
privée de culture (et sans doute à jamais
du pseudo-tunnel), qui depuis toujours voit avec de la fumée dans
les yeux, le privé qui fonctionne, souvent même mieux que le public ».
La gestion de Gelmini (celle-là oui, vraiment
désastreuse pour l'école) a montré que le secteur privé de l'école
prospère et se consolide à détriment du public qui déchoit précisément
parce que le premier est fortement arrosé de subsides
d'État au détriment du secteur public. D'ailleurs, comme on sait,
les écoles privées (qui ne brillent pas du tout par leur
« fonctionnement », et bien au contraire, elles sont évaluées
de qualité bien plus insuffisante que les écoles publiques) ont
toujours existé et elles n'auraient certes pas besoin du soutien public,
malgré tout, on veut faire passer le chantage qu'autrement
les enfants ne pourront pas aller à école.
Pour
le professeur Stefano Zamagni, un des initiateurs de l'option B au
référendum et pas par hasard lien entre les Pd et
la conférence épiscopale, « personne ne peut chanter victoire ». Et
il parle de « masse critique » non rejointe des partisans du référendum,
en dévalorisant le résultat :
« il sera donc politiquement insignifiant ». Malgré que le monde de
la politique se rende compte vraiment du contraire et que le tout soit
parti d'un comité sans moyens et sans appuis
formé de quelque dizaine de personnes. Il minimise même la portée de
son extension qui sur le papier, était très étendue — il comprenait les
partis majoritaires et la puissante curie locale — en
attribuant son échec Pd. De son coté , le journal catholique
(Communion et Liberté) Tempi parle de « faillite » de la tentative des
référendaires « de faire de Bologne le
laboratoire pour mettre en crise toutes les écoles paritaires
(catholiques) ». Avvenirre, le quotidien des évêques, rebat le « flop »
d'affluence et relance commentaire négatif de
l'Agesc, qui réunit les parents des élèves des écoles catholiques et
parle « risque de précédent pour tout le Pays ».
Si
de l'analyse du vote, il ressort encore une fois
l'exigence d'une partie importante de la société d'avoir des
institutions attentives à la laïcité de l'État, de l'analyse des
réactions de la classe politique vient encore une fois à la lumière
surtout l'exigence de sauvegarder les larges accords, avec l'Église
en plus de celles entre les mêmes partis. Le résultat du référendum a
démoli la prétention d'une satisfaction plébiscitaire
pour le subsidiarisme sauvage d'origine catholqiue, qui a déjà fait
tant de dégâts, mais la classe dirigeante ne semble pas moralement
équipée pour en tenir compte. Ce croissant (et peut-être
désormais abyssal) distanciement entre les opinions des citoyens et
celles des politiciens, qui ne concernent évidemment pas seulement
l'école publique, interpelle ceux qui demandent plus de
laïcité. Il semble difficile trouver des représentations plus
adéquates, mais même la route de la démocratie directe (référendum,
pétitions populaires) demande beaucoup travail et elle n'est pas
dépourvue d'obstacles. Peut-être il faut insister sur chaque front :
un engagement encore plus grand, donc. Mais les résultats commencent à
venir. Et tôt ou tard, même les politiciens plus zélés
devront commencer à tenir compte de la réalité.
La rédaction
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire